Réussir Aviculture 21 octobre 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Pascal Le Douarin

« Investir, innover, cibler " les trois conseils du Cidef pour être gagnant sur les marchés de la dinde

Dans une production européenne de dinde reconfigurée, la France peut retrouver une place privilégiée à condition d’agir à plusieurs niveaux. Entretien avec Yann Brice et Gilles Le Pottier de la direction du Cidef, le Comité interprofessionnel de la dinde française.

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Yann Brice prend la relève de Gilles Le Pottier, qui a fait valoir ses droits à la retraite, et gère désormais les  interprofessions dinde (Cidef), poulet (Cipc), canard (Cicar) et l’ATM avicole.
Yann Brice prend la relève de Gilles Le Pottier, qui a fait valoir ses droits à la retraite, et gère désormais les interprofessions dinde (Cidef), poulet (Cipc), canard (Cicar) et l’ATM avicole. - © P. Le Douarin

Le marché français s’est retourné depuis le mois de mai. Pour quelles raisons ?

Gilles Le Pottier et Yann Brice

« Par rapport à 2015 où l’on a manqué de volailles, la situation a nettement changé en raison de la conjonction d’événements imprévus. À partir de novembre, l’influenza aviaire a bloqué les exportations d’œufs de dinde au Maghreb et ralenti celles du poulet export. Les disponibilités en dindonneaux et en surface ont été employées. Pendant cinq à six semaines, les mises en place se sont accrues de 7 %, par rapport à une moyenne de 920 000 à 940 000 dindonneaux par semaine. Ces dindes sont arrivées en mai à une période où la consommation n’était pas dynamique (mauvaise météo, tourisme en berne…). Le stockage sur pied a alourdi les animaux. D’où les fortes tensions en juin. La hausse des cours du porc est une bonne nouvelle qui pourrait faire basculer le marché. »

Quelle est la situation en Europe ?

G. L.P et Y. B.

« Le marché européen est un peu chargé. Ce n’est le fait ni de la France, ni de l’Allemagne en baisse de production (-1 à 2 %). D’autres pays ont connu de fortes augmentations et les frontières sont très poreuses. En Pologne, on nous annonce une hausse de 15 % au premier semestre, mais avec des prix qui s’effondrent, l’élan de la production polonaise pourrait être freiné. Ces volumes vont en Allemagne et en Belgique, notre premier débouché d’exportation. L’Espagne qui est aussi un important débouché français est en progression de 8 %. Les acheteurs espagnols lèvent le pied sur la France et se reportent sur la Pologne. Nous avons tendance à devenir la variable d’ajustement. »

L’offre française est-elle adaptée aux attentes ?

G. L.P et Y. B.

« Au premier semestre, la consommation globale (calculée par bilan) augmente de 3 %, mais celle des ménages régresse (-1,4 % selon le panel Kantar jusqu’à août). La gamme disponible en grande distribution a vieilli, avec de moins en moins de diversité. Le rôti a disparu, les cuisses n’emballent pas les consommateurs, le rayon saucisserie est peu dynamique. Le créneau du mariné s’est développé mais au détriment d’autres familles (escalopes, brochettes). Et sur le créneau de la restauration hors domicile, nous sommes concurrencés par des viandes de volailles moins chères venues de l’étranger, et par le porc. »

Quelles sont les voies d’améliorations de la consommation ?

G. L.P et Y. B.

« On pourrait commencer par revisiter les produits retirés des linéaires. Par exemple, les tranches de gigot reviennent en GMS via des opérateurs espagnols. Depuis plusieurs mois, le Cidef s’emploie à scruter les attentes de la restauration. Nous essayons de comprendre comment capter leurs besoins. Nos leaders français sont focalisés sur la GMS (au moins 70 % de l’activité), mais la situation évolue. Ils ne veulent pas lâcher la dinde, sachant que le poulet ne compensera pas tout. Les clients ont besoin de diversité carnée, d’autant que la dinde est un produit encore économique, nutritionnellement et technologiquement intéressant. Charge aux industriels de cibler leurs produits marché par marché. Par exemple, la restauration collective comprend cinq segments aux attentes spécifiques. »

Quels sont les leviers à actionner pour redynamiser la production ?

G. L.P. et Y. B.

« Depuis 2000, la filière dinde a perdu sa dynamique de croissance tirée à 50 % par le marché international. Les portes de l’exportation se sont refermées. Devenu surcapacitaire, le parc a dû être réduit drastiquement et celui restant a vieilli alors que d’autres pays investissaient en masse. Résultat, 61 % du parc a plus de 20 ans. À 2 % par an, le taux de création est insuffisant. Les interlocuteurs étrangers nous disent que la France n’est plus l’exemple à suivre. Pour retrouver une compétitivité prix avec une génétique qui a évolué et qui exige de bonnes ambiances d’élevage, il faut continuer à réinvestir dans les bâtiments – et ailleurs – en donnant des facilités de crédit. À nous de démontrer que les éleveurs investisseurs en sortant gagnants. »

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