Réussir Aviculture 28 août 2007 à 16h41 | Par Pascal Le Douarin

Elevage de canards gras - Raisonner globalement l´ergonomie de l´atelier gavage

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En rendant à la MSA des Landes les conclusions de leur enquête sur les conditions de travail en atelier de gavage(1), Fabien Coutarel et Christian Martin, enseignants-chercheurs en ergonomie de l´université de Bordeaux, jettent un pavé dans la mare.
Leur principale conclusion est que, contrairement au sentiment général, le passage des cages individuelles aux cages collectives ne se traduirait pas automatiquement par une augmentation de la charge globale de travail. D´une part, parce que certaines situations de gavage en cage individuelle sont déjà problématiques, comme en témoignent les statistiques de troubles musculo-squelettiques (TMS) de la MSA des Landes, premier département concerné.

En facilitant la manutention du canard, la généralisation de la cage individuelle a certes été favorable à l´abaissement du coût de main-d´oeuvre unitaire, mais elle a aussi poussé à l´intensification (hausse des cadences et des tailles de lot). « Le temps gagné lors de la saisie par rapport au logement collectif est utilisé pour gaver plus de canards dans le même temps », notent les ergonomes. Les TMS consécutives à la répétition intensive de mouvements seraient alors favorisés par les cages individuelles.
D´autre part, ils estiment que les conditions de travail, physiques et psychologiques, varient énormément d´un atelier à l´autre, sans relation directe avec le type de cage. « Nous avons rencontré des gaveurs heureux, mais aussi d´autres en très mauvaise situation », explique Christian Martin.
Ici, en parc collectif, le dos est soumis à rude épreuve. ©F. Coutarel - C. Martin

Organisation et contrats en cause
« C´est la superposition de nombreux facteurs qui fait que la situation est mieux gérée dans certains ateliers et moins bien ailleurs. De plus, l´acte de gavage est une activité parmi d´autres : chargement et déchargement des canards, nettoyage sont aussi des tâches à améliorer au plan ergonomique. Rapporter la problématique de l´atelier seulement au mode de logement est une vision trop simplificatrice, voire réductrice », estiment les enquêteurs.
Toujours selon les ergonomes bordelais, le diagnostic laisse apparaître que les situations de travail sont largement influencées par le type d´aliment choisi et par la manière dont est utilisée la gaveuse. Celle-ci peut bien fonctionner, sans pour autant être toujours aisée à utiliser. La méconnaissance des contraintes d´utilisation du matériel semble donc sous-estimée.

Par contre, en logement collectif l´attrapage ne diminue pas nécessairement l´efficacité du gaveur, de même que les contraintes biomécaniques n´augmentent pas nécessairement (à condition de faire certains aménagements, comme les différents types d´appuis par exemple). Les difficultés rencontrées semblent provenir d´un manque de cohérence de nombreux facteurs optimisés séparément : conception des salles de gavage, des gaveuses, des embucs, gestion de l´exploitation, gestion du nettoyage, savoir-faire des gaveurs, contexte familial et social, mais aussi contraintes en amont (qualité des PAG) et en aval.
Rapport gaveur-acheteur déséquilibré
Parmi celles de l´amont, sont cités l´origine génétique (nervosisme) et la préparation au gavage ayant une incidence avérée sur les résultats des gaveurs. A cette source de stress subi sans possibilité d´échappement, s´ajoute celui imposé par le contrat qui lie groupements et agriculteurs. Certains contrats imposent des limites qui seraient difficiles à respecter et assorties de pénalités en cas de non-respect. Comment techniquement « programmer » un poids de foie à 10 grammes près, s´interrogent les deux chercheurs ? Ce type de relation nie l´expérience et le savoir-faire individuels du gaveur au profit d´un modèle technique collectif unique qui peut dans certains cas accentuer le mal-être chez certains agriculteurs, plus susceptibles que d´autres à développer une TMS.
Apporter des améliorations
Cette étude livrée à la MSA des Landes fin 2006 devrait connaître des suites à l´automne prochain. Pour l´instant, la caisse landaise réfléchit aux pistes de travail. Les chercheurs ont proposé un travail avec les concepteurs et constructeurs de matériel (gaveuse, cages, laveuses.), une réflexion avec la profession sur l´amélioration des conditions de travail hors gavage souvent peu prises en compte (mise en cage, transport, nettoyage.), la mise en place d´un référentiel d´expérience des gaveurs.
Plus que tout, la formation des gaveurs et futurs gaveurs à la prévention des TMS est l´affaire de tous, y compris des groupements. Les ergonomes s´attendent à des réactions normales de résistance, justifiées par la défense de la situation actuelle et par les coûts qui seraient générés par un changement.

« Des améliorations concernant l´embucage et le type de logement sont possibles, mais les déterminants majeurs de la santé des gaveurs sont d´autres natures et méritent d´être pris en compte si une amélioration significative des conditions de travail des gaveurs est réellement souhaitée. Et préviennent-ils : il ne suffit pas de supprimer les causes d´insatisfaction pour régler le problème des TMS. Encore faut-il développer des éléments de satisfaction pas nécessairement de nature économique, comme la reconnaissance et la responsabilité ».
Faute de quoi, le métier risquerait d´acquérir une mauvaise réputation et de ne plus attirer de jeunes pour remplacer les prochains départs. « Les conditions de travail et de vie du gaveur sont indissociables. Bien-être des canards et des gaveurs ne sont pas incompatibles », concluent Fabien Coutarel et Christian Martin.

(1) Fabien Coutarel et Christian Martin, département d´ergonomie - IdC, université Victor Ségalen de Bordeaux - étude des conditions de travail des gaveurs (rapport interne).

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