Réussir Aviculture 25 novembre 2003 à 17h35 | Par Pascal le Douarin

Filière avicole - Isolant thermique, phonique... De nouvelles perspectives pour les plumes

Leader français et européen de la valorisation des plumes de palmipèdes, le groupe Triton innove pour assurer son développement et donner de nouvelles perspectives à la filière plumes...

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Fils de fourreur acheteur de peaux de lapins dans le Poitou, anticipant la pression des défenseurs des animaux Christophe Gaignard est passé du poil à la plume aux cours des années 80. C´est ainsi qu´est née en 1983 à Sainte Hermine (85) la première entreprise du futur groupe Triton. Interplume rachète et collecte les plumes dans les abattoirs de palmipèdes (12,5 millions d´euros versées à la filière canard). Seules les plumes de palmipèdes possèdent un duvet aux qualités isolantes reconnues. Triton les lave, les dépoussière, les trie, les mélange et les commercialise dans le monde entier (85 % est exporté). Le groupe achète aussi à l´étranger (Asie, Pays de l´Est). Aujourd´hui Triton compte deux autres unités situées à proximité d´abattoirs de canards : Palmiplume près de Procanar (Lauzach-56) et BB Plume près de LDC (Trambly-71). Le groupe pèse 45 % du marché français et commercialise 5500 tonnes de plumes et duvets pour une production française estimée à 10-12 000 tonnes.

La plume de mulard et Barbarie étant reconnue pour sa qualité supérieure à celle du Pékin, la France se positionne dans les produits de haut de gamme. Mais c´est l´Asie qui domine ce marché, la Chine venant en tête avec près de 80 000 tonnes de marchandises sur les 175 000 tonnes mondiales.
Traditionnellement, en France, la plume était récoltée sur les palmipèdes vivants (duvet « vif ») ou morts. Les plumes étaient alors séchées, souvent dans des boulangeries, sans avoir été lavées au préalable. C´est comme cela qu´étaient confectionnés les édredons en plumes de nos grand-mères, qui supportaient difficilement la cohabitation avec l´eau. « La France ne possédait pas une culture de la plume, contrairement à nos voisins allemands » explique Christophe Gaignard.
©P. Le Douarin


Pas de véritable « culture » de la plume en France
La plupart des machines de traitement des plumes sont encore fournies par les pays du Nord de l´Europe, Allemagne en tête. Depuis 20 ans, Triton a développé son propre savoir-faire. Il faut de la technicité pour laver, dégraisser, dépoussiérer, trier et sécher des produits hétérogènes (il existe au moins quatre catégories : plumes, plumettes, 3/4 de duvet, duvet), et délicats à manipuler (électricité statique, légèreté...). En moyenne 45 % des plumes de canard sont écartées au cours du process.
Triton a devancé les réglementations sanitaires et environnementales. Il faut entre 80 et 120 litres d´eau pour laver un kilo de plumes. L´accent a été porté sur les économies d´eau ainsi que sur la qualité de l´épuration. C´est ainsi que l´usine de Sainte Hermine réutilise une partie des eaux de lavage après traitement dans une station spécifique à l´usine.
©P. Le Douarin


De nouvelles réglementations encadrent la profession
L´entreprise fournit des produits propres et sains, sans risque sanitaire et exempts de poussières. De plus ils ne contiennent pas de produits chimiques (conservateurs, biocides...), sauf pour certains produits traités contre les acariens, les bactéries ou à l´hydrophobie renforcée au Téflon. « Depuis quelques années, après le tout synthétique, nous observons un retour en grâce de la plume, mais les gens veulent de la qualité, notamment des produits irréprochables au plan de l´hygiène. » C´est pourquoi, Christophe Gaignard se réjouit des nouvelles réglementations entrées récemment en vigueur(1). L´une française, l´autre européenne, encadrent désormais le métier de récupérateur et transformateur de plumes. « Nous sommes considérés aujourd´hui comme des équarrisseurs, avec toutes les contraintes sanitaires et techniques qui y sont attachées (agrément, traçabilité, règles environnement...). » La règle « du pas vu pas pris » ne s´appliquera plus. Il va y avoir sans doute du ménage dans cette profession. « Cela ne nous gêne pas puisque nous avions déjà anticipé à 80 %. »
©P. Le Douarin


Innover pour capter de nouveaux marchés
Jusqu´à présent les plumes étaient toujours utilisées pour remplir des poches, pour des vêtements (doudoune, sacs de couchage), de la literie (oreillers, couettes), ou de l´ameublement (canapés, couffins...). La technique de remplissage n´est pas facile à mettre en oeuvre. Elle demande de la main d´oeuvre qualifiée. Une « denrée » de plus en plus difficile à trouver au moindre coût pour rester compétitif sur un marché international.
« J´ai vécu la disparition des métiers liés à la fourrure et à la laine. Je ne voulais pas vivre le même scénario pour la plume », explique le PDG de Triton. Pour résister aux menaces de délocalisation de ses clients, ou de remplacement des plumes par du synthétique, Christophe Gaignard a cherché une alternative. L´idée de base était d´atteindre de nouveaux marchés en éliminant la contrainte du soufflage.

Démarrée en 1998, l´exploration s´est concrétisée en 2002 avec l´usine « Nap´tural », elle-aussi installée à Sainte Hermine. Cette unité produit des nappes de plumes. Les plumes sont emprisonnées dans un maillage en trois dimensions à base de laine et fibres synthétiques. Pour garder toutes leurs propriétés isolantes et acoustiques, les plumes ne doivent pas être collées mais « thermoliées ».
Cette nouveauté brevetée et primée par les professionnels du bâtiment en 2002 a nécessité deux ans de recherches avec deux ingénieurs en textile. Aujourd´hui Triton peut proposer des plumes en rouleaux d´épaisseur, de densité et de composition maîtrisées. Avec un produit plus homogène, plus facile à travailler et à mettre en oeuvre, le champ des utilisateurs s´est considérablement élargi.
©P. Le Douarin


Des possibilités pour les plumes de poulet
La première application du nappage concerne le secteur du bâtiment, avec la gamme Batiplum´ pour sols, murs et toitures. Selon Christophe Gaignard, la nappe, en plus d´être un bon isolant thermique, est un excellent absorbeur de sons. Elle possède la propriété de capter et de relarguer l´humidité sans se dégrader. Naturellement la plume absorbe l´eau (16 fois son poids) et ce faisant dégage de la chaleur. Et inversement. C´est un phénomène bien connu des montagnards. Les tests officiels de qualification (pouvoir isolant, résistance au feu) sont en cours. L´autre différence réside dans son origine naturelle. Le produit peut séduire les utilisateurs intéressés par la « recyclabilité ». Désormais les industriels sont confrontés au coût écologique de l´élimination des produits après leur utilisation. C´est pourquoi la nappe de plumes pourrait trouver d´autres applications : industrie textile, industrie automobile...

D´ores-et-déjà le groupe Triton espère fabriquer 1 million de m2 par an, soit l´équivalent de 1500 tonnes de plumes. Mais l´objectif est au delà. « Nous ne pesons rien face au marché français de l´isolant. Avec toutes les plumes françaises, poulets et dindes comprises, nous ne dépasserions pas 5 % de part de marché. » N´empêche. Valoriser de la sorte les plumes de poulets et dindes est une perspective espérée par une filière abattage qui a depuis longtemps oublié le temps où le cinquième quartier représentait jusqu´à 7 % du chiffre d´affaires.
©P. Le Douarin



(1) réglement CE 1774 du 3 octobre 2002 et arrêté du 12 février 2003

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