Réussir Aviculture 16 mars 2011 à 09h56 | Par P. Le Douarin

Investissement doublement rentable - Des poulaillers réchauffés avec du photovoltaïque

Éleveur de poulets et de dindes en Loire-Atlantique, Dominique Branchereau est équipé d’un équipement photovoltaïque novateur qui produit de l’électricité et réchauffe ses poulaillers.

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Les deux Louisiane
équipés de panneaux
photovoltaïques abritent un dispositif « pariétodynamique » de récupération des calories générées par l’échauffement de l’air sous panneaux.
Les deux Louisiane équipés de panneaux photovoltaïques abritent un dispositif « pariétodynamique » de récupération des calories générées par l’échauffement de l’air sous panneaux. - © P. Le Douarin

ÀJoué-sur-Erdre près de Nantes, Dominique Branchereau détient deux prototypes sur son exploitation. Depuis l’automne dernier, ses deux poulaillers Louisiane de 1 000 m2 sont recouverts de panneaux photovoltaïques posés sur le toit exposé au sud (182 Kwc de puissance). Ils « crachent » des kilowatts depuis le 20 octobre. À première vue, rien d’exceptionnel, mais lorsque l’on se dirige au côté Nord, les panneaux sont complétés de plusieurs caissons disposés près du faîtage.De quoi s’agitil ? « Vous vous trouvez devant la première réalisation d’un dispositif pariétodynamique qui récupère les calories d’échauffement des panneaux photovoltaïques générateurs d’électricité, résume Loïc Maugendre, gérant d’Énergies + Atlantique(1). C’est-à-dire que l’air extérieur qui a été réchauffé sous les panneaux est envoyé dans le poulailler par quatre ventilateurs. » La PME a conçu et installé le système avec le soutien de la société Systel. La première a apporté son expérience du photovoltaïque et de l’automatisme, la seconde celle de la ventilation en élevage avicole.

Quatre ouvertures ont été réalisées pour admettre l’air réchauffé en partie haute. Elles permettent de gagner encore des calories en se mélangeant à l’air chaud.
Quatre ouvertures ont été réalisées pour admettre l’air réchauffé en partie haute. Elles permettent de gagner encore des calories en se mélangeant à l’air chaud. - © P. Le Douarin

AU MOINS TROIS INTÉRÊTS


Convaincu dès le départ du projet en 2009, Dominique Branchereau a été un élément moteur apportant son vécu d’éleveur pour la mise en pratique. « En été, la température de l’air sous des panneaux photovoltaïques peut facilement atteindre 75 °C », indique Loïc Maugendre. Or, plus la température des panneaux augmente et plus le rendement des cellules au silicium diminue. De plus, l’impact négatif de la température est augmenté lorsque les panneaux sont intégrés au bâti. La récupération des calories issues du réchauffement des panneaux photovoltaïques devrait d’abord permettre de limiter leur montée en température. Paul Latu, responsable projets d’Energies + Atlantique, espère obtenir un gain de rendement de 5 %. D’autre part, la ventilation continue des panneaux devrait réduire les risques de corrosion liés à l’ammoniac et ses produits dérivés très agressifs. Pour Dominique Branchereau,c’est surtout l’apport d’air extérieur réchauffé qui semblait le plus intéressant. « J’espère que nous aurons au moins 20 % d’économies de gaz. »

Dominique Branchereau devant le boîtier de réglage et l'automate de régulation des ventilateurs.
Dominique Branchereau devant le boîtier de réglage et l'automate de régulation des ventilateurs. - © P. Le Douarin

LES RADIANTS S’ARRÊTENT


Deux lots de poulets de 30 jours et un lot de dindes ont été réalisés depuis la mise en service du dispositif. C’est encore trop tôt pour conclure. « Je n’ai pas calculé les économies de gaz, mais j’ai vu les radiants s’arrêter très souvent en période de démarrage. » Avec un écart de température de 20 °C et un débit de 12000 m3/heure, Pierre Triballier, du service technique de Systel, estime à 80 kilowatts la récupération d’énergie potentielle. La période la plus propice à la récupération devrait être celle des intersaisons estime l’éleveur. Au-delà de la récupération de chaleur proprement dite, Dominique Branchereau envisage d’utiliser en permanence les quatre entrées d’air au faîtage dans ses deux Louisiane, « pour réchauffer l’air entrant qui se mélange à celui stocké sous le faîtage et pour déstratifier les masses d’air chaud. »


VERS DE NOUVEAUX USAGES


Pour le moment, le système fonctionne indépendamment du boîtier central de régulation, ce qui ne pose pas de difficulté en ventilation statique. Mais si le système devait être installé dans des bâtiments en ventilation dynamique, il faudrait sans doute envisager un couplage pour coordonner les débits d’air de deux origines différentes. Dominique Branchereau ne reviendra pas en arrière. Au contraire. Son second site avec deux poulaillers (2 800 m2) va bientôt être équipé de 249 kWc de panneaux du fabricant français Systovi de Saint-Herblain, en Loire-Atlantique, avec le système de récupération de chaleur, dont le prix n’est pas encore communiqué. Détail très important, ce dispositif ne pourra pas être installé sur des bâtiments déjà équipés de panneaux. L’éleveur conseille aux nouveaux investisseurs de construire des poulaillers exposés au Sud. « S’ils ne prévoient pas de s’équiper en photovoltaïque, ils pourraient être tentés plus tard. »

 

Pour en savoir plus : http://www.energiesplus.fr/250kwc.html

Evolution des températures extérieures et sous les panneaux près de l'entrée d'air
Evolution des températures extérieures et sous les panneaux près de l'entrée d'air - © D.R.

Régulation de l'air

Comment ça marche

Chaque poulailler comporte un automate, qui régule les entrées d’air, relié à un boîtier unique qui sert d’interface de calcul et de réglage. L’interface calcule des besoins théoriques en air, en fonction de l’espèce élevée, de son âge et du nombre d’animaux présents. Le potentiel d’injection est de 12 000 m3 par heure (4 fois 3000m3). Pour sécuriser le tout, l’éleveur peut aussi régler une consigne froide et chaude qui empêche l’admission d’air en le dérivant vers l’extérieur. L’interface est aussi reliée aux radiants automatiques Systel neufs (exigence de l’assureur), ce qui permet de réduire leur intensité en tenant compte des calories injectées. Lors de la visite en décembre, par temps ensoleillé et une température à peine positive, l’air réchauffé était à 10 °C à 11 heures 30 et à 19 °C deux heures plus tard.

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