Réussir Aviculture 15 octobre 2009 à 15h27 | Par p. Le Douarin

En évolution constante depuis 1952 - La SA Blanchard valorise ses oeufs en les cassant

Installée dans la pointe sud du Finistère, la PME Blanchard mène de front tous les métiers de l’oeuf, de l’élevage des poulettes à la vente d’ovoproduits.

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Des ovoproduits liquides frais en attente de livraison. La PME Blanchard joue la carte du bio et de la longue conservation.
Des ovoproduits liquides frais en attente de livraison. La PME Blanchard joue la carte du bio et de la longue conservation. - © P. Le Douarin

Donnez à Jean-Yves Blanchard des poulettes d’un jour, il s’occupera du reste.Vingt et une semaines et quelques plus tard, il vous présentera le résultat de son travail : une pochette jaune pâle ou franchement jaune destinée à entrer sur la liste des ingrédients d’une recette de charcuterie, de gâteaux ou de mayonnaise. Chez les Blanchard, il y a d’abord Louis, le père, 80 ans, toujours actif sur le site historique de Poullan-sur-mer, près de Douarnenez dans le sud Finistère. En 1952, de retour du service militaire, Louis Blanchard s’installe comme agriculteur. Il met le doigt dans l’aviculture en commençant par quelques centaines de poulets « industriels » et dégage « l’équivalent du salaire d’un valet de ferme ». Dix ans plus tard, il possède près de 3 000 m2 d’élevage et travaille avec le Vendéen Doux, installé à Châteaulin sur les bords de l’Aulne.Déjà, le poulet connaît des crises. L’aviculteur préfère se convertir dans l’oeuf de consommation avec des poules au sol. Les premières cages Big Dutchman sur un seul niveau apparaissent chez lui en 1967. Fidèle à la réputation d’indépendance des Finistériens, et peut-être échaudé par son expérience du poulet, Louis Blanchard veut son indépendance.

COUP D’ACCÉLÉRATEUR EN 1995

« Nous tenons à rester libre et maîtriser nos prix de revient », souligne son fils Jean-Yves, entré dans l’entreprise en 1976. Les années passent, l’entreprise grossit à Poullan et se diversifie : l’exploitation pour produire les céréales consommées, le stockage des céréales et la fabrication d’aliment à la ferme, les poulettes, une augmentation du cheptel jusqu’aux environs de 120 000 places, un centre de conditionnement, et même une casserie. « Vous savez, à l’époque ça n’avait vraiment rien à voir avec ce qu’on fait aujourd’hui, souligne Jean-Yves Blanchard. Du matériel adéquat et le tour était joué. » Depuis, le métier de casseur d’oeufs a bien changé. Après son père, le bâtisseur, Jean-Yves Blanchard aurait pu poursuivre la voie tracée. En 1995, lorsqu’il prend les rênes il décide d’accentuer le poids de la casserie en investissant lourdement. Il estimait que la localisation de son site, éloigné des centres de consommation et des axes routiers rapides, lui serait de plus en plus défavorable.D’où l’idée de développer la casserie pour fournir des entreprises agroalimentaires régionales en ovoproduits liquides, frais et issus de ses propres poulaillers. « Aujourd’hui, 75 à 80 % de nos oeufs produits sont cassés », précise Stéphane Péron, gestionnaire industriel et responsable qualité de la casserie. Tenant à leur indépendance, et pour réduire les risques économiques liés à une spécialisation, les Blanchard ont toujours eu l’ambition de maîtriser les métiers qui gravitent autour d’eux. C’est pour cette raison, qu’en 1998, puis en 2001, ils ont racheté deux élevages à Saint -Vougay, dans le nord du département, chacun de 50000 poules. Ils ont ainsi pu accompagner le développement de la casserie, tout en restant sur le marché oeuf coquille, à la recherche de l’optimum économique. Quand ce débouché tire, Jean-Yves Blanchard calibre et livre à des négociants en gros. Il achète alors plus d’oeufs déclassés pour la casserie.

Jean-Yves Blanchard devant un de ses camions de livraison d’aliment. « Pour bien vendre il faut commencer par maîtriser ses coûts de revient, d’où notre volonté d’être présents de l’amont à l’aval. »
Jean-Yves Blanchard devant un de ses camions de livraison d’aliment. « Pour bien vendre il faut commencer par maîtriser ses coûts de revient, d’où notre volonté d’être présents de l’amont à l’aval. » - © P. Le Douarin

DIVISER LES RISQUES POUR DURER

Dans un univers concurrentiel, l’entreprise mise sur la différenciation. Différenciation technologique, d’une part, avec un mode de traitement discontinu de la coule, qui permet d’obtenir des produits salés ou sucrés avec une durée de conservation de six mois.Habituellement, la pasteurisation en continu — également pratiquée — permet trois à quatre semaines de conservation. D’où aussi plus de souplesse pour gérer l’équilibre offre-demande. Car la casserie fait du A pour B: commande passée le matin, fabrication l’après-midi et livraison le lendemain. Une autre différenciation concerne l’origine des produits. Bien qu’aucune de ses poules ne soit élevée en mode de production biologique, Jean-Yves Blanchard s’est intéressé à ce créneau dès 1998 avec la création d’Ovobio, en cassant des oeufs bio achetés à l’extérieur.

PROJET BIO ET PHOTOVOLTAÏQUE

Aujourd’hui la demande en ovoproduits bio s’envole. Le chiffre d’affaires bio a pesé 18 % de l’activité casserie en 2008 (7 millions d’euros). Comme d’autres casseries s’y intéressent aussi, le prix des oeufs bio déclassés se rapproche des oeufs bio coquille. Pour compenser cette évolution, Jean-Yves Blanchard a décidé de se lancer dans la production bio, sur le même schéma que pour ses oeufs de cage. Il va bâtir de quoi accueillir 12 000 poules d’ici la fin de 2010. Par ailleurs, il en profite pour investir dans des panneaux photovoltaïques.Au total, trois à quatre mille mètres carrés devraient ainsi être installés dans les deux prochaines années. « C’est le moment pour investir : les contrats de rachat sont intéressants et garantis vingt ans, les banques y croient, et avec la taxe carbone à venir, on pourra sans doute mettre en avant ces investissements pour la réduire. » Il lui reste encore des bâtiments à mettre aux normes,mais il hésite entre les cages et autre chose. « Je ne sais pas ce qui va arriver en 2012, même si je crois fortement à une chute de production. Ceux qui auront investi les premiers s’en sortiront le mieux. En tout cas, je ferai en sorte de conserver le potentiel de production. »

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