Réussir Aviculture 18 septembre 2007 à 12h12 | Par Armelle Puybasset

Diversification - La ferme du Botrai fait découvrir le monde agricole aux enfants

Éleveurs de poulettes, Monique et Michel Hamon développent depuis douze ans la première ferme pédagogique des Côtes-d´Armor. Cette diversification apporte un complément de revenu, mais surtout une ouverture sur l´extérieur.

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L´oeil malicieux et le sourire au coin des lèvres, Michel Hamon prend visiblement du plaisir à accueillir des enfants sur son exploitation. Et sa bonne humeur est contagieuse ! Devinettes, plaisanteries, légendes : l´éleveur ne manque pas d´imagination pour capter l´attention de ce groupe de 15 enfants, âgés de 6 à 8 ans, et de leurs deux accompagnateurs. En centre aéré, ils sont venus passer la journée dans la ferme pédagogique du Botrai, à Bréhand, dans les Côtes-d´Armor.
Pendant l´été (de mi-juillet à fin août), Michel et sa femme Monique reçoivent une centaine de groupes variant de 10 à 60 personnes. Ce sont majoritairement des enfants de centres aérés ou de colonies de vacances, mais aussi des personnes handicapées, des associations. Pendant les vacances de Pâques, ils accueillent également des écoliers. Au programme d´une journée-type qui commence vers 10 heures et s´achève à 16 heures : découverte de la ferme, pique-nique, visite du parc animalier, soin des furets, lapins et autres animaux de la basse-cour, et en bonus : un tour en calèche pendant une petite heure.
Michel Hamon explique aux enfants, bien attentifs, ce qui caractérise une poule d´un coq. ©A. Puybasset

Poussinières, porcs et veaux
Installé depuis 1980, Michel Hamon s´est d´abord lancé dans l´élevage de futures pondeuses d´oeufs de consommation avec deux poussinières de 1000 m2.
Au fil des ans, l´exploitation s´est diversifiée dans l´engraissement de porcs sur paille sous Label rouge Fermiers d´Argoat (120 places) et dans l´élevage de veaux de boucherie (146 places).
En 1992, il a racheté deux bâtiments de porcs à quelques kilomètres de l´exploitation et les a transformé en deux bâtiments de poulettes en production alternative de 450 et 550 m2, portant la surface totale à 3000 m2 de poussinière.
En 1994, Monique rejoint l´exploitation. Pour avoir un complément de revenu et embaucher un salarié afin de partir en congés, il devenait nécessaire de développer une autre activité. A l´époque, le réseau Bienvenue à la Ferme et la chambre d´agriculture des Côtes-d´Armor cherchaient à mettre en place un nouveau créneau touristique : la ferme pédagogique. « La ferme du Botrai fut la première du département », se souvient-il.
Les personnes en « visite libre » suivent le parcours fléché. Ils commencent par la basse-cour et terminent par le parc animalier, contenant une vingtaine d´espèces animales. ©A. Puybasset

Qualités pédagogiques indispensables
Michel Hamon a suivi huit jours de formation auprès de conseillers pédagogiques de l´éducation nationale. Il a ensuite reçu l´agrément du réseau Bienvenue à la Ferme et démarré l´activité en 1996.
Bien sûr, ces quelques jours de formation ne suffisent pas pour devenir un bon pédagogue. Les qualités personnelles et l´expérience jouent avant tout. Celle de Michel s´est forgée au cours de quinze années d´animation sportive dans un club de vélocyclistes. « L´important est de capter l´attention de chacun des enfants et également celle des animateurs. »
Pour cela, il les fait participer aux travaux de la ferme. Par exemple, les enfants distribuent l´aliment aux porcs charcutiers. Plutôt que de leur faire un cours magistral, il les initie à l´élevage, à l´alimentation ou à la reproduction en leur posant de nombreuses questions.

« Combien d´oeufs pond une poule par jour ? », questionne-t-il. « 10 ! 30 ! 3 ! ». Ou encore : « Comment s´appelle le petit de la truie ? » « Un porcinet ! », affirme l´un des enfants. Les réponses fusent. mais pas forcément les bonnes. Qu´importe ! « Ils repartiront avec la tête bien pleine. L´important est de leur faire découvrir le monde de l´élevage. »
Dans l´après-midi, si les enfants ont été suffisamment « sages », Michel les emmène faire un tour en calèche. Et là encore, plutôt qu´une promenade banale et monotone, cette activité se transforme en un parcours d´aventures : découverte des différentes allures du cheval (sur quatre roues et parfois sur deux roues !), essayer d´entrevoir les « korrigans » au fond des bois. et le plus drôle : laisser tomber une casquette et faire repartir le cheval au galop dès que l´accompagnateur, parti la ramasser, revient en courant !

Un parc animalier de cinq hectares
Plus récemment et pour répondre à la demande des visiteurs, Michel et Monique Hamon ont développé un parc animalier de cinq hectares.
A l´écart de la ferme, près du bois et sur un parcours de découverte sécurisé par 2,6 kilomètres de grillage, se trouve une vingtaine d´espèces d´animaux : des ânes, des poneys, des chevaux, des moutons et même des lamas et nandous. Depuis sa création en 2005, le parc est ouvert au grand public. Les visites libres (3 euros par adulte) et sans rendez-vous ont surtout lieu pendant les mois de juillet et d´août. En moyenne, 20 à 40 visiteurs viennent chaque jour. « Surtout en milieu d´après-midi. Lorsqu´ils ont terminé la visite, les groupes de colonies de vacances sont répartis et nous sommes plus disponibles pour répondre à leurs questions », ajoute Monique. Le parc animalier permet de toucher un autre public, venant majoritairement des Côtes-d´Armor, mais également des autres départements bretons. La communication se fait surtout par le bouche à oreille et par le site internet Bienvenue à la Ferme.

L´activité de la ferme pédagogique et le parc animalier représentent un chiffre d´affaires annuel d´environ 25 000 euros. Cela correspond à près de 30 % du revenu de l´exploitation. « La plupart des charges de structure sont supportées par les productions animales (bâtiment, assurance.) et non pas par l´activité touristique, précise Michel. La rentabilité de la ferme pédagogique ne serait pas la même si nous n´avions pas de productions agricoles », souligne-t-il. Cela dit, tous les animaux du parc « s´autofinancent ». Leur aliment et autres frais sont entièrement payés par leur propre production (vente de la semence des étalons, vente du petit du lama, des chevreaux.).
Monique Hamon. « Nous parvenons assez facilement à concilier nos deux activités, agricole et touristique. » ©A. Puybasset

Des activités compatibles
« Certains visiteurs nous sollicitent pour développer des activités supplémentaires telles que la vente de produits locaux. Mais au niveau de l´organisation du travail, nous arrivons à une taille critique. Il faudrait employer un salarié supplémentaire. » Monique et Michel s´occupent du parc animalier, de la ferme pédagogique et des productions animales. Guénolé, leur salarié employé à mi-temps, se charge essentiellement des cultures (22 hectares de terre dont, 7 de céréales, 10 de près et 5 de parc animalier). Il est difficile d´évaluer le temps que les éleveurs consacrent à l´activité touristique. Il ne s´agit pas seulement du temps de présence des enfants. Il faut aussi rajouter le temps de préparation des ateliers et le rangement. « Nous essayons de faire le maximum de travail en début de matinée. Nos productions nous permettent d´organiser assez facilement notre emploi du temps : durée d´élevage longue, dates des mises en place et des départs fixées depuis longtemps. Les rendez-vous avec les groupes sont pris à l´avance », ajoute Monique.
A 56 ans, Michel Hamon commence à s´interroger sérieusement sur l´avenir de son exploitation. Il est conscient qu´il sera difficile de trouver un agriculteur prêt à reprendre l´ensemble des activités. Cela dit, il s´imagine bien vendre les droits à produire et continuer la ferme pédagogique pendant encore de nombreuses années.


http://fermedubotrai.monsite.wanadoo.fr/

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