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La guerre contre l’érigeron est lancée

Le fort développement de l’érigeron conduit parfois les viticulteurs à des impasses techniques. Les techniciens recommandent de revoir les itinéraires dans les parcelles sensibles.

Dans le Sud-Est, la situation est inédite. En plein hiver, les viticulteurs font face à des érigerons du Canada (Conyza canadensis) de toutes tailles et à tous les stades : floraison, fructification et parfois même germination. Sans parler de la taille des rosettes de cette bisannuelle qui est dans certains cas devenue impressionnante. Comment expliquer une telle évolution ? « Les résistances au glyphosate ont tendance à se généraliser, ainsi que celles aux herbicides inhibiteurs de l’ALS, tel que le flazasulfuron », explique Thierry Favier, à la CAPL, la coopérative agricole Provence Languedoc. Ajoutez à cela un climat chaud et humide, et une pression toujours croissante dans l’environnement (bordure de routes, espaces verts publics, cimetières…), et cette adventice au fort potentiel de multiplication devient pour ainsi dire ingérable. « D’autant plus qu’elle germe très facilement, ce qui fait que l’on en retrouve maintenant toute l’année et à différents stades », ajoute Bernard Genevet, conseiller viticole à la chambre d’agriculture du Gard.

Multiplier les passages, étape inévitable

Pour lui, il convient de changer la stratégie usuelle, qui consiste bien souvent à faire un seul passage au printemps associant un herbicide de prélevée à un postlevée. « En présence d’un sol salit par l’érigeron en fin d’hiver, il ne faut pas utiliser de prélevée », avertit le technicien. L’idée est alors de désherber en deux temps, en utilisant un herbicide postlevée, suivi d’un prélevée lorsque la végétation adventice a décliné. « Dans l’idéal le premier passage doit intervenir dès qu’il y a un redoux de température, mais pas trop tard pour éviter que la plante commence à monter, poursuit le conseiller. Arriver à trouver le meilleur créneau sera sûrement difficile et très technique. » Éric Chantelot, à l’IFV Rhône-Méditerrenée, prévient toutefois : « sur des rosettes déjà grosses, le glyphosate ne fera rien ». Dans un tel cas, la dernière option pour garder un cavaillon propre, difficile à mettre en œuvre mais la plus efficace, reste le travail du sol. À l’avenir, la solution pour éviter ce genre d’impasse sera probablement de désherber sous le rang à l’automne ou au début d’hiver, pour éviter de se faire envahir. Avec les inconvénients que cela engendre. D’une part, l’emploi d’une partie des molécules est interdit à cette période, et d’autre part cela expose au risque d’érosion tout en amenant à un non-sens agronomique. « Il faudra donc identifier les parcelles à problèmes, qui nécessitent une réelle stratégie alternative, et les traiter différemment des autres », estime Bernard Genevet. L’enjeu sera donc, dans de telles parcelles, d’avoir détruit l’érigeron à l’automne.

Vers une impasse technique sur les situations de résistance

Pour Thierry Favier, il sera aussi nécessaire d’identifier la nature des problèmes, qui peuvent provenir de résistances, mais aussi d’une mauvaise maîtrise de l’entretien du sol ou d’une application trop tardive de prélevée. Dans le cas où la situation de résistance aux herbicides est avérée, le viticulteur peut envisager une alternance de molécules (isoxaben, penoxsulam, métribuzine/diflufénicanil…), en faisant attention aux phénomènes de résistances croisées. " Si le flazasulfuron n’a pas réussi à contrôler la levée de l’érigeron l’an dernier, ce n’est pas la peine de recommencer, approuve Éric Chantelot. Mieux vaut alors changer de matière active, même si l’action sur les autres adventices sera sans doute moins efficace. " Et en cas d’invasion, il est probable que le viticulteur arrive à une impasse technique avec les solutions chimiques. " Si la densité d’érigeron devient importante, il sera opportun de les broyer pour éviter qu’ils ne montent en graine, relève Thierry Favier. Et de revenir au travail du sol pour en venir à bout. "

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