Réussir Aviculture 18 janvier 2005 à 17h17 | Par Pascal Le Douarin

Aviculture - Chez un agriculteur de la Sarthe, du bio oui... mais toujours rationnel !

Pour renforcer son exploitation en agriculture biologique tournée vers les productions animales, Bruno Briffaut a ajouté un, puis deux ateliers de poules pondeuses.

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Bruno Briffaut fait partie de la nouvelle génération d´éleveurs en agriculture biologique de la Cafel, la Coopérative agricole des Fermiers de Loué. Suite à la mise en place d´une réglementation plus restrictive, la Cafel a préféré repartir sur de nouvelles bases. Les « vieux » éleveurs en bio qui avaient été convertis du label rouge (lancé en 1988) au bio, y sont pour la plupart retournés. En effet, la conversion en bio de la totalité de l´exploitation n´est pas toujours possible, faute de débouchés structurés pour certaines productions animales. Ces éleveurs ont été remplacés par des nouveaux, avec des bâtiments neufs à
six poules au mètre carré, totalement bios, et ayant le lien au sol nécessaire (40 % de la ration d´aliments).
Le premier bâtiment de 3000 poules pondeuses de Bruno Briffaut est opérationnel depuis l´été 2003, et son second a démarré en 2004 en même temps que la deuxième bande. Il lui en a coûté entre 110 et 120 000 euros d´investissements par bâtiment, sans la chambre de stockage climatisée. Ces deux ateliers s´inscrivent dans une logique économique en perpétuelle évolution depuis son installation.
A 35 ans, après un parcours professionnel dans la nutrition animale, Bruno s´est installé fin 1996 à Spay, non loin du Mans, à la suite de ses parents. Son projet initial était de pratiquer l´agrotourisme, avec gîtes, chambres d´hôte, ferme pédagogique. Finalement, après une année de tâtonnement, en 1998 il choisit l´option du bio et convertit sa ferme, avec un cheptel de vaches laitières sur 90 ha. Bruno Briffaut est un farouche défenseur de l´agriculture biologique. « Je serai toujours un partisan de la bio, se plaît-il à affirmer, mais pas de n´importe quelle agriculture biologique. Il faut en vivre correctement. »
Pour du bio économiquement rentable
Il rejette l´image obsolète et négative de la bio « baba cool », « avec trois chèvres et deux poules », trop souvent mise en avant et qui nuit à son image dans le milieu agricole et à son essor comme forme de production alternative. Son projet économique s´est construit sur trois principes, tous étroitement liés : maîtrise des charges, économies d´échelles et valorisation. L´autonomie alimentaire totale est la principale source d´économies. Outre des vaches laitières (une quarantaine), l´exploitation compte aujourd´hui environ 25 vaches allaitantes Blonde d´Aquitaine, plus les 140 élèves des deux ateliers. Ce monde animal est nourri à partir des 115 hectares de SAU, en herbe ou en mélange pois-orge-triticale, qui leur sont totalement dévoués.
Un partenariat mutuellement accepté
Mais Bruno n´a pas hésité à embaucher rapidement un salarié, avant même la conversion. Ce qui lui a imposé une pression économique supplémentaire, source d´évolutions. Cet apport de main-d´oeuvre n´est pas synonyme de temps perdu. Bruno Briffaut attache beaucoup d´importance à la simplification des tâches et aux économies d´échelle quand c´est envisageable. Enfin le troisième pilier de sa démarche repose sur la valorisation économique.
Les problèmes de cours de la viande bio l´ont conduit à développer la vente directe. Pour ce faire un atelier de découpe a été monté en 2002, en commun sur la ferme, chaque associé restant maître de sa commercialisation. L´agriculteur vend une vingtaine de bêtes et une quinzaine de veaux par an (90 % de sa production), qui contribuent à 10 à 15 % de ses revenus. 60 % des profits proviennent du quota de 210 000 l de lait bio vendu en lait conventionnel à une laiterie, avec une moins value de 4,6 centimes du litre. L´éleveur s´en tire bien grâce à un coût de production bas (absence d´achat extérieurs). Dans un proche avenir, une unité de conditionnement devrait être montée pour pratiquer la vente directe, ce qui valorisera mieux le mode de production.
Les deux ateliers de pondeuses ont été montés dans la perspective d´augmenter la valeur ajoutée produite par l´exploitation, sans pour autant enlever de la capacité de production (en l´occurrence des surfaces) aux autres ateliers. « Sur la région il n´y a que Loué », plaisante Bruno qui ne souhaitait pas « bricoler avec 500 ou 1000 poules. »
Chacun y a trouvé son compte, même si à priori les deux « philosophies », l´une indépendante, l´autre collective, étaient différentes : Bruno pour le gage de sérieux de la structure coopérative (« Loué, c´est un peu moi ») et ses débouchés assurés, les Fermiers de Loué pour l´engagement bio et une réussite technique et économique déjà démontrées. Les deux ateliers sont prévus pour apporter 35 à 40 % des résultats de l´exploitation. La marge brute moyenne obtenue par les éleveurs de Loué se situe aux environs de 7,50 euros, auxquels il convient d´ôter les amortissements, les frais financiers, les cotisations MSA. et les salaires. Bruno concède qu´avec son premier lot, il s´est situé au-dessus.
Les poules en trentième semaine ont accès à un parcours herbeux et planté pour faciliter l´occupation de l´espace. ©P. Le Douarin

Des poules faciles à conduire
« Mon objectif est d´optimiser les résultats : peu d´oeufs déclassés, des oeufs lourds, un taux de ponte élevé, explique-t-il. Et cela commence par des poulettes de qualité. A charge pour Loué de me les fournir. » A Bruno d´assurer le suivi rigoureux au quotidien. « Les poules, ce n´est pas compliqué à conduire. Par contre il faut être excessivement observateur et respecter des horaires précis. Je surveille les quantités d´aliments consommées. Surtout, chaque matin l´état des oeufs - poids, couleur, défauts. - m´indique l´état des poules. A moi de savoir l´interpréter et réagir. » Dans un proche avenir, l´exploitation va encore évoluer. Une association en Gaec est en cours. La future structure comportera trois ateliers (400 000 litres de lait, des vaches allaitantes, des poules), 225 hectares de SAU et 3 UTH. « Le second poulailler a été conçu dans cette optique : dégager suffisamment de chiffre d´affaires et occuper tout le monde à plein temps, avec un responsable par atelier. » Une nouvelle aventure aux perspectives prometteuses.

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