Réussir Aviculture 12 août 2003 à 13h11 | Par Armelle Puybasset

Génétique Avicole - A la recherche d´un animal optimal

Pour aider l´aviculture française à faire face aux nouveaux défis, l´Inra et le Sysaaf travaillent sur de nouvelles méthodes de sélection qui intègrent des critères qualitatifs.

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La génétique a jusqu´ici permis une amélioration considérable des performances avicoles. Entre 1962 et 1985, le poids du poulet de chair à 42 jours a augmenté de 45 g par an tandis que la production d´oeufs (sur 47 semaines) est passée de 194 en 1960 à 284 en 1994. On considère que la sélection expliquerait au moins la moitié de ces gains, le reste étant attribué à l´évolution des pratiques d´élevages et de l´alimentation. « De par leurs caractéristiques biologiques, les espèces avicoles ont permis la mise en place de schémas de sélection efficaces », explique Hervé Chapuis, du syndicat des sélectionneurs avicoles et aquacoles Français (Sysaaf). « Leur forte prolificité, leur petite taille (faible coût de l´animal et possibilité de mettre une grande population dans un même milieu) et le faible intervalle de génération ont permis une diffusion rapide du progrès génétique. »

Jusqu´à une époque récente, la génétique portait essentiellement sur une amélioration de critères de production tels que le poids vif (génétique quantitative) ou sur les variations d´un caractère attribuées à un faible nombre de gènes comme celui de la coloration du plumage (génétique factorielle). Pour répondre aux attentes des consommateurs, les différents filières s´orientent désormais vers des critères qualitatifs. Les préoccupations concernant le bien-être animal, l´environnement ou la qualité de la viande impliquent de tenir compte de nouveaux paramètres (résistance aux maladies, comportement social ou viabilité). La prise en compte de ces critères exigent la mise en place de nouvelles méthodes de sélection dérivées de la génétique quantitative ; c´est ce sur quoi travaillent l´Inra et le Sysaaf.
©P.Le Douarin

Contrairement à l´espèce bovine, la volaille, grâce à sa forte prolificité et sa petite taille, a pu être sélectionnée par des entreprises privées.
Des critères plus complexes à améliorer
Catherine Beaumont souligne les difficultés que peut entraîner l´intégration de ces nouveaux critères. Pour déterminer la valeur génétique d´un animal, il faut combiner des valeurs quantitatives (comme le poids) avec des valeurs qualitatives (sensibilité au picage par exemple) au sein d´un index synthétique. Des recherches portent actuellement sur une nouvelle méthode d´indexation.
Par ailleurs, il faut veiller à ce que l´intégration d´un nouveau critère de sélection ne se fasse pas aux dépens des caractères zootechniques économiquement prioritaires. Il faut par exemple trouver un compromis entre rusticité et performances de croissance. « Ces critères se sont pas forcément antagonistes, complète-t-elle. Ainsi la recherche d´une meilleure viabilité améliore indirectement le bien-être animal ainsi que la rentabilité économique ».

Par ailleurs, le rôle de la génétique sur les caractères de comportement n´est que très partiel. L´expression d´un comportement est influencée par de nombreux facteurs (forte sensibilité à l´effet du milieu dans lequel se trouve l´animal). Plusieurs traits généraux tels que la motivation sociale, la sensibilité au stress ou le comportement de picage sont en partie sous contrôle génétique. Le recours à la génétique moléculaire devrait permettre de mieux connaître les gènes impliqués dans l´expression d´un caractère et d´éliminer les effets du milieu.
La recherche des gènes an cause devrait permettre des avancées importantes dans l´amélioration de la santé animale. C´est le cas par exemple de la lutte contre les salmonelles. Lorsqu´un lot est contaminé, toutes les volailles, y compris celles qui ne présentent aucun symptôme, doivent être éliminées du fait de l´existence de « porteurs sains ». La résistance au portage peut être améliorée par la sélection mais son application à grande échelle est difficile et risquée si elle n´est pas réalisée dans des installations protégées (il faudrait inoculer le germe !).

De nouvelles voies avec la génétique moléculaire
De nombreuses études portent sur la qualité des viandes et des carcasses. L´évolution des modes de consommation oblige les industriels à adapter la présentation de leur produit.Les ventes sous forme de carcasses entières sont en baisse tandis que celles de produits découpés ou élaborés augmentent, que ce soit pour les produits industriels ou de qualité tels que le label rouge. La qualité technologique de la viande prend d´autant plus d´importance. Celle-ci est liée à la vitesse de chute du pH dont les paramètres génétiques ne sont étudiés en aviculture que depuis peu.
Face aux préoccupations sur l´environnement, les travaux portent aussi sur la sélection d´animaux à forte capacité de digestion. L´indice de consommation est amélioré par l´accélération de la croissance et la réduction du niveau d´engraissement. L´Inra sélectionne à ce titre des lignées maigres et grasses. Cependant la mesure de l´indice de consommation nécessite le maintien des animaux en cage. La question se pose alors de la relation entre la valeur génétique et le milieu de mesure.
L´évolution des méthodes de sélection devrait permettre de répondre aux besoins des industriels. « Cependant il faut admettre, conclut Catherine Beaumont, que la génétique ne pourra pas permettre d´obtenir des lignées spécialisées pour chaque type de production ou d´élevage. Il est en effet impossible d´obtenir un animal idéal : il faut se contenter de l´animal optimal. »
Par ailleurs, l´intégration de ces nouveaux critères de sélection est « complexe » et souligne l´intérêt de la génétique moléculaire qui ouvre la voie à de nombreuses améliorations. « Cependant, ces méthodes sont très coûteuses. La génétique avicole française ne pourra rester à son haut niveau que grâce à la participation financière des structures privées et publiques », conclut Hervé Chapuis.
Extrait du dossier « Les réponses de la génétique aux évolutions des marchés » de Réussir Avitulture Juillet-Août 2003

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