Réussir Aviculture 14 avril 2008 à 11h06 | Par Armelle Puybasset

Isabelle Leballeur, présidente de la section avicole de la FDSEA de la Sarthe - LES ÉLEVEURS ATTENDENT DES SIGNES FORTS DES ABATTOIRS

Pour Isabelle Leballeur, responsable syndicale, les récents efforts consentis par les entreprises pour améliorer la marge brute des producteurs doivent être poursuivis.

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Isabelle Leballeur. « Les entreprises ont aujourd’hui le souci de maintenir un parc de bâtiments performants et à proximité des outils d’abattage. »
Isabelle Leballeur. « Les entreprises ont aujourd’hui le souci de maintenir un parc de bâtiments performants et à proximité des outils d’abattage. » - © P. Le Douarin

Où en sont les négociations de hausses de contrats entre les producteurs et les abattoirs ?

Les choses avancent doucement. Une première hausse de 15 !/tonne de vif a été accordée en juillet, une seconde en octobre de 5 à 10 !/tonne. En janvier dernier, certaines entreprises — et c’est le cas de la grande majorité des abattoirs de la région des Pays de la Loire — ont accordé une troisième hausse du même ordre. Globalement, cela correspond à une augmentation de 30 à 35 euros/tonne en poulet selon les entreprises. Ce sont des premières avancées, perçues comme des signes forts, mais il faut continuer dans ce sens.

Quel niveau de marge brute faudrait-il atteindre pour encourager les producteurs à investir ?

Notre revendication est tout simplement de faire en sorte qu’un éleveur de volailles perçoive un revenu qui soit à la hauteur du temps passé dans son élevage et du montant de l’investissement. Notre parc de bâtiments est vieillissant. L’éleveur doit au minimum être en mesure d’entretenir son outil de production, de le rénover, voire de construire du neuf. Un éleveur doit pouvoir dégager un revenu net annuel de 24000 euros/UTH pour une surface de 2500 m2. Selon les estimations du Cravi des Pays de la Loire, basées sur les niveaux actuels de marge brute, le retour sur investissement d’un bâtiment neuf est de trente ans (en 2007, il fallait plus de cinquante ans pour rembourser un bâtiment neuf !). C’est totalement inacceptable ! Il faudrait atteindre une marge PA en poulets de 59,83 euros/m2/an, ce qui correspond à une marge brute de l’ordre de 42 ! contre 27,605 ! actuellement. Cela sous-entend une hausse supplémentaire des contrats de l’ordre de 30 euros/tonne (ou 60 !/t pour un jeune investisseur).

La consommation augmente. Certains opérateurs manquent de surfaces. Le contexte de négociations est plutôt favorable aux éleveurs. Pourquoi les choses ne bougent-elles pas plus vite ?

Un élément important d’actualité entre en compte : la hausse du prix des matières premières. Les industriels ne peuvent accorder des hausses de rémunération aux éleveurs que s’ils parviennent à les faire passer auprès de la grande distribution. Ils ont déjà réussi à réper- cuter 80 à 90 % de la hausse du prix des céréales. Le prix de la volaille en rayons a déjà beaucoup augmenté. Il faut éviter que le consommateur ne s’en détourne. Nous voyons de bon augure l’intérêt que porte le gouvernement aux marges arrières de la grande distribution. L’interdiction des coefficients multiplicateurs, tels qu’ils sont appliqués actuellement, permettrait de revenir à des niveaux de prix raisonnables dans les rayons.

Dans quel état d’esprit se trouvent actuellement les éleveurs ?

Les dernières revalorisations de contrat sont perçues comme des signes d’encouragement mais le niveau atteint n’est pas suffisant pour renverser durablement la tendance. Certains s’intéressent de nouveau à des projets de rénovation. La plupart des industriels ont aujourd’hui le souci de maintenir un parc de bâtiments à proximité des outils d’abattage et de travailler avec des éleveurs motivés et dynamiques. Ils montrent des signes forts : les hausses de contrat accordées mais également les aides directes proposées par certaines entreprises pour encourager les rénovations. L’atelier volaille est aujourd’hui concurrencé par d’autres productions plus rémunératrices telles que le lait ou les céréales, surtout lorsque le poulailler est vieillissant. À nous tous de faire en sorte que cela change et vite car un bâtiment arrêté sera difficilement redémarré. Nous avons deux ans pour relever ce défi et redynamiser la filière. Améliorer le revenu des aviculteurs n’est pas l’unique voie de sortie. Il faut en parallèle redorer l’image de la production, notamment auprès des écoles et des jeunes en formation, et surtout faire davantage de promotion générique de la viande de volailles.

IDENTITE

Isabelle Leballeur

Installée depuis 1989 à Pruillé le Chétif dans la Sarthe, elle exploite avec son mari 2800 m2 en volailles de chair, un atelier porcin (engraissement et multiplication) et 50 hectares de cultures céréalières. Présidente du Cravi depuis sa création en 1995, elle vient de passer la main et reste membre du bureau.

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