Réussir Aviculture 28 février 2018 à 19h00 | Par P. Le Douarin

Depuis décembre, seize foyers d’influenza faiblement pathogène détectés dans des élevages français

Les contrôles virologiques obligatoires montrent que des virus influenza faiblement pathogènes sont présents à bas bruit en France, notamment des sous-types H5N3 et du H5N2.

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carte prédictive du risque relatif de survenue d'influenza aviaire fortement pathogène dans la faune sauvage entre 2005 et 2017
carte prédictive du risque relatif de survenue d'influenza aviaire fortement pathogène dans la faune sauvage entre 2005 et 2017 - © Efsa

Depuis le mois de décembre et jusqu’au 28 février, quatorze élevages de palmipèdes et deux élevages de dindes reproductrices ont été détectés positifs en virus influenza faiblement pathogènes. Ils concernent le Sud-ouest (7 cas), la Bretagne (3 cas), les Pays de la Loire (5 cas) et le Nord, où un élevage de canes reproductrices a été décelé porteur de H5N2.

Comme le prévoit la réglementation, les lots positifs ont été éliminés et retirés de la chaine alimentaire.

Au moins deux sérotypes ont été retrouvés, H5N3 (neuf fois) et H5N2 (deux fois). Dans cinq cas la neuraminidase N n’a pu être déterminée par le laboratoire national de référence influenza aviaire de l'Anses-Ploufragan (LNR), « par manque de matériel génétique en quantité suffisante » nous a précisé son responsable Eric Niqueux. Faute d’avoir réalisé le séquençage génétique complet de ces virus, le LNR ne fait pas de lien épidémiologique entre ces diverses détections. Il se peut que ces virus soient différents. D’autre part, la synthèse des enquêtes épidémiologiques menées par les services vétérinaires départementaux n’a pas encore été réalisée.

Les treize cas relevés sur les canards gras proviennent de la détection virologique imposée avant le transfertdes palmipèdes à gaver depuis le début du mois de décembre. Au 15 janvier, 979 lots avaient été dépistés avec deux foyers d’IA FP décelés. Les dix lots dépistés positifs après le 15 janvier sont la conséquence du report de deux mois de la fin de l’obligation de contrôle virologique (jusqu'au 15 mars).

Les trois autres détections ont eu lieu à la suite de signes cliniques sur des dindes et d’un contrôle sanitaire sur des canes reproductrices.

Selon le professeur Jean-Luc Guérin de l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse, ces résultats montrent que du virus influenza faiblement pathogène est toujours présent en bruit de fond dans le milieu naturel. Et qu' il est difficilement évitable, d’autant que les canards sont très réceptifs à ces virus." Plus on cherchera ces virus et plus on en trouvera", résume-il. Il ne faudrait donc pas baisser la garde de la biosécurité, sachant que la diffusion des virus peut être réactivée par des effets météorologiques (vague de froid) ou migratoires.

A notre connaissance, aucune information n’a été divulguée sur les résultats de la surveillance passive de l’avifaune sauvage. Toujours selon Jean-Luc Guérin, aucun oiseau sauvage n’aurait été détecté porteur, mais il ignore le nombre d’analyses réalisées.

Le gouvernement ne communique plus les cas d’influenza faiblement pathogène sur son site internet. Les médias sont informés par les communiqués de presse préfectoraux et par les déclarations plus tardives que doivent faire les autorités françaises auprès de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

Du virus H5N6 HP présent en Europe

Quant au Nord de l’Europe, plusieurs pays ont détecte des oiseaux sauvages porteurs de virus H5N6 hautement pathogène, sans aucun lien épidémiologique avec la situation française (voir notre carte interactive). Les Pays-Bas sont les euls à avoir subi deux foyers H5N6 HP dans des élevages.

Ce virus est un réassortant du virus H5N8 qui  a sévi en France à l'hiver 2016-2017 et plus tardivement en Italie. C’est-à-dire qu’il s’est « mélangé » avec d’autres virus pour donner naissance à cet « hybride ».

L’avifaune est considérée comme la voie d’introduction majoritaire de ces virus H5 dans les élevages, souligne un rapport de l’Efsa publié en décembre 2017. A condition toutefois que cette population de migrateurs dépasse une taille critique. Il faut noter que le nombre de cas détectés dans l’avifaune a considérablement diminué par rapport à l’an dernier. Ce qui pourrait expliquer la quasi absence de cas en élevages.

Dans son rapport, l’Efsa a dressé une carte de prédiction du risque d’apparition de foyers H5 HP chez l’avifaune (voir la carte ci-contre). Elle fait apparaitre un risque moindre en France, notamment sous la diagonale allant de la Bretagne à la Camargue. Ce ne sont que des prédictions... Souvenons nous de l'hiver 2005-2006 avec la vague de froid ayant repoussé les migrateurs jusqu'en Frannce et qui avait conduit à la contamination d'un élevage de dindes dans les Dombes.

L’autorité sanitaire européenne rappelle que le moyen de prévention le plus efficace d’introduction de virus est d’éviter tout contact direct ou indirect, notamment pendant les périodes à risque par la limitation de l’accès des volailles à l’extérieur.

Statut indemne depuis le 27 octobre

Par ailleurs, l’OIE insiste sur le fait que la détection de virus même hautement pathogène dans la seule faune sauvage n’entraine pas la perte du statut indemne d’influenza hautement pathogène pour les pays concernés. Et que cela ne justifie pas l’application de restrictions commerciales sur les produits en provenance de ces pays.

La France a recouvré son statut indemne d’influenza aviaire hautement pathogène depuis le 27 octobre 2017 et les autorités ont placé l’ensemble du territoire en risque négligeable depuis le 19 janvier. Cela concernait surtout les départements de l’Ain, de la Savoie et de la Haute-Savoie placés en risque modéré en octobre suite à la détection de virus H5N8 sur de l’avifaune suisse fin août.

Pour rouvrir les frontières des certains pays fermés aux produits français depuis les deux épisodes précédents, la France communique beaucoup, notamment sur la compartimentation mise en place par des entreprises. Les sélectionneurs Hubbard, Hendrix Genetics Isa, Sasso, ainsi que la société Doux ont mis en place la compartimentation. Elle consiste en une biosécurisation poussée de leurs installations, censée permettre la poursuite des activités d’élevage même en cas de foyer influenza hautement pathogène dans leur environnement.

 

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