21 septembre 2007 à 14h40 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

Aliments du bétail - « Les céréales resteront incontournables » analyse Patricia Le Cadre, directrice-adjointe du Céréopa

L´équipe du Céréopa (1) a exploré plusieurs scénarios prospectifs sur l´alimentation animale à l´horizon 2010. En voici les premières conclusions.

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Selon vos prévisions, à quoi doit s´attendre le secteur de l´alimentation animale à l´horizon 2010 ?
Patricia Le Cadre - Je tiens à préciser que nous ne faisons pas de prévisions, mais qu´à l´aide du modèle « prospective aliment » nous étudions des scénarios bâtis à partir d´hypothèses que nous faisons varier. On parle de prospective.
Ce qui paraît sûr, c´est qu´à l´horizon 2010, la hausse du prix des matières premières entrant dans l´alimentation animale est inéluctable. Le développement des biocarburants, la croissance de la demande mondiale pour l´alimentation humaine, sont des données structurelles qui expliquent que cette hausse va s´inscrire dans la durée. S´y ajoutent des aspects conjoncturels comme les aléas climatiques, qui eux, renforcent la volatilité des prix.

Les biocarburants ne vont-ils pas générer des co-produits qui pourront se substituer aux céréales ?
P. Le C. - Globalement, les biocarburants vont être la source de quantités importantes de tourteaux d´oléagineux et de drèches d´éthanolerie. Aujourd´hui, le tourteau de colza a déjà largement pris sa place chez les fabricants d´aliments qui ont appris à libérer leurs maxima d´incorporation dans leurs formules. Les tonnages produits en 2010 pourront être facilement absorbés par l´industrie de l´alimentation animale française (ruminants et porcs) et par l´exportation vers des pays comme l´Espagne. Concernant les drèches, nous avons beaucoup moins de certitudes quant aux espèces concernées, car nous ignorons quelles seront exactement leurs valeurs nutritionnelles. Leur débouché dépendra avant tout de leur teneur en énergie.
Quel pourrait être le niveau de prix des aliments complets dans ces conditions ?
P. Le C. - Nous avons testé deux scénarios d´énergie plus chers qu´en mai 2007, mais avec un prix de la protéine et un différentiel blé/maïs différent. Quel que soit le scénario retenu, les co-produits ne permettent pas de réduire de beaucoup l´impact du contexte haussier des matières premières. Dans nos hypothèses, même avec un taux d´incorporation légèrement en baisse, les céréales resteront les fournisseurs incontournables de l´énergie. Le « coût matière » des aliments du bétail va donc obligatoirement monter, et ceci dans la durée. Les fabricants d´aliments n´auront pas d´autre issue que de répercuter ces hausses.
Pourquoi avoir retenu une hausse du prix des céréales de « seulement » 20 % ?
P. Le C. - Les prix actuels reflètent des éléments conjoncturels assez saisonniers. De plus, la flambée du prix des céréales françaises (50 %) sur 2006-2007 a intégré une grande partie des éléments haussiers mondiaux. A l´horizon 2015, il est fort probable que nous soyons entrés dans une deuxième génération de biocarburants à partir de biomasse (bois, pailles...) qui ne sera pas en compétition avec l´alimentation humaine ou animale. Cela devrait relâcher un peu la pression sur les céréales. Mais la vraie question restera les coûts de transports.
La vraie révolution, c´est la fin de « l´économie pétrole ». La hausse du coût des transports va changer à la fois la nature des produits exportés dans le monde, mais aussi les zones d´échanges commerciaux. Je crois que la mondialisation est derrière nous et, qu´au contraire, nous allons vers une régionalisation des échanges. Au Brésil, au Mato Grosso, la part du fret routier dans le prix à l´exportation est de 88 % pour le maïs, 38 % pour le soja, 12 % pour le porc.

Les exportations sont vouées à se concentrer sur les produits à valeur ajoutée ou sur les zones limitant les frais d´approche. Nous, Français, avons la chance d´avoir nos céréales à notre porte. C´est un atout important dans un avenir marqué par cette fin de l´économie pétrole.

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