Réussir Aviculture 16 janvier 2004 à 14h14 | Par Pascal Le Douarin

Elevage de volailles - Dans l´Ain, un éleveur-inventeur

Éleveur de canards dans la campagne Bressane, Daniel Trouilloux a aussi conçu un épandeur de sciure et un appareil de vaccination-dégriffage-débecquage qui le soulagent dans son travail.

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Pour le visiteur en promenade, comme pour l´oeil plus averti, les bâtiments d´élevage de Daniel Trouilloux ne paient guère de mine. Ce sont deux constructions basses, en brique rouge, de 750 m2 chacune, disposées en L derrière un bosquet d´arbres, à moins de 100 mètres de demeures nettement plus remarquables. Le lieu-dit « La Pilleuse » rassemble trois bâtisses du 17e siècle, ayant fait office peut-être de maisons fortifiées, mais à coup sûr de fermes bressanes. Construites en bois et en briquettes rouges faites avec l´argile locale propice à la constitution des étangs, elles sont aujourd´hui classées au patrimoine historique.
Mais cela ne les empêche pas d´être également habitées. Daniel et son épouse Pascale en occupent d´ailleurs une. Cet environnement explique pourquoi les poulaillers de Daniel Trouilloux sont si bas, pour s´intégrer le mieux possible dans ce paysage historique. En été les touristes défilent sur cette route menant au Domaine des Planons, un des musées ruraux de la Bresse. Mais « si c´était à refaire, je choisirais un coin bien à l´écart au fond des bois » explique l´éleveur.

Avant d´être éleveur de volailles, notre homme s´est intéressé de près à l´industrie. « J´étais carrossier dans une PME. Mon métier me plaisait, mais sans réelle perspective d´évolution je ne me voyais pas faire cela toute ma vie. » Sollicité par un ancien collègue devenu technicien chez un fabricant d´aliments, il commence par s´intéresser au poulet label rouge Malvoisine au début des années 80. C´est ainsi qu´il construit à proximité un premier petit bâtiment ensuite agrandi. Il passe définitivement le pas en 1984 après avoir achevé son extension jusqu´à deux bâtiments de 750 m2, coupés en deux dans le sens de la longueur.
©P. Le Douarin

Un retour à la terre par le biais du label rouge
Mais suite à des difficultés sanitaires liées à la vaccination Marek, il se tourne sans grand succès vers la dinde, et finalement vers le canard à rôtir. Après 5 années décevantes il a trouvé sa voie. Il laisse les bâtiments tels qu´ils sont avec une ventilation statique et une conduite sur sciure, en prévoyant tout de même une partie sur caillebotis dans la zone d´abreuvement. Pour suivre l´évolution génétique et la hausse des poids, l´éleveur a amélioré les conditions d´élevage en passant en extraction mécanique. Aujourd´hui il élève 14 000 canards en bande unique (9,5/m2) et se situe dans le premier tiers des éleveurs travaillant pour un gros abatteur de Saône-et-Loire.
Plutôt que de miser sur des investissements de rénovation avec un long temps de retour, Daniel a joué la carte de l´amélioration de ses conditions de travail. Imaginatif et manuel, il a créé deux machines qui le soulagent grandement. La première invention, réalisée il y a une dizaine d´années, est un épandeur de sciure qui lui fait gagner du temps et de l´argent (gain de matière de 25-30 %). « Étaler manuellement était vraiment une galère que j´ai connue durant quelques années. »
©P. Le Douarin


L´occasion a fait l´inventeur
Monté sur chenillettes, et propulsé par un moteur à essence, l´appareil est équipé d´une réserve de sciure et muni de deux vis d´Archimède qui envoient la sciure sur un répartiteur. Chaque quart de bâtiment est traité matin et soir en quinze minutes. Les canards s´écartent facilement. Tout au plus faut-il 1m3 de sciure lorsque les canards sont sales.
Cette invention n´a pas été commercialisée faute de demande, car « les nouveaux éleveurs ont tous opté pour le caillebotis intégral », remarque l´inventeur. On peut les comprendre au vu des contraintes imposées : trouver le produit, le stocker et l´étaler. Mais l´avantage de la sciure est de générer moins d´odeurs. Il estime qu´une telle machine reviendrait aux alentours de 23 000 euros.
La seconde invention a largement débordé le cadre de l´exploitation, sa préoccupation étant commune à tous les éleveurs. Il s´agit d´un appareillage de vaccination, dégriffage et débecquage vendu depuis deux ans par une société vendéenne. « J´ai imaginé ce dispositif après la défection et le manque de qualité de mon équipe habituelle d´intervention. »

Il avait d´abord conçu le vaccinateur pneumatique contre la Parvovirose et le débecquage sur deux postes séparés, pour finir par rassembler le tout en un seul appareil. Pour le dégriffage, il fallait penser à la guillotine à l´horizontale. Une série de lames coupent le bout des ongles des canetons placés sur un fond perforé. La vis d´Archimède ajoutée pour faire avancer les oiseaux a permis de parfaire le dispositif. Avec deux postes de vaccination/débecquage et un de dégriffage qui traitent de l´ordre de 1500 à 1700 canetons à l´heure, le personnel nécessaire est passé de 15 à 3.
A t-il d´autres idées en tête ? « Le nettoyage des caillebotis fixes pose aussi problème. Je réfléchis à une laveuse mobile dans le bâtiment. Le problème est qu´il faut détremper avant de laver. Avec le laveur à haute pression, il me faut 30 heures pour 500 m2 de caillebotis. Si je pouvais tomber à 2 h 30 comme avec les laveuses de caillebotis démontables... »
©P. Le Douarin

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