Réussir Aviculture 15 septembre 2009 à 15h54 | Par P. Le Douarin

Dans le Nord-Est de la France - Des éleveurs séduits par le système libéral belge

En Belgique, les prix des poussins, de l'aliment et des poulets sont déconnectés les uns des autres. Une loi de l'offre et la demande à réserver aux éleveurs performants.

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Dans le Somme, poulets de 35 jours en attente d'enlèvement partiel pour la Belgique. Avec un aliment et une rémunération belge, des éleveurs français augmentent leurs résultats et leur revenu.
Dans le Somme, poulets de 35 jours en attente d'enlèvement partiel pour la Belgique. Avec un aliment et une rémunération belge, des éleveurs français augmentent leurs résultats et leur revenu. - © P. Le Douarin

Jean-Marie Vanpeene est installé à Winnezeele (59) dans les Flandres françaises, à 5 km de la frontière belge. Il y élève des poulets Ross 308 dans deux bâtiments de 1 200 m2. « J’arrive à obtenir un poids vif de 2,6 kg à 42 jours, avec un indice de consommation entre 1,6 et 1,65. » Comment fait-il ? « J’utilise un aliment acheté en Belgique auprès de l’entreprise De Brabander, que je complète par du blé entier, explique l’éleveur. Je gagne ainsi de l’ordre de 10 à 15 euros par tonne d’aliment consommé par rapport à un complet. » L’éleveur a opté pour cet aliment belge au début des années 2000, presque aussitôt après s’être converti du poulet label au poulet standard. Le contrat belge est simple : comme en France, le provendier — ou fabricant d’aliment — sert d’intermédiaire entre l’éleveur et l’abatteur. Il planifie et fournit les poussins, livre l’aliment mais à un prix fluctuant avec les cours des matières premières. L’éleveur a le choix entre un produit complet ou un plus concentré, à diluer avec de la céréale. « Les trois quarts de nos clients français achètent le complémentaire », souligne Philippe Debaillie, PDG de la branche aliment du groupe éponyme. De Brabander a choisi de jouer la carte de la régularité de l’aliment (nombre limité d’intrants) et de la haute performance technique. D’où un prix supérieur à la concurrence, estimé entre 15 à 20 euros la tonne par Jean-Marie Vanpeene.

POUR LES ÉLEVEURS TECHNIQUES

À 2,6 kg et 1,65 d’IC, le fabricant a calculé que le résultat financier de l’éleveur augmentait de 28 % par rapport à 2,3 kg. D’où l’intérêt de certains éleveurs du Nord. Le système est plus avantageux pour un éleveur qui suit ses poulets de près, concède l’entrepreneur, et qui est techniquement autonome. Avec un tel aliment, les volailles sont poussées à leur potentiel : jusqu’à 2,8 kg à 42 jours pour des Ross 308. Il faut des poulaillers adaptés et rester vigilant au moindre dérapage, à la maîtrise de l’ambiance, à la consommation. Un tiers des poulets est enlevé vers 34-35 jours (2 à 2,1 kg), le reste va jusqu’à 41-42 jours. Le respect du planning est fondamental, sachant que la densité est en moyenne de 22-23 têtes par mètre carré.

DES PRIX DÉCONNECTÉS

Le provendier s’occupe des certificats sanitaires d’exportation, et fait reprendre les poulets par des abatteurs belges. Les poulets sont payés en fonction d’une cotation hebdomadaire établie chaque mercredi matin à Deinze, ville des Flandres. « Contrairement au système français, les prix des poussins, de l’aliment et des poulets sont déconnectés les uns des autres. C’est la confrontation de l’offre et de la demande qui fait le prix », explique Philippe Debaillie, qui justifie ce choix par la recherche du meilleur résultat. Selon lui, c’est avec un système libéral que chacun est le mieux poussé à progresser. Le système belge n’a pas que des avantages. Son principal point fort est aussi son principal inconvénient. La divergence des prix — aliment élevé et cours de Deinze bas — peut créer un effet ciseau. « De manière générale, la demande en poulet est moins forte l’hiver que l’été et Deinze s’en ressent », remarque Jean- Marie Vanpeene.D’une semaine à l’autre, le prix de rachat peut varier jusqu’à 40 euros la tonne, soit 1000 euros d’écart sur un lot de 25 tonnes (environ 10000 poulets).

ACCEPTER ET GÉRER LA VOLATILITÉ

L’année 2007 a été très bonne (858 €/t en moyenne), 2008 correcte (868 €/t mais aliment plus cher) et cette année est jugée plus cyclique (820 à 920 €/t selon la semaine). En 2008, selon les semaines et les éleveurs, la marge MPA a oscillé entre 2 et 17 €/m2, reconnaît Philippe Debaillie. Sur six ans cumulés, l’enquête annuelle des chambres d’agriculture en France établit une marge brute de 24,4 €/m2 pour l’ensemble de l’échantillon poulet non sexé, contre 24,6 €/m2 pour les éleveurs travaillant avec les Belges. Peu d’écart donc sur une longue période.Avant la grippe aviaire de 2005-2006, les éleveurs français avaient un prix minimum garanti (670 €/tonne avec De Brabander), mais les Belges ont beaucoup perdu en 2006 et la garantie a sauté. « Plus personne ne veut prendre de risque, ni les abatteurs ni les fabricants », regrette l’éleveur. Pour limiter le risque, il a opté pour un prix moyen sur les huit dernières semaines. Dernier inconvénient pour les utilisateurs de blé qui n’en produisent pas assez : la volatilité des cours. Il faut savoir acheter au bon moment.

Trois quart des éleveurs français préfèrent l'aliment complémentaire (en haut) au complet (en bas).
Trois quart des éleveurs français préfèrent l'aliment complémentaire (en haut) au complet (en bas). - © P. Le Douarin

Complet ou complémentaire

Un aliment hautes performances

Le programme d’alimentation est divisé en trois phases : aliment complet de 1 à 10 jours, aliment croissance complémentaire ou complet, puis aliment finition. Avec le complémentaire, le blé est incorporé à 20 % de 11 à 21 jours. Ensuite, le taux augmente de 1 % par jour jusqu’à 30 jours, et de 0,5 % au-delà, pour atteindre les 40 % en fin de lot. Soit 29 % en moyenne. Le complémentaire est un granulé riche en huile, tandis que le complet est présenté sous forme de farine. Les graisses animales sont autorisées en Belgique, mais retirées de la formule pour les éleveurs français. Chez De Brabander, les matières premières sont broyées séparément avant le mélange final d’où un aspect hétérogène et grossier de la farine.

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