Réussir Aviculture 01 octobre 2004 à 18h15 | Par Armelle Puybasset

Aviculture au féminin - Chantal Lardière défend sa production de gibiers

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Chantal Lardière n´est pas une femme qui baisse facilement les bras. Son enthousiasme, sa ténacité et son dynamisme en témoignent. Elle sait mener des combats autant personnels que professionnels. La défense de la production de gibiers de chasse de sa région en est un exemple. En 1999, le dépôt de bilan de la société de commercialisation Gib´Retz (44), spécialisée dans les cailles, le gibier de chasse et le canard, laisse 35 éleveurs en intégration dans le désarroi, avec en héritage quelques millions de francs d´impayés, 18 millions de francs de traites et un avenir plus qu´incertain (plusieurs éleveurs avaient signé des traites qui finançaient la trésorerie du groupe).

Chantal Lardière fait partie de ces producteurs. Elle est installée avec Bernard, son mari, à Saint-Philbert de Bouaine au nord de la Vendée. A l´époque, leur exploitation comptait deux bâtiments de caille, un atelier de ponte en perdrix, un atelier de ponte au sol de faisans et quelques vaches laitières. « Du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés avec 440 000 francs d´impayés, trois lots de cailles en cours et un profond sentiment d´injustice. Les dirigeants de l´entreprise n´ont montré aucun regret auprès des éleveurs. Il fallait réagir et vite ! Sortir les producteurs d´une situation financière difficile et leur permettre de continuer leur production. »

Les 35 producteurs se mobilisent et créent une association de défense. Ils font appel à Chantal pour en assurer la présidence. Elle s´était engagée depuis vingt ans au Geda de son canton. Elle y avait acquis des méthodes de travail et savait mener à bien un projet de groupe. Elle accepte le poste de présidente après concertation avec son mari et ses enfants. « J´avais besoin de me sentir soutenue par ma famille. Cet engagement impliquait beaucoup d´investissement en temps et en énergie. Etre à l´écoute six jours sur sept. Soutenir les éleveurs sachant que notre situation financière était également difficile. »

Faire en sorte que chacun soit écouté
Commence alors au sein du groupe de défense une période d´intense réflexion. Une « tempête des cerveaux » auquel chaque producteur a activement participé. « Nous avons fait en sorte de maintenir un esprit de groupe, que chacun se sente impliqué dans ce projet et soit écouté. Une complicité s´est rapidement créée au sein du groupe et c´est ce qui a fait notre force. Au bout d´un mois, nous étions en mesure de proposer auprès des banques un projet de reprise de l´entreprise qui tenait la route. » Deux mois après, la coopérative « Envol de Retz » était créée. « Tous unis, en appliquant des méthodes et des outils de travail efficaces, nous avons montré que nous étions des gens responsables. »
Bien sûr pour y arriver il a fallu se battre. « Cela n´a pas été toujours facile. J´ai parfois été attaquée en tant que présidente. Nous avons subi des pressions. J´ai toujours veillé à ne pas garder trop les choses pour moi et à en parler. Les femmes communiquent peut-être plus facilement. Elles savent dire leurs faiblesses », estime-t-elle. Chantal a dû acquérir des connaissances en droit, indispensables pour se défendre. Un sujet qui la « passionnait ».

« Dans les formations agricoles, remarque-t-elle, nous sommes peu familiarisés avec le monde judiciaire. Nous ne savions pas exactement ce qu´était une traite et ce que cela impliquait. »
Il a fallu également apprendre le fonctionnement d´une coopérative et avoir des compétences commerciales. « Heureusement, l´ancien commercial de l´entreprise nous a suivis. » La coopérative Envol de Retz s´est, depuis, bien développée et compte une quinzaine de salariés. « Tous les éleveurs ont pu continuer à produire. C´est la plus belle victoire. Même si nous sommes passés par des moments difficiles, cette expérience a été très enrichissante. Elle montre l´importance d´un groupe. Ensemble, les forces sont décuplées. Même si on s´investit beaucoup, on reçoit également beaucoup », souligne-t-elle.
Chantal souhaiterait que les agricultrices s´investissent plus dans les organismes extérieurs. « Même si l´agriculture est vue comme un milieu plutôt masculin, les femmes doivent continuer à y apporter leur pierre. »

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Cet article est extrait du dossier de Réussir Aviculture du mois de mai 2004 intitulé «  L´aviculture au féminin  ». En 10 pages, la revue présente ces exploitantes agricoles qui aiment leur métier et qui s´y investissent. Sept éleveuses des principales régions avicoles, produisant différentes espèces sous divers modes de production, y témoignent. Ces paroles de femmes remarquables, choisies au hasard des rencontres, parmi tant d´autres, tentent, de façon plus au moins exhaustive, de dresser un panorama de cette aviculture au féminin.
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