Réussir Aviculture 07 mars 2003 à 18h19 | Par Pascal Le Douarin

Agriculture à l´étranger - Pour maintenir un tissu rural, le Canada soigne ses agriculteurs

Pour fixer son demi-million d´agriculteurs sur ses 10 millions de km2, le Canada a choisi de maîtriser l´offre de certains produits agricoles de première nécessité.

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Initialement rural et agricole, depuis 60 ans, le Canada est devenu industriel et urbain. Au plan économique, le Canada ressemble beaucoup aux USA. en moins « libéral » (il est considéré à tendance « socialiste » par les Américains !). Par exemple les soins de santé, l´éducation et les services sociaux (revenu minimal garanti) sont universels et gratuits pour tous les Canadiens.
Le produit intérieur brut (PIB) canadien atteint 25 000 dollars américains par tête, dont 3 % imputables à l´agriculture, 31 % à l´industrie et les deux tiers aux services. Des chiffres similaires à ceux de la France. Les 16 millions de travailleurs (25 en France) se répartissent à 75 % dans les services et 3 % en agriculture, pratiquement comme en France.
Bien que devenue minoritaire pour son impact économique direct, l´agriculture est une composante essentielle de la société canadienne. Pour les Canadiens des régions à faible densité de population, les activités agricoles sont l´épine dorsale de bien des collectivités rurales. En fait, l´avenir d´un grand nombre de ces collectivités est étroitement lié au maintien du tissu agricole canadien.
©D. R.


L´agriculture familiale est fortement soutenue
Les activités agricoles sont encore menées par un grand nombre d´exploitations individuelles qui font face à de grands acheteurs en nombre restreint. Pour les maintenir, le pouvoir politique canadien a mis en place une politique socio-économique visant à offrir une stabilité de revenu, et même une opportunité de croissance à ses agriculteurs, donc indirectement aux collectivités rurales. Les systèmes de maîtrise de l´offre existant sur certains produits agricoles de première nécessité ont ainsi préservé sa population agricole en évitant les à-coups de production propices à une concentration des structures familiales.

Etats-Unis et Canada entretiennent des liens économiques forts, avec l´accord de libre-échange (Alena). Si la France partage de nombreuses similitudes socio-économiques avec le Canada, en matière d´aviculture, ce pays est un producteur modeste par rapport à la France et surtout par rapport à son voisin américain. Alors que la France, principal producteur de l´Union européenne, a joué son développement par la satisfaction des marchés de l´exportation vers les pays tiers puis vers l´Europe, le Canada est resté sur son propre marché. Sous le double effet de l´expansion démographique et de la hausse de la consommation individuelle, la population canadienne constitue un débouché naturel en croissance permanente. Au moment où les avicultures européenne, et surtout française, traversent une crise que beaucoup qualifient de sans précédent, le modèle canadien peut être un sujet de réflexion pour un modèle à l´européenne. Le dossier de Réussir Aviculture du mois de novembre 2002* propose une découverte de ce modèle canadien.

Les Canadiens tiennent beaucoup à leur agriculture et soutiennent leurs agriculteurs à travers trois programmes de protection du revenu agricole.

 Le Compte de stabilisation du revenu net (CSRN) fonctionne un peu comme un compte d´épargne. Il permet aux agriculteurs d´effectuer des dépôts lorsque les affaires sont bonnes et de retirer de l´argent les mauvaises années. Les gouvernements fédéral et provinciaux versent des contributions égales aux sommes déposées par les agriculteurs. Le retrait dépend de la moyenne du revenu de l´agriculteur au cours des cinq années précédentes. L´agriculteur peut retirer de l´argent de son CSRN dès lors que son revenu familial, toutes origines confondues, chute en dessous de 35 000 dollars (22 750 euros ou 150 000 F).

 Le Programme canadien du revenu agricole (PCRA), dont les coûts sont partagés par les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, devrait verser quelque 530 millions de dollars (345 M d´euros) en 2002 pour aider les agriculteurs à combler le manque à gagner lié cette année à la sécheresse.

 Les gouvernements provinciaux contribuent au coût de l´assurance-récolte, qui a versé entre 1,1 et 1,4 milliard de dollars (715 à 900 M d´euros) en 2002, pour les pertes liées à la sécheresse. Ce programme fonctionne comme n´importe quel programme d´assurance où l´assuré doit payer une franchise. Généralement, le programme d´assurance couvre jusqu´à 80 % de la moyenne historique des rendements.Chaque agriculteur peut choisir le niveau de couverture qu´il désire, selon le prix qu´il est prêt à payer. Cette année, les gouvernements régleront près des deux tiers du coût total des primes, alors que les agriculteurs régleront le tiers restant, qui se chiffre en moyenne à 2 000 dollars (1300 euros par producteur). Le régime de protection du revenu agricole englobe des programmes complémentaires provinciaux, conçus à la mesure des besoins de chaque région.

* Ce dossier de Réussir Aviculture nº81 a été réalisé avec la collaboration d´Emmanuelle Arès, journaliste québécoise au Bulletin des agriculteurs, et un groupe de professionnels du Loir-et-Cher qui se sont rendus au Canada en septembre 2002.

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