Réussir Aviculture 15 juin 2008 à 12h07 | Par A. Puybasset

Agriculture durable - Le bilan énergétique de l'exploitation de la famille Drouin est positif

Depuis plus de quinze ans, l’exploitation laitière et de volailles Label rouge de Benoît Drouin et ses parents évolue vers un mode de production le moins «énergétivore» possible tout en restant rémunérateur.

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Benoît Drouin, agriculteur dans la Sarthe : « Depuis près de 20 ans, les décisions prises sur l’exploitation rentrent dans une démarche globale : développer un système de production viable, assurant une qualité de vie, peu « énergétivore » et qui valorise au mieux son environnement. »
Benoît Drouin, agriculteur dans la Sarthe : « Depuis près de 20 ans, les décisions prises sur l’exploitation rentrent dans une démarche globale : développer un système de production viable, assurant une qualité de vie, peu « énergétivore » et qui valorise au mieux son environnement. » - © Armelle Puybasset

Agriculteur dans la Sarthe, Benoît Drouin se dit volontiers écologiste mais pas philanthrope ! « Mon objectif a toujours été de développer un système de production qui soit avant tout rémunérateur, mais qui puisse aussi se concilier avec les notions de durabilité, d’économie d’énergie et de préservation de l’environnement. » Après des études scientifiques, Benoît Drouin a débuté sa carrière dans une grande entreprise spécialisée dans le traitement et la distribution de l’eau potable. Alors qu’on lui propose une mutation, il choisit délibérément de rester dans sa région natale et de rejoindre en 1999 l’exploitation de ses parents, située à Rouez-en-Champagne. En 2002, une fois sa formation agricole en poche, il s’installe en Gaec avec ses deux parents. L’exploitation comprend aujourd’hui trois bâtiments de 400 m2 de volailles Label rouge des Fermiers de Loué, 65 vaches laitières (quota de 425 000 litres de lait) et 115 hectares de terres agricoles. Dès le départ, Benoît Drouin s’est intéressé à « l’agriculture durable » et a souhaité poursuivre la démarche entamée par ses parents. « Depuis près de vingt ans, les décisions prises sur l’exploitation rentrent dans une démarche globale : développer un système de production viable, assurant une qualité de vie, peu « énergétivore » et qui valorise au mieux son environnement. »

RECHERCHE D’AUTONOMIE ALIMENTAIRE

Dans une optique d’autonomie alimentaire, les trois quarts de la surface agricole ont été transformés en pâturage. « Nous n’utilisons plus de concentrés à base de tourteaux de soja depuis 1995. Faire venir des protéines du Brésil est une aberration du point de vue énergétique (transport). » Le soja a donc été remplacé par du lupin, et depuis cette année par de la féverole. « Ces évolutions ont permis d’augmenter notre revenu grâce à une baisse des charges. » Depuis quatre ans, les terres ne sont plus labourées. « Outre l’économie sur le temps de travail, l’arrêt du labour présente un intérêt agronomique mais a également permis de réduire notre consommation de fioul à 50 litres par hectare contre 90 litres en moyenne pour une exploitation en polyculture-élevage, selon notre centre de gestion. » Quelques investissements ont permis de diminuer la consommation d’énergie directe (gaz et électricité) : utilisation d’ampoules à basse consommation, chauffe-eau de la salle de traite équipé d’une pompe à chaleur qui récupère les calories du tank. Plus récemment, Benoît Drouin a fait installer 155 m2 de panneaux photovoltaïques sur la toiture d’un hangar agricole. Ils produisent 10000 kWh d’électricité par an, entièrement revendus à EDF (voir Réussir Aviculture de novembre 2007).

BILAN ÉNERGÉTIQUE DE 1,07

Pour évaluer l’impact de toutes ces évolutions sur la consommation d’énergie de son exploitation, Benoît Drouin a réalisé en 2006 un bilan énergétique (voir cicontre). Il est plutôt satisfaisant puisque le coefficient global est de 1,07 (l’exploitation produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme). Si l’on tient compte de l’électricité produite par les panneaux photovoltaïques (bilan réalisé avant leur installation), le coefficient ne progresse que de 3 % soit 1,10. « Produire de l’énergie solaire ne peut pas être le seul argument écologique, il faut d’abord économiser l’énergie avant d’en produire », en déduit Benoît Drouin, un peu déçu. Si l’on dissocie les deux productions animales, le coefficient est largement positif pour l’atelier vaches laitières (2,5) en grande partie grâce au pâturage. En revanche, le coefficient de l’atelier poulet est de 0,37. Cela est dû à l’achat d’aliment composé pour les volailles. « Ces résultats doivent être nuancés, » précise l’éleveur. Le « coût énergétique » d’une tonne d’aliment achetée est calculé à partir d’extrapolations moyennes nationales. Ce ratio ne tient donc pas compte des spécificités du cahier des charges « Grains de terroir » des Fermiers de Loué (100 % des céréales utilisées pour nourrir les volailles Label sont récoltées dans un rayon de 150 km). « Dans tous les cas, ce bilan énergétique doit être raisonné au niveau global car il est difficile de bien répartir les charges de structure entre les différentes productions. L’atelier avicole a toute sa place au sein d’une exploitation », ajoute Benoît Drouin, fervent défenseur du modèle de production en polyculture-élevage, « que ce soit au niveau économique (rentabilité), humain (temps de travail, moindre pénibilité) qu’au niveau agronomique (le fumier est utilisé comme unique fertilisant sur les prairies). »

CONVERSION EN AGRICULTURE BIOLOGIQUE

Benoît Drouin compte refaire un bilan énergétique d’ici deux ans pour évaluer l’impact de nouvelles mesures. Il souhaite par exemple diminuer l’apport d’azote minéral sur les cultures de blé, « quitte à faire un sacrifice sur le rendement ». A terme, il projette de convertir l’exploitation en agriculture biologique. « Notre mode de production est déjà proche du bio. Pourquoi ne pas poursuivre dans cette démarche si c’est un moyen de ramener de la valeur ajoutée sur l’exploitation ? »

En produisant de l’électricité, les 150 m2 de panneaux photovoltaïques
installés en 2007 sur un hangar contribuent à améliorer le bilan énergétique de l’exploitation.
En produisant de l’électricité, les 150 m2 de panneaux photovoltaïques installés en 2007 sur un hangar contribuent à améliorer le bilan énergétique de l’exploitation. - © Armelle Puybasset

Il existe plusieurs outils d’analyse énergétique d’exploitation agricole. Benoît Drouin a choisi la méthode Planète (Pour l’Analyse énergétique de l’exploitation), développée par l’association Solagro (Toulouse) car elle est reconnue par le ministère de l’Agriculture et est utilisée par de nombreuses écoles. Le bilan énergétique consiste à quantifier les flux de consommation et de production d’énergie à l’échelle d’une exploitation agricole. Pour comparer les éléments entre eux, toutes les énergies consommées (entrées) et les énergies produites (sorties) sont converties en une même unité et exprimées en Equivalent litre de fioul (EQF). Pour les entrées, il s’agit à la fois des énergies consommées directes (fioul, électricité, eau, gaz) et indirectes (achat d’aliment, d’engrais, d’animaux, de matériel, de bâtiments).

UN BILAN COÛTE ENVIRON 250 EUROS

Les sorties sont les productions de viande, de lait ou de végétaux. « Une exploitation produit plus qu’elle consomme lorsque le rapport entre les énergies produites et consommées est supérieur à 1 », explique Benoît Drouin. « Dans le cas inverse, l’exploitation est ‘énergétivore’ . C’est d’ailleurs le cas de deux tiers des exploitations françaises. » Le bilan Planète permet avant tout d’identifier les postes qui sont gourmands en énergie et d’envisager les différentes solutions pour réduire leur impact énergétique. Le bilan énergétique a été réalisé par l’association Adeas-Civam(1) de la Sarthe, dont Benoît Drouin est président. Le coût d’un bilan est d’environ 250 euros.

 

(1) Agriculture durable économe autonome et solidaire avec le Centre d’initiative et de valorisation de l’agriculture et du milieu rural.

 

 

IMPACT SUR LES GAZ A EFFET DE SERRE

La volaille, en meilleure position

L’atelier avicole de l’exploitation de Benoît Drouin est plus « énergétivore » que l’atelier de vaches laitières. En revanche, son impact sur les émissions de gaz à effet de serre est plus favorable. Le bilan Planète mesure également les émissions de gaz carbonique (CO2), de méthane (CH4) et de protoxyde d’azote (NO2) responsables de l’effet de serre. Les émissions totales de l’exploitation sont de 539 tonnes équivalent CO2 par hectare (téq CO2/ha SAU). Si l’on différencie les émissions par production animale, le bilan est de 85 téq CO2/ha pour les volailles et de 467 tonnes pour les vaches laitières. Cette différence s’explique par des besoins plus élevés en mécanisation en production laitière et une émission supérieure de méthane par les vaches.

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