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Comment expliquer la présence de pesticides dans certains vins bio ?

La présence anormale d’acide phosphonique et de phtalimide a été detectée dans certains vins bios. Les hypothèses formulées pour expliquer cela ne se limitent pas aux seules contaminations croisées.

Certains vignerons bio ont eu la mauvaise surprise d'apprendre que des pesticides avaient été tracés dans leurs vins. Des contaminations qui se feraient complètement à leur insu.
© J.-C. Gutner

Les récentes conclusions du plan de surveillance national des résidus de pesticides ont révélé la présence dans certains vins bio d’acide phosphonique et de phtalimide, deux fongicides utilisés en conventionnel contre le mildiou. Une situation embarassante pour la filière bio. « Pour l’heure, seule la filière vin semble être concernée", indique Magali Grinbaum, responsable des analyses de résidus à l’IFV. "Ce n’est pas particulièrement surprenant car ces métabolites se forment en milieu aqueux, pendant la fermentation alcoolique", poursuit-elle. Ces composés ont été retrouvés en très petite quantité, toutefois, ils devraient être totalement absents dans les vins bio. « Nous pensons que plusieurs sources de contamination sont à l’origine de cela », avance la scientifique. Différentes pistes incriminent des produits autorisés en bio, tandis que d’autres s’orientent vers le matériel de chai et la technique d’analyse des échantillons en laboratoire. Des contaminations qui se feraient donc à l’insu des producteurs.

Amendements organiques et DAP suspectés

La contamination croisée aux champs constitue une hypothèse solide mais elle est trop "millésime dépendante" pour être suffisante. « Le phosphonate de potassium était autorisé en bio jusqu’en 2013, signale Magali Grinbaum. Des phénomènes d’accumulation dans la plante pourraient justifier la présence de résidus dans les vins. » Une troisième hypothèse met en cause certains amendements organiques couramment employés. « La réglementation bio autorise les viticulteurs à utiliser des vinasses issues de vignes conventionnelles, car le processus de transformation garantit normalement la dégradation des molécules phytosanitaires », explique la chercheuse. Mais les phosphonates sont des molécules très stables qui se dégradent difficilement. « L’acide phosphoreux est un fongicide systémique, complète-t-elle. Il est donc plausible qu’il puisse passer du sol à la plante puis au raisin. Mais il nous faut encore le prouver et vérifier que les fermentations ne les dégradent pas non plus. » Une dernière hypothèse s’intéresse au rôle que pourrait avoir le DAP (phosphate de diammonium). En vinification, il est fréquemment utilisé dans le but de nourrir les levures. La définition d’un protocole d’analyse fiable est en cours.

Les équipements poreux pointés du doigt

Le phtalimide, issu de la dégradation du folpel, pourrait quant à lui provenir directement du chai. Le caoutchouc, les résines époxy ou encore les barriques sont autant d’équipements poreux pouvant être à l’origine de la présence du pesticide. « Sur le plan chimique, c’est tout à fait possible mais il nous faut expliquer comment s’initient les réactions responsables du relargage des phtalimides dans les vins », expose Magali Grinbaum. Enfin, il semblerait que la méthode d’analyse ait également une part de responsabilité dans l’affaire. Mais pour vérifier cette hypothèse, il faudra mettre au point une nouvelle technique qui ne nécessite pas de chauffage des échantillons comme dans la méthode officielle. Il faudra encore un peu de patience pour tirer le vrai du faux, puisque la plupart des programmes de recherche devraient se terminer en 2021.

Voir plus loin

Les projets de recherche sur les contaminations aux champs (vinasses, dérives de pulvérisation, etc.) sont pris en charge par la région PACA.
Ceux concernant les sources de contamination au chai (phénomènes d’adsorption et de désorption des matériels poreux) sont gérés par la région Nouvelle-Aquitaine.
L’IFV s’apprête à déposer un dossier pour bénéficier de subventions européennes afin d’étudier les contaminations liées au DAP et aux méthodes d’analyse en laboratoire. S’il est accepté, des résultats pourraient être dévoilés d’ici 2022.

 
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