Réussir Aviculture 20 janvier 2004 à 14h22 | Par Armelle Puybasset

Aviculture - A chaque souche de canard mulard son itinéraire technique

Des études comparatives réalisées par l´Adæso sur des croisements de canards mulards utilisés en élevage gras traditionnel révèlent une forte influence du potentiel génétique, qui s´exprime lorsque l´itinéraire technique est bien adapté.

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Parmi l´importante offre des types génétiques de canards mulards destinés à la production de foie gras, la filière traditionnelle choisit plutôt des animaux lourds et tardifs à durée d´élevage plus longue. Elle recherche des poids de magrets et de cuisses confites élevés. Peu de données comparatives existaient jusqu´ici sur les différentes souches lourdes. A la demande des producteurs, l´Adæso(1) a mené une série d´essais en station puis en conditions « terrain » pour caractériser des croisements disponibles pour la production de canards lourds et colorés.
L´Adæso a dans un premier temps essayé de déterminer le potentiel de canards de quatre types génétiques. Ils sont donc élevés dans les conditions les plus favorables à l´expression de leurs performances maximales. C´est-à-dire avec une alimentation à volonté, suivie d´un programme de rationnement horaire (1 h/jour) pendant les deux dernières semaines d´élevage. Ils sont ensuite gavés avec du maïs broyé pendant 27 repas. Les types génétiques étudiés sont issus des croisements suivants (mère x père) : SL2xDominant, PKLcxMMg, M12xDominant et M16xSR60.

Les performances moyennes des quatre types génétiques sont élevées. Le poids vif moyen à la mise en gavage (13 semaines) est de 4,7 kg pour une consommation de 19,5 kg d´aliment en élevage puis de 11,3 kg de maïs en gavage. D´autre part, les écarts entre les lots sont importants, chaque type génétique ayant ses spécificités (entre 8 % et 13 % d´écart de poids selon les morceaux). « L´éleveur a donc un véritable choix à faire dans le type génétique selon qu´il privilégie le poids de magret ou le poids de foie. Par ailleurs, il ne faut pas se fier au poids vif pour apprécier la taille du magret, explique Nathalie Robin de l´Adæso. Il n´y a pas de relation entre les poids vifs moyens de mise en gavage des différents croisements et les résultats moyens de poids de magret. Un croisement plus léger car plus maigre peut conduire à un poids de magret élevé et très bien pourvu en muscle. De même, on peut obtenir des performances en foie gras très différentes pour deux croisements présentant un poids vif similaire à la mise en gavage et recevant le même apport de maïs. Pour la taille du foie, l´aptitude génétique reste déterminante. »
©A. Puybasset

Les conditions « de terrain » lissent les performances
L´Adæso a, par la suite, montré que les écarts entre les différents croisements étaient lissés lorsque l´on appliquait un itinéraire technique proche du terrain. C´est-à-dire en réalisant un rationnement quantitatif de la huitième à la treizième semaine d´élevage. Dans cet essai, les types génétiques PKLcxMMg et M12xDominant déjà testés dans l´essai précédent sont comparés à deux croisements : SL2xMMg et F32xChébène.
Les performances obtenues sont correctes. Le poids moyen vif à la mise en gavage est de 4,5 kg pour une consommation de 16,8 kg d´aliment puis 11,1 kg de maïs en gavage. Seul le lot SL2xMMg se démarque des autres avec une croissance et un développement des muscles pectoraux supérieurs pour un moindre engraissement et un meilleur indice de consommation. Les performances des trois autres croisements sont assez proches. « L´application d´un rationnement quantitatif, plus proche des conditions de terrain, lisse les écarts entre types génétiques. Il a fortement réduit l´engraissement des animaux mais a également freiné le développement des animaux les plus tardifs. C´est notamment le cas pour le croisement SL2xMMg », commente Nathalie Robin.

Une comparaison finale entre les deux croisements ayant les meilleurs potentiels en terme de poids de muscle par magret (SL2xMMg et Sl2xDominant) a été réalisée dans des conditions « terrain » (avec des lots importants de 1050 canetons). Elle a confirmé le potentiel élevé des deux types génétiques. Les poids de magret atteignent en moyenne 448 g et ceux des cuisses approchent 490 g. Les canards SL2xMMg ont une plus forte aptitude à la production de foie gras (570 g vs 543 g pour le croisement SL2xDominant).

Adapter le programme alimentaire
Chaque type génétique a donc bien ses spécificités. SL2xDominant a un fort développement musculaire. PKLxMMg a une forte aptitude à l´engraissement et est plus hétérogène. SL2xMMg et M12xDominant présentent des caractéristiques intermédiaires. M16xSR60 a des poids de foies élevés. F32xChébene a un taux de fonte des foies gras plus faible. « L´itinéraire technique, et notamment les apports alimentaires, doivent être adaptés à chaque type génétique, pour permettre au canard d´exprimer au mieux son potentiel. Les éleveurs ont donc un réel choix à faire selon qu´ils privilégient le poids de magret et/ou le poids de foie. Des canards présentant un fort développement des muscles pectoraux en fin d´élevage (comme SL2xMMg par exemple), seront fortement pénalisés par des apports alimentaires insuffisants, alors qu´un rationnement peut être nécessaire pour éviter une surconsommation de canards présentant une forte aptitude à l´engraissement. C´est le cas de PKLxMMg. Il faut rester prudent dans la comparaison de types génétiques car les conditions d´élevage, l´alimentation et même l´effet saison influent sur les résultats. »
La durée d´élevage favorise le poids de magret.

Effets génétiques supérieurs à l´effet durée d´élevage
Au cours du premier essai, l´Adæso a également comparé les performances des canards suivant la durée d´élevage, c´est-à-dire 12, 13 et 14 semaines. Les résultats confirment que l´allongement de la durée d´élevage conduit à des morceaux de découpe plus lourds et plus gras. La qualité de plumaison des carcasses augmente avec l´âge. En fin de gavage, la fréquence des carcasses bien plumées atteint 71 % pour les canards âgés de 14 semaines, 81 % pour ceux de 15 semaines et 89 % pour ceux de 16 semaines. « Cependant, les effets liés à la durée d´élevage, bien que marqués, sont le plus souvent inférieurs à ceux liés à la génétique. L´étude n´a pas mis en évidence une interaction significative entre le type génétique et l´âge à la mise en gavage qui permettrait de classer les types génétiques selon leur précocité. Cependant, elle permet d´envisager certaines adaptations des itinéraires techniques, dont la durée d´élevage, aux caractéristiques génétiques des canards mulards. »

(1) Association pour le Développement Agro-Environnemental du Sud-Ouest.

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