Réussir Aviculture 23 octobre 2007 à 14h15 | Par Armelle Puybasset et Pascal Le Douarin

Communication scientifique au Space - L´Afssa de Ploufragan expose les recherches en cours lors des conférences de l´association mondiale

Les préoccupations du terrain ont été prises en compte par l´Afssa qui a fait le point sur ses travaux en cours, lors de la matinée de conférences organisée par l´AMVA.

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En quelques années, le contexte sanitaire des productions avicoles a changé en relation avec d´autres évolutions : retrait des farines et graisses dans l´aliment, ainsi que des facteurs de croissance, baisse des niveaux de sécurisation nutritionnelle, survenue en Europe de virus influenza hautement pathogènes. C´est ainsi qu´on assiste à la recrudescence des pathologies digestives (« Pems ») et parasitaires (histomonose) et au durcissement de la réglementation vis-à-vis des virus influenza faiblement pathogènes. Pour comprendre, l´Afssa-Ploufragan réalise des études expérimentales et enquête sur le terrain. Voici quelques résultats de ces pathologies.
Didier Toquin, Afssa. « Nous avons aussi retrouvé des astrovirus de type 2 dans des échantillons congelés prélevés entre 1982 et 1988. » ©P. Le Douarin

Entérites de la dinde : un astrovirus pas si nouveau
Mises de côté depuis la fin des années quatre-vingt, les études sur les virus responsables d´entérites chez la dinde ont été réactivées à l´Afssa depuis cette année, à la demande de la profession qui co-finance ce travail. La première étape du travail a consisté à vérifier si oui ou non de nouvelles entités pathologiques décrites ailleurs étaient présentes en France. Pour traquer les virus suspectés (coronavirus et astrovirus), il a d´abord fallu mettre au point des tests faisant appel à la biologie moléculaire : RT-PCR et séquençage génétique. Parallèlement, l´Afssa a mis la profession vétérinaire à contribution pour récolter des échantillons de lots de dindes malades de Pems ou non, d´entérites « banales », ou pas du tout (témoins). Au 12 septembre, 15 des 19 prélèvements reçus avaient été analysés. Si l´éventail des symptômes est assez identique pour tous les lots à Pems (prostration, diarrhée, anorexie, frilosité, piaillements), des différences entre lots ont été observées : sur les morbidités (83 % si fort Pems contre 9 % si Pems modéré) et sur la mortalité et le tri des mâles et femelles (respectivement 12 %-9 % avec Pems élevé contre 1 %-4 % avec Pems modéré).
Avec aussi des différences au niveau des lésions histologiques (déplétions tissulaires) caractéristiques des lots à Pems et pas des lots à entérites banales. Les astrovirus ont été détectés sur les lots Pems, mais aussi sur un témoin sain et un lot malade et non Pems. Le chercheur se demande donc s´il existe un portage inapparent, quel est le rôle réel du virus et quels sont les autres facteurs déclenchants.
Par curiosité, il a également analysé des collections de « vieux » contenus digestifs de dindes diarréhiques congelés dans les années 1982-1988. Seize des 23 prélèvements sont porteurs d´astrovirus, dont certains avaient été observés au microscope électronique. A l´époque, la technique de recherche était sans doute limitante. Une reproduction expérimentale a été réalisée en animalerie sur des dindonneaux indemnes de germes pathogènes et inoculés par des broyats d´organes de dindes malades. Ils ont manifesté de l´apathie, des fientes liquides brun rouge et un déficit de croissance à 24 jours (au moins 50 g d´écart par rapport au témoin à 650 g). L´astrovirus a été isolé, mais les lésions de déplétion observées auparavant n´ont pas été observées.

La poursuite du travail va notamment porter sur une quantification de la charge virale en astrovirus pour affiner l´interprétation des données du terrain, sur les liens avec d´autres espèces (pintade), sur l´étude du portage inapparent.
Rozenn Souillard, Afssa. « L´enquête épidémiologique démarrée en septembre concernera 150 élevages de dindes. » ©P. Le Douarin

Histomonose : l´enquête épidémiologique démarre
L´histomonose est réapparue dans les élevages de dindes suite au retrait du Nifursol en mars 2003. Bien que le nombre de bâtiments atteints et les taux de perte soient moins dramatiques aujourd´hui qu´ils ne l´étaient dans les mois qui ont suivi, il persiste encore une cinquantaine de cas chaque année. Pour améliorer les connaissances épidémiologiques de cette maladie et en déduire des moyens de lutte, un programme de recherche sur le parasite Histomonas a été mis en place. Il comporte deux phases : une enquête préliminaire dans dix élevages de dindes atteints (cinq lots standard et cinq lots de reproducteurs) et une enquête épidémiologique dans 150 élevages, lancée en septembre.
L´enquête préliminaire, réalisée par l´Afssa de Ploufragan en partenariat avec l´École Vétérinaire de Toulouse et le laboratoire costarmoricain Labofarm, avait pour objectif de collecter les premières données épidémiologiques mais surtout de mettre au point une méthode d´analyses PCR et de définir un protocole d´échantillonnage.

Rozenn Souillard, de l´Afssa de Ploufragan, a fait part des principaux résultats. Ils concernent surtout les prélèvements les plus pertinents pour détecter la présence du parasite Histomonas. « L´analyse PCR sur des échantillons congelés semble la méthode la plus sensible. Les prélèvements sur des caeca sont à privilégier. Les résultats PCR obtenus à partir d´échantillons de fientes étaient plus variables, décrit Rozenn Souillard. Pour la première fois, la présence du parasite a pu être mise en évidence dans l´environnement par analyse PCR (pédi-chiffonnettes, eau de boisson, chiffonnettes). » Autre conclusion de l´enquête préliminaire, l´absence de corrélation entre la gravité de la maladie et la facilité de détection.
La deuxième phase du programme de recherche, l´enquête épidémiologique, concernera 150 élevages de dindes et aura pour objectif d´évaluer le taux de prévalence d´Histomonas et les facteurs de risque associés à la maladie de l´histomonose. Elle devrait s´achever en septembre 2008.
Jean-Paul Picault, Afssa. « Les canards reproducteurs porteurs de virus H5 faiblement pathogènes ne les transmettent pas à leur descendance. » ©P. Le Douarin

Virus H5 FP : pas de transmission verticale
C´est dans le cadre du programme européen « Fluaid » de recherches de maîtrise du risque d´influenza que l´Afssa a réalisé deux études ponctuelles qui ont répondu à deux questions précises. L´équipe de Ploufragan a recherché si une cane porteuse de virus H5 faiblement pathogène (ici du H5N3) pouvait transmettre le virus à sa descendance par les deux voies possibles : dans l´oeuf (transmission verticale vraie) ou sur la coquille via le cloaque infecté. La réponse est non, dans les conditions expérimentales testées (canes de 33 semaines, inoculées par voie oculo nasale).
La seconde question était de savoir si des oeufs embryonnés infectés pouvaient éclore et si les canetons pouvaient survivre. Pour ce faire, les oeufs ont reçu des doses variables de virus afin d´évaluer un état d´« overdose » (létalité précoce des embryons), un état intermédiaire (mortalité tardive) et un troisième état où quelques canetons pourraient survivre. Les six virus H5 testés ont donné les mêmes résultats. Du virus est retrouvé sur les embryons morts précocement, puis de moins en moins facilement avec l´âge (plus de cas douteux), puis plus du tout sur les mortalités tardives et les quelques survivants.
Néanmoins, Jean-Paul Picault, souligne plusieurs bémols : le nombre réduit de souches testées, l´espèce Barbarie seulement testée, l´infection des reproducteurs par voie oculo nasale et non par la semence. Enfin, il se demande si dans la réalité, les oeufs embryonnés morts sont enlevés de l´incubateur de manière à réduire les contaminations à l´éclosion. Oui, à douze jours lors du mirage a répondu le vétérinaire d´une société d´accouvage.
Gilbert Postollec, Afssa.« La toxicité des mycotoxines est variable et complexe. Elle dépend aussi de l´espèce avicole concernée. » ©A. Puybasset

Mycotoxines : l´oiseau peu sensible mais très exposé
Les pluies de ces derniers mois et les conditions de récoltes plutôt humides font la part belle au développement de mycotoxines dans les céréales et incitent les fabricants d´aliment à redoubler de vigilance. Fabriquées par des champignons, au champ ou après la récolte, ces toxines ont des effets variables selon leur type et l´espèce animale. Les monogastriques sont généralement plus exposées car ils consomment beaucoup de céréales. La volaille est beaucoup moins sensible que le porc mais, cela dit, si les toxicités aiguës sont plutôt exceptionnelles, les signes plus discrets telle qu´une baisse des performances ne doivent pas être négligés. « Parmi près de 300 toxines répertoriées dans le monde, une trentaine concernent particulièrement nos pays et se répartissent en cinq familles majeures (aflatoxines, trichothécènes, zéaralénone, ochratoxines, fumonisine), détaille Gilbert Postollec, de l´Afssa de Ploufragan. Leur toxicité est variable et très complexe (dépression immunitaire, troubles métaboliques). »
Les volailles sont par exemple sensibles aux trichothécènes (Don, toxine T2) mais à partir d´un seuil de contamination très élevé de deux milligrammes par kilo d´aliment avec des effets sur la qualité des oeufs, signes nerveux, baisse des performances, foie graisseux. La sensibilité varie selon l´espèce : le canard est très sensible aux aflatoxines tandis que la caille y est très résistante.
Il existe plusieurs moyens de lutte contre les mycotoxines : en amont, avant la récolte : traitements physico-chimiques, utilisation de procédés chimiques ou au niveau de la distribution de l´aliment (recours à des substances tel l´argile et autres additifs tels que des extraits de plantes).
La législation actuelle prévoit des teneurs maximales en mycotoxines dans les céréales destinées à l´alimentation humaine (règlement 1881/2006/CE du 19/12/2006). Concernant les céréales destinées à l´alimentation animale, il n´existe pas de règlement mais des directives. Seule, l´aflatoxine B1 dispose d´une valeur seuil (20 microgrammes/kg).

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