Réussir Aviculture 12 janvier 2007 à 10h55 | Par Pascal Le Douarin

Innovation d´un éleveur breton - Une mangeoire qui grandit avec le poulet

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La mise au point de systèmes d´alimentation à distribution automatique a contribué à l´essor des productions de volailles à grande échelle, dites industrielles. Plutôt de forme longitudinale, les mangeoires sont alors devenues des assiettes, afin de mieux répartir l´aliment qui chutait d´un orifice. Et pour éviter que les oiseaux souillent et gaspillent la nourriture mise à leur disposition sur ces assiettes, les fabricants de matériel ont monté des grilles de suspension de différentes formes, largeurs et matières. Cependant, avec ces dispositifs, il arrive qu´on trouve de jeunes oiseaux coincés par ces grilles ou bien allongés dans l´assiette. Au cours des années 90, un équipementier français(1) a contourné cette difficulté en inventant une mangeoire circulaire à alimentation automatique sans grille et ayant une largeur réduite. Une toute récente innovation de la même veine est sortie de la tête d´un éleveur français Philippe Plouzen. Elle a été rendue publique en mai au salon Viv Europe d´Utrecht, ce qui lui a valu une médaille d´argent.
Fixée perpendiculairement au tube, la mangeoire Butterfly développe 80 cm d´accès à l´aliment au démarrage et 1,1 mètre en finition ©côtés accessibles. ©P. Le Douarin

Six prototypes testés dans son élevage
Aviculteur dans le Nord du Finistère près de Morlaix, il exploite une structure d´élevage très originale de quatre salles de 1600 m2, disposées en H avec un magasin central. Depuis huit ans, l´éleveur travaillait sur la conception de cette mangeoire moins gaspilleuse et quasi impossible à souiller. Quel a été l´élément déclencheur de cette recherche ? « Il m´était devenu insupportable de voir des poussins qui dormaient dans les assiettes », rapporte-il. L´éleveur constatait aussi de meilleures performances lorsqu´il utilisait les petites mangeoires de démarrage circulaires adaptées aux jeunes oiseaux (les fameuses « becquées »), faciles d´accès, étroites, mais qui devaient être remplies manuellement.
Travaillant seul, Philippe Plouzen est adepte des technologies économes en main-d´oeuvre. Il a passé de longs mois à tester la fiabilité des matériaux et à trouver les dimensions adéquates. Finalement, il a opté pour du plastique ABS plus résistant que le polypropylène (mais plus cher) - sauf pour les supports de traction qui doivent être souples - et de l´inox pour toutes les pièces métalliques.

Au début du lot, la mangeoire est posée sur la litière en position de fermeture maximale, avec un aliment remplissant tout le volume. Les poussins disposent alors d´une mangeoire double de 40 cm de longueur, pour 3,5 cm de large et presque 4 cm de profondeur.
Au fur et à mesure de la croissance du poulet, en actionnant le treuil (voir mécanisme de fonctionnement) l´éleveur agrandit la largeur de la double mangeoire qui peut atteindre au maximum 6 cm de chaque côté. Comme les bords se relèvent, mais que l´arrivée d´aliment se fait toujours à 2,5 cm du fond, la mangeoire s´approfondit. L´oiseau mange sans gaspiller. Il peut aussi manger aux extrémités devenues accessibles, d´où un allongement de la longueur d´accès.
Quelques heures avant l´enlèvement, Philippe Plouzen ouvre totalement la mangeoire pour que l´aliment restant tombe au sol et soit consommé, ainsi que les débris collés sur les parois. Positionné en ouverture maximale (fil anti-perchage tiré au maximum), et relevé à la bonne hauteur, le matériel sera facilement lavé sur place, sans avoir été démonté.
Sur ces poulets plus âgés, la Butterfly montre ses qualités anti-gaspillage. ©P. Plouzen

Gain appréciable sur l´indice de consommation
« J´estime avoir gagné entre 5 et 10 points d´indice de consommation », explique l´éleveur, qui a équipé une salle avec les différents prototypes testés. Sur deux lots de poulets JA 957 Blanc de 45 jours abattus début août, il a obtenu un écart de marge poussin-aliment de 2,2 ?/m2 en faveur de la salle alimentée en Butterfly. Arrivé au bout de la longue étape de recherche et de développement, la phase de commercialisation mondiale commence. Déjà associé à des partenaires étrangers (américain et taiwanais) à travers la société « Butterfly Concept », Philippe Plouzen se transforme de plus en plus en promoteur international de son invention. « Malheureusement le débouché ne se trouve pas en France, ou même en Europe » analyse t-il. « Nous allons monter des sites pilotes de démonstration pour bien expliquer le produit. Un site fonctionne depuis un an en Angleterre, avec du poulet lourd en comparaison avec des mangeoires classiques. Le Japon a été équipé mi-octobre. » La société Lead (29) et la société Le Roy (35) « dont le matériel correspond bien à notre façon de voir l´alimentation » assureront la distribution pour l´Europe. Quant à la fabrication, elle devrait s´effectuer en France (notamment chez Arremad à Sizun (29) pour les assiettes de contrôle en inox), afin de protéger le produit et assurer le suivi de la qualité.
Positionné en ouverture maximale et relevé à la bonne hauteur, ce matériel est lavable sans être démonté. ©P. Le Douarin

Chez l´éleveur-concepteur de la mangeoire Butterfly, la consommation d´aliment est abaissée sans nuire au poids final.

(1) Le Roy-modèle Multibeck

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