Réussir Aviculture 14 avril 2008 à 09h57 | Par P. Le Douarin

Dans l'Allier - THIERRY PANNETIER ÉLÈVE SES DINDES SANS REPAILLAGE NI ANTIBIOTIQUE

Pour s’affranchir des problèmes de litières qui se soldent par un repaillage fréquent, Thierry Pannetier a mis au point une conduite d’élevage particulière.

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En « gérant la consommation d’eau, les fonctions hépatiques et ambulatoires »,Thierry Pannetier a mis au point une méthode qui l’affranchit du repaillage.
En « gérant la consommation d’eau, les fonctions hépatiques et ambulatoires »,Thierry Pannetier a mis au point une méthode qui l’affranchit du repaillage. - © P.Le Douarin
«Autrefois, avec un lot de 5000 poulets sur 700 m2, mes grandsparents gagnaient la même somme que nous aujourd’hui avec 3100 m2 répartis en trois bâtiments », remarque Thierry Pannetier, éleveur de dindes et de poulets dans l’Allier, et associé en Gaec avec ses parents et sa tante. « Avec des associations écologistes très actives dans notre région, il est quasiment impossible de réaliser un projet avicole », souligne l’éleveur. Comme il est difficile de développer de nouvelles surfaces, le Gaec a misé sur la productivité. L’élevage fait partie des meilleurs des 550 du groupement Force Centre. « Notre objectif, c’est d’abord de faire de bonnes performances économiques, en nous en donnant les moyens. » Sans être récents, les trois poulaillers sont aux normes Dans l’Allier en matière de ventilation. Les éleveurs ont aussi investi dans la brumisation à haute pression « BRO-Micromist » pour sécuriser les productions d’été, et ont étendu ses utilisations en dehors des risques de coups de chaleur (1). Les temps d’occupation des poulaillers sont optimisés, avec le démarrage des dindes en double densité, des desserrages successifs et des lots de poulets élevés en dérobé. Les autres objectifs sont d’optimiser le temps et les conditions de travail : réaliser ou soulager les taches avec des équipements (pesée automatique, lavage facilité), repailler le moins possible. Thierry met 8 à 10 kg de paille broyée par mètre carré et il n’y touche plus. En contrepartie, il chauffe plus que la moyenne. « Avec ce lot de dindes d’hiver, nous allons dépenser plus de 9 000 ! de gaz pour 2 400 m2. » Fin janvier, à 85 jours d’élevage, le chauffage était toujours actif pour maintenir une température et une ventilation adaptées.
La « méthode Pannetier » impose la présence dans le magasin de plusieurs pompes doseuses et de bidons affectés à chaque traitement.
La « méthode Pannetier » impose la présence dans le magasin de plusieurs pompes doseuses et de bidons affectés à chaque traitement. - © P. Le Douarin
GÉRER L’EAU, LE FOIE ET LES PATTES

Ces exigences, et l’expérience acquise par Thierry lorsqu’il était technicien, ont abouti à une méthode particulière d'élevage. « Pour réussir un lot de dindes, cela passe par trois paramètres : la maîtrise de la consommation d’eau, le bon fonctionnement du foie, une bonne tenue sur les pattes, résume Thierry. L’un ne va pas sans les deux autres. » Une surconsommation d’eau se traduit par des litières humides, une humidité qu’il faut ensuite évacuer (ventilation et chauffage) et éponger (repaillage). La particularité du Gaec est de contrôler la consommation d’eau, voire de la freiner. « Il ne faut surtout pas couper les abreuvoirs, assure l’éleveur, car à la reprise toutes les dindes se précipitent et le remède est pire que le mal. » Pour Thierry, il est préférable que les dindes se limitent d’elles-mêmes. Auparavant, le Gaec utilisait du vinaigre du commerce pour réduire l’appétence. La méthode a été affinée. Désormais, l’eau du réseau, préalablement désinfectée et carbonatée (par un procédé Ocène), est additionnée d’un mélange d’acide et de peroxyde d’hydrogène (générateur d’acide peracétique), contenu dans un produit du commerce (« Sébacid » de Géosane). Le taux d’incorporation est variable. La consommation d’eau tend à ralentir avec un pourcentage croissant. Thierry a trouvé ses propres repères de consommation journalière d’eau et a mis au point un plan de cures (dosages, durées) qui varie selon l’âge et le comportement des dindes. En complément, il utilise un sel de cuivre nutritionnel, de temps en temps. Pour faciliter les fonctions hépatiques — sa deuxième condition de la réussite — il réalise des cures d’hépatoprotecteur (« Sébachol » toujours de Géosane), dès le démarrage. « Je suis en permanence à la recherche du point de rupture », résume l’éleveur.
TECHNIQUE BIEN ENCADRÉE

En plus des critères techniques habituels (mortalité, consommations d’eau et d’aliment, poids), d’autres indices sont pris en compte et interprétés : état de la litière, aspect des fientes, odeur de l’air ambiant, sons émis par les dindes (piaillement, roucoulement…). Cette technique « maison » a l’air de marcher. « La méthode fonctionne chez moi et dans d’autres élevages. » Vues fin janvier, les dindes Hybrid Converter de 85 jours avaient de bons aplombs sur une litière bien sèche. Le peson Avicontrol‚ indiquait un poids moyen des mâles de 8,11 kg (mini 7,44 — maxi 9,54). Thierry assure que les antibiotiques sont très rarement employés, seulement en curatif si besoin, et que les performances sont plus régulières. Sa marge poussin-aliment est d’environ 20 !/m2, avec un écart moyen de 1 ! toutes saisons confondues. Thierry Pannetier n’en dit plus sur ses astuces. S’il est éleveur, il agit aussi en technicien indépendant. En effet, depuis un an, pour reproduire ses résultats il propose à des éleveurs, et même à des groupes ayant pignon sur rue, un concept complet (visite, suivi téléphonique, analyses des résultats, plan-guide zootechnique) avec le logiciel « Vitellus ». Son carnet de rendez-vous est bien rempli. Depuis un an, il parcourt la France un à deux jours chaque semaine. !
Pascal Le Douarin

(1) Voir aussi notre reportage dans Réussir Aviculture n° 127, juin 2007, pages 18-19.

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