Réussir Aviculture 04 avril 2003 à 18h33 | Par Pascal Le Douarin

Aviculture - Dans la Mayenne, un agriculteur chauffe son poulailler avec ses haies

Dominique Bordeau s´est équipé d´une chaudière à bois pour produire de l´eau chaude et chauffer son poulailler en valorisant ses six kilomètres de haies bocagères.

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Dès son installation en 1989 à Peuton, au sud de Laval (Mayenne), Dominique Bordeau s´est intéressé à son environnement. Faisant figure de précurseur sur sa commune, il a peu à peu planté 4 kilomètres de haies bocagères qui se sont ajoutées aux 2 kilomètres de haies centenaires restées en place après le remembrement de 1975. Il exploite aujourd´hui une ferme de 43 hectares avec 40 vaches laitières de race Normande (220 000 litres de quotas) et un poulailler de 600 m2. Il ne suffit pas de planter, il faut ensuite entretenir. « Les agriculteurs voisins m´observaient dubitatifs, en se disant que j´aurais peut-être du mal à entretenir ces haies », remarque l´éleveur. Il est vrai que la « corvée » de bois a eu tendance à disparaître dans les campagnes, « faute de main-d´oeuvre suffisante et du peu de productivité du bois », constate Dominique.
L´éleveur a fait un grand pas en 2000 lorsqu´il a enfin trouvé le moyen de valoriser différemment le travail d´entretien, au lieu de brûler sur place une partie des branches coupées, et de passer du temps à fendre et manipuler le bois de chauffe. Courant 2001, le projet s´est concrétisé par l´installation d´une chaudière à bois. Elle produit de l´eau chaude destinée à la salle de traite, au poulailler et à l´habitation (chauffage et eau chaude). En diminuant les manipulations, cet investissement a considérablement simplifié la valorisation de la haie.

Après la taille de février, toutes les branches de 10 à 20-25 cm de diamètre sont passées à la déchiqueteuse de la Cuma, à raison de trois personnes sur le chantier durant deux jours en mars-avril. Aucun déchet n´est plus perdu ou brûlé sur place. L´entretien annuel produit environ 100 m3 de bois déchiqueté. Ce bois vert est stocké sous hangar. Il commence par monter naturellement en température (aux alentours de 60 ºC) sans risque de combustion. Le phénomène s´arrête naturellement. Les débris, ou « plaquettes », sont utilisables 4 mois après leur mise en tas. Un second tas prêt-à-brûler est constitué sur un fond tournant muni de pales (le « planétaire ») placé près de la chaudière. Il approvisionne une vis sans fin alimentant en permanence le foyer. La combustion est gérée en mode automatique avec un contrôle via la température de l´eau. Le fonctionnement (rendement énergétique de 85 %) et la durée de vie du corps de chauffe sont optimum pour une température de sortie d´eau entre 65 ºC et 80 ºC. Les cendres (à peine 1 % des volumes) sont évacuées automatiquement. L´eau chaude transite par un réseau de tuyaux souterrains isolés (perte de température de 1 ºC pour 100 mètres).
©P. Le Douarin


Bien dimensionner la puissance de chauffe
Une fois arrivée dans le poulailler, l´eau traverse deux aérothermes placés au centre et en hauteur. Au niveau des ailettes de l´échangeur, « qui sont à entretenir régulièrement », car elles s´encrassent peu à peu, il se produit l´échange de calories entre l´eau chaude et l´air ambiant recyclé. Puis l´eau retourne à la chaudière.
Habituellement une chaudière de 30 kW suffit pour les besoins familiaux, plus une salle de traite. Avec le poulailler totalement chauffé au bois, « il aurait fallu une chaudière de 100 kilowatts, explique l´éleveur. Mais l´investissement aurait été nettement plus élevé. Et durant les périodes de non-chauffe du poulailler, l´outil aurait été surdimensionné donc mal exploité. » En se basant sur les calculs d´un thermicien, l´éleveur a finalement opté pour 60 kilowatts. Les huit radiants à gaz, changés en 1996, ont été conservés en complément. « Avec des froids importants comme ceux de début janvier 2003, (-5 ºC et des vents forts), j´atteins 24 ºC sans difficulté avec le bois. »

Les aérothermes sont commandés par un thermostat réglé au degré près (« il faudrait une régulation au dixième pour moins gaspiller »). Il n´y a pas de lien avec la ventilation statique et le chauffage au gaz commandés par une régulation indépendante Combistar. « L´idéal serait bien sûr de coupler l´ensemble. » La consigne de chauffage gaz est réglée un degré au-dessous de celle de l´ouverture des trappes. Le gaz se met en route si les aérothermes - calés sur la même consigne que les trappes - ne fournissent pas la chaleur assez vite. Dominique Bordeau remarque une moindre hygrométrie en période de démarrage, en raison de la moindre combustion du gaz.
©P. Le Douarin

Retour sur investissement de trois ans
« Avec un an de recul, les quantités de gaz consommées pour le poulailler (4,5 lots démarrés par an) sont passées de 4 tonnes à une tonne au grand maximum. » Elles ont été remplacées par la combustion de 40 m3 apparents de bois déchiqueté (1). Globalement sur l´exploitation et la maison, le bois représente l´équivalent de 7000 litres de fuel. L´investissement total hors déchiqueteuse s´est monté à 22 800 euros (150 000 F) dont 50 % de subventions. La chaudière coûte de l´ordre de 13 000 euros (85 000 F) et le tuyau isolé 60 euros le mètre (400 F). Selon ses calculs, Dominique estime le retour sur investissement à trois années. La déchiqueteuse coûte à elle seule 27 000 euros (180 000 F) répartis entre une quinzaine d´utilisateurs avec une facturation de 4,5 euros par m3 déchiqueté. Pour Dominique « c´est une économie de charges, mais ça ne règle pas le problème de la filière avicole. » Il s´inscrit dans une démarche globale d´une exploitation qui valorise son bois de ferme.

A l´avenir, Dominique Bordeau va encore améliorer son installation avec la pose de panneaux solaires. Ils produiront les 500 litres d´eau chaude nécessaires pour la salle de traite et la maison. « Je pourrais arrêter la chaudière de mars à octobre. Et la rallumer seulement pour le poulailler. »

Les volumes de bois produits par une haie varient beaucoup avec l´âge et le type de la haie : selon la FDCuma de Mayenne, entre 7 et 34 m3 apparents pour 100 mètres de haies d´une quinzaine d´années. Un forestier sait cuber les volumes et estimer la production potentielle d´un parc de haies bocagères. Chez Dominique Bordeau, 40 m3 de bois de haies bocagères type ouest (érable, noisetier, châtaignier, hêtre, chêne, frêne, merisier...) suffisent pour 600 m2 de poulailler et 5 démarrages. Soit au moins 80 m3 nécessaires pour un 1 200 m2, avec un complément gaz. En cas de manque de bois, il est possible de se fournir en plaquettes auprès de fournisseurs de chaufferies collectives, en comptant 8 à 11 euros le m3 apparent.
©P. Le Douarin


(1) On admet qu´un mètre cube de bois déchiqueté équivaut à 0,7 stère de bois, 90 litres de fuel ou 75 kg de propane.

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