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Les grands travaux de Didier Guillaume

Le nouveau ministre de l’Agriculture devra finaliser la loi Agriculture et alimentation pilotée par Stéphane Travert. Et il lui reste beaucoup du travail pour transformer l’essai, notamment sur les relations commerciales et sur les phytos. Son autre gros chantier sera celui de la PAC pour la rendre « plus protectrice », sa volonté étant d’améliorer le système assurantiel.

Stéphane Travert l’a pilotée, mais c’est Didier Guillaume qui va la finaliser. La loi Agriculture et alimentation ne pourra pas s’appeler la loi Travert car c’est bien lui qui était à la tête du ministère de l’Agriculture lors de son adoption le 2 octobre, et qui l’a porté depuis le début des États généraux de l’alimentation, mais il n’était plus là au moment de sa publication au Journal officiel le 2 novembre, une fois que le Conseil constitutionnel s’est prononcé, le 25 octobre.

Pour autant, même si la loi est adoptée, il reste du pain sur la planche pour le nouveau patron de la rue de Varenne. Car, comme le souhaitait le président de la République, certaines mesures lourdes de conséquences vont être promulguées par ordonnance, et restent à écrire ou sont en cours de rédaction. C’est notamment le cas de l’ordonnance concernant le seuil de revente à perte et les promotions, celle concernant la réforme du prix abusivement bas et celle qui doit instaurer la séparation de la vente et du conseil sur les produits phyto.

Accompagner les transitions

Mais Didier Guillaume n’est pas né de la dernière pluie. Il a une longue expérience des lois agricoles : il était dans le cabinet du ministre de l’Agriculture Jean Glavany il y a vingt, et plus récemment il était rapporteur pour le Sénat de la loi d’Avenir agricole de Stéphane Le Foll. « Depuis que je suis parlementaire, j’ai travaillé sur trois lois agricoles : celles de Bruno Le Maire, de Stéphane Le Foll et de Stéphane Travert », a précisé Didier Guillaume dans un entretien à Agra Presse du 29 octobre.

« Nous sommes à un moment d’accélération des transitions qui s’imposent à l’agriculture, constate-t-il. Les citoyens veulent moins ou pas de phytos et ils ont raison. Ils veulent une alimentation saine, avec de la traçabilité, des hautes valeurs nutritionnelles : l’agriculture doit s’adapter à la demande de la société. Et elle s’adapte depuis des années. Les agriculteurs utilisent beaucoup moins d’eau et de phytos. » Pour lui, ces trois lois avaient les mêmes orientations : la transition et un meilleur revenu pour les agriculteurs, mais « la loi Egalim fait un bond en avant », considère-t-il. À voir.

Préserver les aides à l’emploi de travailleurs saisonniers

En tant que parlementaire de la Drôme, Didier Guillaume a des sujets de prédilection. Il est notamment très attaché à protéger les entreprises agricoles et viticoles qui emploient du personnel saisonnier. Il s’y est employé dès sa nomination. On peut même penser que l’abandon de la suppression de l’exonération des cotisations sociales dédiées aux travailleurs occasionnels (TODE) a fait partie des conditions pour qu’il accepte sa nomination rue de Varenne. En effet, dès sa première prise de parole le 16 octobre, à l’occasion de la passation de pouvoir, il a déclaré : « Je pense qu’il y aura des évolutions dans les jours qui viennent. » De fait, le soir même les députés de la commission des Affaires sociales ont adopté deux propositions d’amendements à la proposition de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) permettant le maintien du TODE.

Dans les semaines précédentes, une fronde était montée des filières les plus affectées, dont la viticulture, faisant part d’un risque de hausse brutale du coût du travail d’au moins 15 %. « Le Premier ministre a arbitré, d’abord pour une exonération portée jusqu’à 1,1 Smic en 2019 et 2020. Après demande des parlementaires de la majorité, le gouvernement accepte d’aller jusqu’à 1,15 Smic en 2019 puis 1,1 Smic en 2020. Cela va permettre de compenser 110 millions d’euros sur les 144 millions d’euros qui auraient été perdus s’il y avait eu une suppression totale du TODE », a expliqué Didier Guillaume. Ce dernier a rappelé les « autres mesures favorables prises par le gouvernement » avec la réforme de la fiscalité et les mesures sur la TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) sur le gazole non routier (GNR), qui entreront en vigueur en 2019.

Des négociations compliquées de la future PAC

En effet, « le chantier sur la fiscalité agricole, avec la mise en place de l’épargne de précaution, va permettre de mettre de côté les bonnes années et faire face aux années plus difficiles, a poursuivi Didier Guillaume. Je veux améliorer l’articulation entre les différents outils tels que l’épargne de précaution, le fonds de mutualisation et l’assurance, et travailler sur la prévention des risques, en s’appuyant sur les pratiques agricoles et la gestion de l’eau. "

Mais tout cela dépendra beaucoup du niveau de soutien de l’État pour ces dispositifs, au travers de la PAC de l’après 2020. « La proposition de la Commission européenne de partir sur une baisse de budget de la PAC de - 5 % n’est pas acceptable pour la France, et la France ne l’acceptera pas. Nous avons une position ferme sur ce point », a insisté le ministre de l’Agriculture qui considère que la PAC « doit soutenir les transformations de notre agriculture en s’appuyant sur l’agroécologie ». Et pour cela « il y a besoin d’aides directes ». Pour lui, « il faut aller plus loin sur la gestion des crises : sanitaires, climatiques… et il faut absolument que la PAC ait un volet protecteur ».

Trouver des alliés au sein de l’UE

Il a toutefois expliqué que c’était encore tôt pour en parler car les arbitrages au sein du gouvernement ne sont pas encore faits, et c’est lui qui devrait mener les négociations avec Bruxelles sur la prochaine PAC. Mais pour gagner des points, il faut s’appuyer sur des alliés. Stéphane Travert a commencé le job puisqu’il a pu se targuer d’avoir rallié à la position de la France 22 États membres pour défendre le budget de la PAC. Mais il reste un long chemin de négociations semé d’embûches, puisque la future PAC pourrait ne pas être mise en œuvre avant 2022, l’année 2019 risquant d’être fortement perturbée par le Brexit, les élections des députés européens puis le changement de Commission européenne !

Glyphosate : « Trois ans, c'est la ligne d'arrivée »

Même si Didier Guillaume a été surnommé le « ministre des pesticides » par les ONG dès sa nomination, suite à une intervention sur RTL – où il défendait le fait qu’il fallait des preuves scientifiques avant d’accuser les pesticides comme étant la cause de naissances de bébés sans bras – ce surnom ne lui correspond pas vraiment. Responsable politique de la Drôme, premier département bio de France, Didier Guillaume en est un fervent défenseur. Convaincu de la nécessité de réduire l’usage des pesticides, il est en phase avec le ministre de l’Écologie, François de Rugy. C’est le cas sur le glyphosate. « Trois ans, c’est la ligne d’arrivée », a affirmé Didier Guillaume lors de la première audition de la mission d’information dédiée à la stratégie de sortie du glyphosate, le 8 novembre, expliquant qu’il n’y aurait pas de prolongation. Et François de Rugy de surenchérir : « S’il ne se passe rien d’ici 2021, nous sommes prêts à passer par la loi ou la voie réglementaire ». Les deux ministres devront aussi gérer le dossier épineux du cuivre dans les mois à venir.

« Il faudra faire évoluer le système assurantiel »

Lors de l’entretien avec Agra Presse, le ministre de l’Agriculture s’est montré très lucide sur les failles du système de l’assurance aléas climatique en place. « Tel que le système assurantiel est fait aujourd’hui, il ne va pas, car l’assurance est encore trop chère pour certaines productions, comme la viticulture et l’arboriculture, et cela ne garantit pas d’être bien protégé. Je le vois chez les agriculteurs de ma région. Il faudra le faire évoluer », a-t-il insisté. Pour lui, l’offre commerciale des assureurs qui proposent des options pour adapter les seuils de déclenchement et les franchises aux situations individuelles est trop peu relayée. Le débat se focalise trop sur le contrat subventionné qui ne représente qu’une partie de la réalité. « Je veux être un défricheur, a-t-il lancé. Il y a des sujets qui sont sur la table depuis des années, je veux les faire avancer. » L’assurance récolte en fait partie.

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