Réussir Aviculture 26 novembre 2001 à 17h09 | Par P. L. D. avec la collaboration de Paul Robin

Aviculture - Pour mieux agir, comment fonctionne une litière ?

« La litière fonctionne globalement comme un sol, mais elle évolue beaucoup, beaucoup plus vite », explique Paul Robin, chercheur à l´Inra de Rennes.

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En fin d´élevage, le poids de la litière usagée est inférieur à la somme de son poids initial et des quantités d´eau et de déjections reçues durant la période d´élevage. Conclusion : une partie de l´eau et de la matière organique « disparaît » dans l´atmosphère. Comparé à un élevage sur caillebotis (porc ou canard), celui sur litière produit moins de rejets. Pour la bonne conduite de l´élevage, une litière qui tient dans la durée est une litière qui évapore.
Le matériau de base (paille, copeau...) reçoit en permanence des bactéries issues de la flore intestinale des volailles, s´ajoutant à celles de l´environnement (air, sol, matériau initial).
Celles dites « aérobies » fonctionnent en consommant de l´oxygène. Elles dégradent le carbone végétal de la litière et les matières organiques animales. Elles libèrent dans le liquide qui les entoure de la chaleur, du dioxyde de carbone (CO2) et d´autres déchets organiques. Les déchets des unes servent à alimenter les autres. Lorsque les produits de dégradation sont en excès, soit ils peuvent être dégagés sous forme gazeuse (azote N2, CO2, vapeur d´eau), soit ils « asphyxient » la flore microbienne.
D´autres bactéries dites « anaérobies » se développent dans les zones où l´oxygène n´arrive plus. Elles libèrent dans le liquide qui les entoure des produits de dégradation nocifs pour l´environnement : méthane, hydrogène sulfuré, odeurs nauséabondes. Elles dégagent vingt fois moins de chaleur qu´une réaction d´oxydation (avec O2), donc évaporent peu l´eau. Lorsque les zones anaérobies sont en excès dans la litière, leurs produits ne sont plus consommés par les flores aérobies et sortent dans l´environnement.
Le bon fonctionnement de la litière dépend en grande partie de la capacité de la structure à laisser pénétrer l´air, donc l´oxygène, le plus profondément possible. Les chercheurs ont estimé le flux d´air à environ 1 m3 par heure et par m3 de litière, soit une vitesse de déplacement de l´air inférieure à 1 millimètre par seconde.
La litière idéale ressemble grosso modo à une éponge dont les gros pores seraient remplis d´air et les petits pores d´eau. Lorsque l´eau remplit les gros pores, les échanges gazeux des petits pores ne sont plus assurés et le système s´asphyxie.
Même une litière aérée comporte des sites non oxygénés, car quelques dixièmes de millimètre d´eau suffisent à freiner la diffusion d´oxygène en-dessous de sa consommation par la flore aérobie.
Au-delà de 60 % d´eau dans la litière, la porosité à l´air diminue de plus en plus vite, donc l´oxygène disponible aussi. Les réactions anaérobies (sans O2) augmentent, la litière se refroidit, ce qui conduit à une moindre évaporation d´eau, puis à l´asphyxie de la flore aérobie par défaut d´oxygène et excès de dioxyde de carbone. Du coup les réactions bénéfiques pour la litière sont insuffisantes par rapport aux productions des zones anaérobies et les gaz sortent dans l´environnement. L´apport de fientes ou d´eau accélère encore le processus.
L`azote organique des déjections subit plusieurs transformations (processus bactériens d´assimilation, de nitrification et de dénitrification). En zone superficielle (5 premiers cm), il se transforme en azote (N) ammoniacal puis en ammoniac gazeux (NH3).
Une litière sèche dégage peu de NH3 gazeux mais peut contenir beaucoup d´azote ammoniacal, qui dans le sol est plus rapidement mobilisable par les plantes que l´azote organique. La quantité de NH3 produite augmente si la surface de contact air-eau augmente (humidité) et diminue quand l´azote ammoniacal est transformé en nitrates (NO3-) et en N organique microbien. Pour le limiter, priorité donc au rajout de litière qui apporte le carbone disponible pour l´évaporation d´eau et la fabrication d´azote organique.
Le cour de la litière fabrique du protoxyde d´azote N2O, un gaz à effet de serre. Alors qu´en ambiance la concentration est de l´ordre de 1 à 5 ppm, il est très concentré dans le matériau (500 à 5000 ppm). Cependant, si la litière n´est pas brassée, il est consommé au fur et à mesure de sa production.

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