Réussir Aviculture 16 janvier 2009 à 09h46 | Par P.-L. Berger

Filières longues - Le bio manque d'oeufs en Rhône-Alpes

Les opérateurs d’oeufs de la région Rhône-Alpes ont résolument pris le virage de la production alternative, dont le bio. Pour répondre à une très forte demande, ils recherchent des éleveurs.

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Bernard Graillat à Saint-Avit (Drôme) a installé deux poulaillers de 3000 poules
chacun en juin 2002. Un investissement relativement lourd: 230000 euros HT. Sa production varie de 1,5 à 1,8 million d’oeufs bio par an.
Bernard Graillat à Saint-Avit (Drôme) a installé deux poulaillers de 3000 poules chacun en juin 2002. Un investissement relativement lourd: 230000 euros HT. Sa production varie de 1,5 à 1,8 million d’oeufs bio par an. - © Pierre-Louis Berger

Après avoir connu une hausse élevée de l’ordre de 230000 poules par an entre 1989 et 1993, tous modes confondus, le cheptel pondeuses de la région Rhône-Alpes a connu un lent déclin de moins 73 000 poules par an entre 1994 et 2006. Cette diminution a causé un préjudice à la profession, qui a eu du mal à se restructurer, sans pour autant baisser les bras. « En région Rhône-Alpes, entre 1993 et 2007 la part des pondeuses bio dans l’effectif total des pondeuses alternatives a été multipliée par trois », observait Franz Guerder, ingénieur Itavi, lors d’une journée professionnelle sur l’aviculture biologique organisée par Corabio, le 16 octobre, dans la Drôme. Dans cette région, l’aviculture biologique est une filière à part entière.

L’éleveur a un contrat de reprise des oeufs avec la coopérative Valsoleil,
laquelle lui fournit les poulettes et l’aliment.
L’éleveur a un contrat de reprise des oeufs avec la coopérative Valsoleil, laquelle lui fournit les poulettes et l’aliment. - © Pierre-Louis Berger

LE RENOUVEAU PAR LE BIO

Rhône-Alpes compte 94 éleveurs, ce qui en fait la deuxième région en nombre d’élevages. 59 millions d’oeufs bio y sont produits, soit 14 % de la production nationale. La carte rhônalpine indique deux grandes zones de production: la Drôme avec plus de 56 % des poules et l’Ardèche avec 28 %. La filière est organisée par huit entreprises qui collectent et conditionnent 91 % des oeufs bio en Rhône- Alpes : Agri OEuf et Avibresse dans l’Ain, Baby Coque en Haute-Savoie,Natur’oeuf, Panier d’oeuf-Cocorette,Val d’Eurre et Val Soleil dans la Drôme, ainsi que Seguy SA dans le Vaucluse. Implantée à Chalamont, dans l’Ain, Avibresse a commercialisé en 2007, un peu plus de 100 millions d’oeufs alternatifs (dont 6 millions en bio), réalisant un chiffre d’affaires de 9,5 millions d’euros. Les élevages sont la propriété d’Avibresse (45 %) ou ceux d’éleveurs en intégration (40 %) ou sous contrat de reprise d’oeufs au kilo (15 %). Avibresse a fait le choix d’écouler sa production d’oeufs au sol et plein air au plan régional, national et international. « C’est une de nos particularités, précise son dirigeant, Albert Duperier. Avibresse vend les deux tiers des oeufs sol et plein air en Suisse, auprès des grandes surfaces Migros et Coop, sous leurs marques. Nous sommes un fournisseur important du marché suisse. Le tiers restant est vendu auprès des grandes enseignes en région Rhône-Alpes et en France, en MDD ou sous la marque Matines. » La société Val d’Eurre, détenue par les deux frères Degut, commercialise 70 millions d’oeufs par an, dont 20 millions d’oeufs bio auprès de 300 points de vente, principalement des grandes enseignes de Rhône-Alpes (Carrefour, système U, Leclerc,Auchan). « Nous avons enregistré une progression de plus de 20 % en oeufs bio entre septembre 2007 et 2008. Notre entreprise est déficitaire en éleveurs biologiques. Nous travaillons avec 15 éleveurs bio, pour 18 bâtiments dont ils sont propriétaires. »

UNE DEMANDE À SATISFAIRE LOCALEMENT

« L’intégration est la règle », poursuit Patrice Guillermet, directeur de Val d’Eurre. Même démarche pour Albert Duperrier, dont la préoccupation essentielle est de trouver des producteurs bio en région Rhône-Alpes : « Notre société n’est pas capable de fournir des oeufs bio en marque nationale. Je recherche des éleveurs dans les départements de l’Ain, de l’Isère et du Nord de la Drôme.Nos besoins sont élevés: 15 000 poules bio, soit 3 bâtiments de 5000 poules. » Selon une étude de l’Itavi, le marché de la consommation d’oeufs bio en GMS connaît une croissance régulière depuis 2002. Secteur déficitaire face à la demande, l’oeuf bio devra cependant surmonter quelques obstacles pour rester attractif. « Il faudra tenir compte de la concurrence du label rouge, du prix élevé du produit, des coûts de production en hausse et d’un cahier des charges très contraignant pour l’éleveur », conclut Franz Guerder, ingénieur à l’Itavi.

PRÉVISIONNEL AVEC 6 000 PONDEUSES BIO

Une marge nette mensuelle de 1 750 euros, hors MSA

Isabelle Beguet, technicienne de la coopérative drômoise Valsoleil, a élaboré un prévisionnel d’investissement sur 61 semaines de production pour un seul bâtiment de 1 000 m2 comprenant deux lots de 3 000 pondeuses bio à raison de six poules par mètre carré. L’écoulement des oeufs se déroule via une organisation de producteurs de type Valsoleil, Val d’Eurre ou Avibresse. Le bâtiment est traditionnel : magasin pignon et pondoir central avec sorties des poules sur un côté. Les charges de production se montent à 167 482 euros HT. Elles comprennent l’achat des poulettes à 17 semaines, des aliments, des produits vétérinaires et les frais financiers sur financement du lot. Le remboursement du prêt s’élève à 33000 euros par an (sur 12 ans sans aucun autofinancement). Les recettes s’élèvent à 229 932 euros HT, soit une marge brute de 62 450 euros HT. La marge nette totale annuelle (hors cotisations MSA) pour 6 000 poules se chiffre à 21 000 euros pour un temps de travail évalué entre 3 et 4 heures par jour.

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