Réussir Aviculture 07 mars 2008 à 15h14 | Par A. Puybasset

Campagne de sensibilisation - NE SOUS-ESTIMEZ PAS LE RISQUE D'INTOXICATION AU MONOXYDE DE CARBONE

Une teneur élevée en monoxyde de carbone, due à une mauvaise combustion des radiants et à un taux de renouvellement d’air insuffisant, s’avère dangereuse pour la santé des aviculteurs.

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Le CO résulte d’une mauvaise combustion au niveau de radiants vétustes ou
encrassés, dans un bâtiment insuffisamment ventilé ou chauffé trop rapidement.
Le CO résulte d’une mauvaise combustion au niveau de radiants vétustes ou encrassés, dans un bâtiment insuffisamment ventilé ou chauffé trop rapidement. - © Armelle Puybasset

De maux de tête à une perte de connaissance, conduisant dans les cas les plus graves à une détresse respiratoire voire au décès de la personne : les risques liés à une intoxication au monoxyde de carbone ne doivent pas être pris à la légère. Ce gaz, qui se répand facilement dans l’air, est particulièrement dangereux car il est incolore, inodore et non irritant. La production du monoxyde de carbone (CO) est souvent due à une combustion incomplète des appareils de chauffage au gaz, tels que les radiants. Les bâtiments de volailles de chair sont donc particulièrement exposés au risque d’intoxication, notamment autour de la période du démarrage et pendant les mois d’hiver. « Du fait du vieillissement du parc de bâtiment, de l’augmentation du prix du gaz et parfois d’une surcharge de travail, des pratiques à risque refont surface, » souligne Christèle Pineau, de la chambre d’agriculture de la Sarthe. L’hospitalisation d’un aviculteur sarthois, au cours de l’hiver 2006, suite à une intoxication au CO a alerté la DDASS(1) et a souligné la nécessité de relancer une campagne de sensibilisation au risque du CO auprès des aviculteurs.

TOUJOURS DES PRATIQUES À RISQUE

Au préalable, une enquête(2) réalisée dans 31 bâtiments sarthois répartis dans 19 exploitations, a permis de confirmer les facteurs et les pratiques à risque : une mauvaise isolation et une étanchéité insuffisante du bâtiment qui peuvent amener les éleveurs à trop calfeutrer les entrées d’air, des radiants vieux ou mal entretenus, des filtres peu fréquemment nettoyés, une montée en température du bâtiment trop rapide (supérieure à 4 °C par heure), un taux de renouvellement de l’air insuffisant. Pour la première fois en aviculture, les concentrations en monoxyde de carbone ont pu être enregistrées en continu grâce à la mise à disposition par la DDASS(2) de la Sarthe d’une nouvelle génération de toximètres. Les enregistrements, réalisés durant l’hiver 2006/2007, ont été ciblés sur la période où le risque d’intoxication était maximal c’est-à-dire pendant la phase de préchauffage et durant la première semaine du démarrage. Les bâtiments ont été répartis en trois niveaux de risque, selon les teneurs enregistrées. Pour près de la moitié des bâtiments (groupe 1), le taux de CO ambiant est faible (inférieur à 30 ppm) et ne constitue pas de danger immédiat. Par contre, il s’est révélé inquiétant pour dix bâtiments (groupe 2 : situation à surveiller) et important pour six autres bâtiments (groupe 3: dispositions à prendre rapidement). Les feuilles d’enregistrement montrent une forte variabilité de la concentration en CO au fil du temps. Le gaz se répand très facilement dans le bâtiment et atteint rapidement un niveau élevé.

Les détecteurs de CO alertent l’éleveur lors d’une concentration excessive du gaz dans le bâtiment.
Les détecteurs de CO alertent l’éleveur lors d’une concentration excessive du gaz dans le bâtiment. - © DDASS 72

ATTENTION AUX PICS DE CO

Derrière une moyenne relativement basse peuvent se cacher des pics de concentration. Par exemple, le taux moyen d’un bâtiment était de 12 ppm malgré plusieurs pics jusqu’à 76 ppm. Ils présentent un risque réel pour l’éleveur présent à ce moment-là. On considère en effet que pour l’homme, la Valeur moyenne d’exposition (VME) pour le CO est de 50 ppm pendant huit heures, seuil en dessous duquel le danger semble limité. Les valeurs observées dans l’un des bâtiments sont alarmantes: moyenne de 128 ppm avec un pic maximal à 657 ppm. Elles s’expliquent notamment par des appareils de chauffage anciens, une ventilation faible, de mauvaises isolation et étanchéité. Cette étude a également montré qu’il était possible de maintenir un taux proche de zéro pendant toute la période du préchauffage et du démarrage. C’est ce qui a été observé dans l’un des bâtiments dont les appareils de chauffage étaient quasiment neufs.Globalement, il ressort de cette enquête que l’expérience de l’exploitant en aviculture joue un rôle important. « Le groupe 3 est constitué soit par des personnes moins expérimentées (installation plus récente) et qui ont des pratiques d’élevage dangereuses, soit par des éleveurs proches de la retraite, conscients du danger et ne souhaitant par investir pour renouveler le matériel, » analyse Christèle Pineau. D’où la nécessité de rappeler restent limitées. Les conséquences d’une concentration faible mais prolongée en monoxyde de carbone sur les performances en élevage ne sont probablement pas anodines.Un cas de mortalité élevé sur des poussins a d’ailleurs été rapporté l’été dernier suite à une intoxication au monoxyde de carbone. régulièrement les risques liés au CO et de resensibiliser les éleveurs.

 

QUEL IMPACT ÉCONOMIQUE ?

Suite à cette enquête, une fiche technique rappelant les bonnes pratiques à mettre en place pour éviter tout risque d’intoxication va être prochainement diffusée (voir encadré). Cette enquête soulève également des interrogations sur l’impact économique du monoxyde de carbone. Si le gaz est reconnu plus toxique pour l’homme que pour le poussin (toxicité à partir de 600 ppm pendant 30 minutes), les connaissances scientifiques sur les animaux
 restent limitées. Les conséquences d’une concentration faible mais prolongée en monoxyde de carbone sur les performances en élevage ne sont probablement pas anodines.Un cas de mortalité élevé sur des poussins a d’ailleurs été rapporté l’été dernier suite à une intoxication au monoxyde de carbone.

BONNES PRATIQUES

Recommandations pour se protéger du risque CO

Avoir le bâtiment le plus isolé et le plus étanche possible

Vérifier régulièrement le bon état des appareils de chauffage

Ne jamais calfeutrer les entrées d’air du bâtiment

Faire une mise en chauffe progressive du bâtiment (sur 36 heures, montée en température de 2 à 4°C par heure)

Appliquer une ventilation minimale dès la mise en route des appareils

Nettoyer tous les jours les appareils équipés de filtre ou vérifier la qualité du nettoyage automatique des appareils sans filtre

Surveiller la qualité de combustion dans les brûleurs (la flamme doit être bleue)

Stocker les appareils dans un endroit sec à la fin du lot

Les remettre en place après le paillage et la désinfection du bâtiment pour éviter que des poussières ne s’y collent

En cas d’accident, prévenir les pompiers (tél. 18), interdire l’accès au bâtiment et l’aérer (renouvellement minimal de l’air de 50 % du volume du bâtiment pendant 5 à 6 heures)

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