Réussir Aviculture 09 septembre 2008 à 11h08 | Par A. Puybasset

Fumier et lisier de volailles - Faire face aux nouvelles règles sur le phosphore

Pour atteindre l’équilibre de fertilisation en phosphore conformément aux nouvelles exigences réglementaires, les besoins en surface d’épandage des fumiers vont augmenter. La filière avicole et notamment l’espèce dinde sont particulièrement concernées.

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Avec les nouvelles règles sur le phosphore, les besoins en surface d'épandage vont considérablement augmenter.
Avec les nouvelles règles sur le phosphore, les besoins en surface d'épandage vont considérablement augmenter. - © P. Le Douarin

Alors que jusqu’ici la problématique d’excédent des déjections était essentiellement basée sur l’élément nitrate, la donne est en train de changer. Avec l’arrivée de nouvelles exigences réglementaires — réglementation des installations classées, loi sur l’eau, règlement européen IPPC…, projet du Sdage — c’est désormais le phosphore qui risque d’être le facteur limitant à la production, tout du moins dans certaines zones de production avicole. De récentes règles concernant la qualité de l’eau ont modifié l’équilibre de la fertilisation en contrôlant, en plus de l’azote, l’apport de phosphore. C’est précisément l’article 18 des arrêtés ministériels ICPE de février 2005, base des autorisations des installations classées, qui introduit ce nouvel enjeu phosphore. Il a été interprété fin 2006 par un courrier interministériel qui fixe le plafond des apports de phosphore à 100 kg de P2O5 par hectare(1). Parallèlement, les références Corpen qui déterminent les rejets des élevages et qui sont utilisées pour établir les plans d’épandages ont été révisées en 2006. Elles sont appliquées depuis septembre 2007. Par rapport à la précédente version de 1996, elles tiennent encore plus compte de la diversité des productions avicoles, de l’impact des changements alimentaires ainsi que de l’évolution des performances de croissance. Ces nouveaux calculs entraînent une modification de la composition des fumiers qui est plus ou moins favorable selon les espèces. Les rejets baissent en poulet et en pondeuse. En dinde, ils ont augmenté de près de 11 % pour l’azote (N) en gramme par animal et de plus de 9 % pour le phosphore (P2O5). L’augmentation est encore plus significative pour les dindes futures reproductrices. En conséquence, pour un dossier d’autorisation d’un élevage de dindes standard de 2 000 m2 produisant plus de 40500 dindes par an, les quantités d’azote et de P2O5 passent respectivement de 8315 kg et 8 923 kg (selon les références de 1996) à 9 207 kg et 9248 kg avec les références 2006, c’est-à-dire + 10,7 % d’azote et + 3,6 % de phosphore. Concrètement, si cette exploitation doit appliquer une fertilisation équilibrée par rapport aux besoins des plantes, son plan d’épandage devra être calé sur le phosphore qui devient plus limitant que l’azote. « Les besoins de surface d’épandage passent de 48,9 hectares (54,1 hectares avec les références 2006) à 92,5 hectares en se basant sur un apport de 100 kg de P2O5 par hectare, » a calculé Claude Aubert, de l’Itavi. Soit une surface pratiquement doublée ! La filière avicole, et la dinde particulièrement, se trouvent donc face à un enjeu majeur. « Les besoins de surface d’épandage vont ‘exploser’ tandis que les terres mises à disposition par les prêteurs de terrain vont réduire simultanément (concurrence des ateliers bovins). » Vis-à-vis des autres espèces animales, la volaille est particulièrement concernée puisque le rapport azote sur phosphore des déjections est le plus défavorable. Il est en moyenne de 0,9 pour la dinde contre 1,25 en porc et plus de 2 en bovin. En calant le plan d’épandage sur le phosphore, l’apport de nitrate va être insuffisant pour répondre aux besoins des plantes et devra être complété par des engrais minéraux azoté

RÉDUIRE LE PHOSPHORE À LA SOURCE

Pour autant des solutions existent afin de faire face à ce nouvel enjeu et certaines pistes de réflexion doivent être poursuivies. Contrairement à l’azote, le phosphore ne peut pas être transformé. Il y a donc deux alternatives : soit le réduire à la source en diminuant l’excrétion soit en l’exportant via le compost (produit normalisé). Depuis quelques années, l’introduction des phytases dans l’alimentation des volailles a déjà permis d’améliorer considérablement l’assimilation du phosphore présent dans les matières premières, de réduire les rejets (de l’ordre de 30 %) et de limiter l’apport de phosphore total (voir page 44). Il reste encore, semble-til, des marges de progrès pour optimiser l’utilisation de ces enzymes et améliorer l’efficience du phosphore végétal au niveau de l’animal (formulation au plus près des besoins, utilisation étendue à d’autres productions telles que les reproductrices ou l’espèce canard…) « L’objectif est de diminuer de 20 % les rejets par rapport aux références Corpen de 2006. Nous nous en approchons déjà, souligne Claude Aubert. Améliorer le rapport azote sur phosphore augmente l’intérêt d’utiliser le fumier comme fertilisant et limite le recours à l’azote minéral dans le cas où le plan d’épandage est calé sur le phosphore. » On y parvient de deux façons, en réduisant les rejets de phosphore mais également en augmentant la teneur en azote du fumier, c’est-à-dire en conservant le plus possible l’azote excrété dans les litièreset en limitant les pertes par volatilisation (sous forme d’ammoniac). « En moyenne, 41 % de cet azote est perdu par volatilisation dans le bâtiment (30 %) et au cours du stockage (15 % du reste). » L’amélioration des conditions d’ambiance (bonne maîtrise de la ventilation) et l’optimisation de la gestion de la litière peuvent contribuer à limiter ces pertes. L’utilisation d’agents biologiques dans la litière semble très prometteuse.Des additifs tels que les produits le Bactériolit de Sobac ou Bactivor de GBP Environnement (voir page 45) sont déjà utilisés sur le terrain.

COMPOSTAGE DES DÉJECTIONS 

L’exportation des déjections est une voie de sortie du phosphore essentielle, en particulier pour la Bretagne. Le compostage peut se faire à l’échelle de l’exploitation ou en station collective. Il présente plusieurs intérêts : le produit est hygiénisé, homogénéisé, réduit en masse avec une diminution des odeurs. Avec l’augmentation du prix des engrais minéraux, on observe un véritable regain d’intérêt pour les fertilisants organiques comme l’explique la coopérative CAM 56 (page 48). C’est une chance pour la filière avicole qui représente déjà 60 % des volumes de produits organiques exportés de Bretagne. Pour Jean-Paul Hamon, de la chambre d’agriculture des Côtesd’Armor, l’avenir de la volaille bretonne dépend de sa capacité à valoriser ses excédents. « Les débouchés ne manquent pas mais toute la difficulté est de proposer un produit qui corresponde à la demande des utilisateurs (céréaliers, viticulteurs, arboriculteurs…). Le marché doit être mieux organisé avec la garantie d’un produit de qualité qui réponde également aux enjeux de sécurité sanitaire (transport). »

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