Réussir Aviculture 16 avril 2007 à 14h18 | Par Pascal Le Douarin

Capacités de production - Les éleveurs demeurent un « gisement » à pérenniser

La production française a reculé de 24 % en neuf ans. Faut-il pour autant considérer que les « stocks » d´éleveurs et de bâtiments seront suffisants dans les années à venir ?

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Depuis 1999, Sylvain Gallot économiste à l´Itavi réalise une enquête sur le parc des bâtiments avicoles. Il constate que les constructions ont régulièrement ralenti, passant de 3,6 % en 1999 à 0,3 % en 2005. Le taux a été divisé par 10 en sept années !
Du côté des disparitions, si la moyenne se situe aux environs de 2 %, l´érosion est plus fluctuante. Avec les deux plans de cessation, elle a quasiment doublé à 3-4,5 % durant les années 1999-2000 et 2003-2004. En situation nette, le parc a amorcé sa réduction à partir de 2002. Le phénomène a d´abord touché les productions standard et la région Bretagne, mais aussi Rhône-Alpes. Depuis lors, l´ensemble des productions et des bassins subissent une régression. Tout l´outil productif est touché, du label au poulet export. Pourtant, observe encore Sylvain Gallot, durant ces années, les rénovations ont augmenté, de sorte que le parc n´a pas vieilli.
Si rien n´est fait pour motiver les éleveurs en place et installer la nouvelle génération, l´équilibre entre offre de bâtiments et demande de production va se rompre. ©P. Le Douarin

Concentration des outils
« Jusqu´à présent, le potentiel de production a été conservé », conclut l´économiste. En effet, pour être encore là demain, les éleveurs restants ont été encouragés à améliorer leurs outils de production, même si leurs bâtiments ne sont pas encore amortis. Les organisations ont souvent aidé ces rénovations, arguant que les évolutions techniques les rendaient nécessaires.
Cependant, compte tenu des tensions sur la rentabilité, les rénovations vont-elles se poursuivre avec la même cadence ? La réponse dépend en grande partie de la capacité financière et de la confiance en l´avenir, qui vont de pair. Pour certains éleveurs, il n´est plus possible de dégager du revenu et de réinvestir. Ils vont se démotiver, leurs outils vont vieillir et l´atelier risque d´être définitivement arrêté à leur départ en retraite. Force est de constater que presque toutes les organisations raisonnent l´avenir du parc avec des éleveurs en place et non à venir, ayant déjà un outil plus ou moins amorti.

Ce qui induit une concentration des élevages. Reste à savoir si cette concentration facilitera les transmissions et sera suffisante pour compenser les prochains départs en retraite. En 2004, l´enquête avicole a montré que la moyenne d´âge des éleveurs chair était de 45 ans, avec 16 % d´entre eux à plus de 54 ans, proches de la retraite.

Éviter le point de rupture
Les responsables de production que nous avons interrogés n´ont pas tous la même perception de l´avenir du parc, compte tenu de leur propre dynamique commerciale, de la région et des caractéristiques des bâtiments qu´ils gèrent.
Ceux plutôt en développement, ou plus réalistes, craignent un manque de production autour de leurs abattoirs. Ceux avec un parc plutôt récent sont forcément moins inquiets, mais ils se disent l´objet de « chasses aux surfaces ».
D´autres dédramatisent. Déjà, il est clair que la dinde est entrée dans une zone de turbulences. Malgré une baisse drastique des volumes (- 100 000 tonnes en deux ans), il devient difficile de trouver des éleveurs, compte tenu des difficultés d´élevage.

Le « syndrome de la vallée du Rhône » va t-il s´étendre ? Là-bas des opérateurs en situation de quasi-monopole préfèrent arrêter la production localement et importent de la matière encore française pour leurs outils industriels. Yves de la Fouchardière, directeur des fermiers de Loué, n´hésite pas à dénoncer une gestion à court terme du parc et des éleveurs comme s´il s´agissait d´un gisement minier ou pétrolifère.
« Les éleveurs ne doivent pas être exploités jusqu´à l´épuisement. Il faut au contraire les considérer comme une ressource durable à entretenir et à renouveler. » D´où la nécessité de donner des signes d´encouragement et d´installer de nouveaux aviculteurs dans des conditions économiques acceptables. En aparté, beaucoup d´opérateurs en sont conscients, mais pour garder de la compétitivité ils ne semblent pas avoir d´autre choix que de jouer la carte des agrandissements, en attendant que la situation économique s´améliore.

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