Réussir Aviculture 11 février 2005 à 14h41 | Par Pascal Le Douarin

Démarrage en dinde - Le retour du chauffage localisé

Après dix ans de développement, la technique du chauffage d´ambiance est remise en question en dinde.

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Le progrès technique vise naturellement à améliorer la productivité du travail, tout en essayant de répondre aux besoins des animaux. Cela se traduit souvent par l´automatisation ou la simplification des taches. Dans les années quatre-vingt-dix, la recherche-développement française en matériel d´élevage s´est surtout orientée vers des poulaillers de mieux en mieux isolés, de plus en plus étanches, en vue d´économiser les calories aliment ou chauffage. Dans le même temps, les matériels de régulation d´ambiance et de chauffage se sophistiquaient. En poulet de chair est apparue la technique du chauffage d´ambiance pratiquée avec le canon à air chaud. Elle a ensuite été vulgarisée pour la dinde par Michel Le Menec à la station expérimentale avicole de Ploufragan, qui la pratique encore avec succès.
« Néanmoins, estime Guy Paris, du service technique de l´entreprise d´accouvage Grelier, la méthode exige un bon niveau de technicité, un matériel précis et bien réglé pour ne pas surchauffer ou sous-chauffer. » L´avantage est certain pour l´éleveur : moins de travail de préparation (mise en place du matériel) et de suivi (nettoyage, réglages), moins de risques d´incendie.
Hétérogénéité et sous-consommation accrues
De ce fait, de récents éleveurs de dinde n´ont jamais démarré en système localisé. De nombreux éleveurs de poulet qui démarrent en ambiance font de même quand on leur propose de la dinde. Mais les dindes y trouvent-elles leur compte ? « Non », affirme Jean Paul Sels. « Le sélectionneur BUT n´a jamais préconisé le chauffage d´ambiance, même si cette pratique s´est largement répandue en dinde, précise-t-il. A vouloir simplifier le travail on est allé à l´encontre des besoins des dindonneaux, bien différents de ceux du poulet. » Ceci se traduit par des effets nuisibles, au moins à deux niveaux : hétérogénéité et sous-consommation.
En chauffage d´ambiance, l´homogénéité à 3-4 semaines d´âge peut descendre à 60 %, voire moins, au lieu des 80 % et plus recherchés. En outre, à chaque transition d´aliment, les petits prennent du retard, pâtissant du fait qu´ils n´ont pas atteint le stade de croissance requis pour supporter une baisse du taux protéique.
La limitation de la consommation d´aliment est liée aux trop fortes températures initiées par le chauffage d´ambiance. Les animaux à fort potentiel de croissance ont besoin de températures plus fraîches. « Dix ans de progrès génétique se traduisent par un besoin thermique inférieur de un degré. »
En chauffage localisé, chaque dindonneau se positionne dans le cercle de démarrage selon ses propres besoins. ©P. Le Douarin

Revenir aux bonnes pratiques
Plus l´animal possède un potentiel de croissance élevé, plus sa masse corporelle est importante, plus il a besoin de se refroidir pour ingérer et digérer. « La température optimale de croissance pour les mâles est inférieure de trois degrés à celle des femelles. »
Ce discours technique semble porter ses fruits, puisque des groupements de producteurs ont commencé à sensibiliser leurs producteurs au démarrage localisé. Pas facile, ni pour l´éleveur quand on s´est habitué à la simplicité, ni pour le service technique qui par le passé a pu préconiser l´ambiance (recherche d´éleveurs polyvalents dinde-poulet). A Scaër (29), Marie-Claire Thomas, qui travaille pour la coopérative Le Gouessant, conduit un bâtiment de 1000 m2 depuis 1980. Elle a toujours fait de la dinde, sauf du poulet de temps en temps pour cause de crise en dinde. « Sans hésitation, je préfère cette production. C´est un peu comme nos vaches. On a le temps de les voir grandir et de s´en occuper. » Et depuis 24 ans, elle a toujours démarré en chauffage localisé avec des gardes. « Je ne conçois pas de faire autrement, car ainsi je peux mieux les surveiller. »
Par exemple, sur son lot tout juste démarré, la livraison comporte deux origines de parquet, avec des dindonneaux « pédaleurs ». Elle a bien sûr séparé les dindonneaux des deux parquets et passe du temps à faire boire ceux à problèmes, qui meurent faute de s´hydrater correctement. Les ronds d´environ 3 m de diamètre sont équipés du matériel nécessaire, conformément aux normes admises et sont réunis deux par deux dès le troisième jour. Au second jour, elle met déjà les alvéoles souillées de fientes sous les becquées pour remonter leur niveau. Elle démarre avec 6 kg au mètre carré de litière de paille broyée de bonne qualité. Cette somme de détails porte ses fruits.
Ses résultats économiques la situent dans le premier tiers des éleveurs (presque 17 euros de marge poussin-aliment/m2/lot). Au dernier lot la croissance intermédiaire des dindonneaux a été bonne, avec à 28 jours 1,21 kg pour les mâles et 1,08 kg pour les femelles, et à 56 jours 4,17 kg en mâles et 3,8 kg en femelles.
Au total l´indice de consommation a été d´environ 2,2 avec des poids finaux de 12,4 kg en mâle, et de 5 kg à 72 jours (desserrage) et 7,7 kg à 80 jours en femelle.
Pour en savoir plus
Voir dossier de 11 pages dans Réussir Aviculture de décembre 2004 (nº102) : « Bien démarrer un lot, l´affaire de tous. »

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