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En Alsace : « Une récolte plus sereine avec la machine à vendanger spéciale pentes »

Le domaine Schoepfer-Müller est la seule exploitation en France équipée d’une machine à vendanger CH Engineering conçue pour les fortes pentes. Elle lui donne satisfaction.

« 80 % de notre domaine est en très fortes pentes ou en terrasses, ce qui ne simplifie pas la récolte mécanisée. » Vigneron à Wettolsheim, dans le Haut-Rhin, Alexis Schoepfer, qui a repris l’exploitation familiale de 15 hectares en 2021, plante le décor. Jusqu’en 2015, la quasi-intégralité de la surface était récoltée à la main, exception faite de 40 ares en plaine, dont la récolte à la machine à vendanger classique était déléguée à un entrepreneur de travaux viticoles. « Mon père Henri a cherché pendant longtemps une solution pour mécaniser la vendange dans les fortes pentes, se souvient le vigneron. Avoir sa propre équipe de coupeurs devenait de plus en plus difficile. Sur les dernières années, nous faisions appel à une société de prestation de vendange manuelle, qui d’ailleurs récolte encore nos deux hectares en crémant ou en grand cru. »

Mais pour la grande majorité de la surface en AOC alsace, la récolte mécanisée est autorisée. Encore faut-il avoir la solution technique. En 2014, après de multiples recherches sur le web, Alexis Schoepfer apprend qu’un constructeur allemand, CH Engineering, a développé un prototype de machine à vendanger pour les vignes très pentues. Après prise de contact, le constructeur vient faire une démonstration sur l’exploitation, qui montre tout le potentiel de la machine. « Seule la technologie de la tête de récolte ne nous convenait pas, retrace le viticulteur. Le constructeur a revu sa copie concernant celle-ci. La démo que nous avons suivie en Allemagne l’année suivante a fini de nous convaincre et nous avons acheté la machine pour la saison 2016. »

Un seul convoyeur, une seule benne

 

 
<em class="placeholder">Machine à vendanger CH 500 de CH engineering.</em>
La tête de récolte peut être dételée (une demi-journée de travail), pour monter un attelage trois points pivotant sur lequel on accroche différents outils. Ici, le chenillard passe la herse rotative pour réparer les dégâts de sanglier. © Domaine Schoepfer-Müller

La machine à vendanger CH 500 est conçue sur la base d’un chenillard UT110 d’Andreoli Engineering, doté d’un moteur de 109 ch. D’une largeur de 1,35 m (pour les vignes à partir de 1,60 m), il s’est vu greffer une tête de récolte avec des secoueurs, des écailles inclinées, un convoyeur unique et une seule benne de 650 litres vidangeant sur le côté. Elle n’est pas sans rappeler les machines à vendanger allemandes Ero, à la différence près que le porteur est interligne et que les secoueurs sont déportés sur le côté de la machine. « C’est ce qui fait qu’elle est à l’aise dans les vignes en terrasses », apprécie Alexis Schoepfer. Le domaine n’a pas eu à investir dans la solution de plateau inclinable et de treuillage proposée en option par le constructeur allemand. Les vignes sont implantées dans le sens de la pente jusqu’à 50 % de déclivité. Au-delà, les vignes, qui représentent 5 hectares, ont été établies en terrasses.

Une conduite à l’aide de caméras

 

 
<em class="placeholder">Machine à vendanger CH 500 de CH engineering.</em>
Malgré ses 5,2 tonnes à vide, la machine à vendanger CH 500, qui consomme 60 litres de carburant dans une journée, exerce une pression au sol moindre que le poids d’un homme sur ses pieds, ce qui favorise le respect de l’enherbement. © Domaine Schoepfer-Müller

La conduite de cette machine n’est pas à la portée de tout le monde. « Il m’a fallu cinq saisons pour l’apprivoiser. La tête de récolte et la benne entravent complètement la vue vers l’avant, explique le vigneron, qui est le conducteur attitré de la machine. Je conduis à l’aide de quatre caméras, dont la vue est centralisée sur un écran. Il y en a une sous la tête de récolte, qui sert à régler la hauteur de la tête de récolte et à vérifier le bon alignement de la machine, une sur le dessus de la tête de récolte, une dans la benne et une orientée vers l’arrière. »

 

 
<em class="placeholder">Machine à vendanger CH 500 de CH engineering.</em>
La tête de récolte est déportée et s'écarte pour faciliter les manoeuvres en bout de rang et les marches arrière. © Domaine Schoepfer-Müller

La tête de récolte présente la particularité de pouvoir s’ouvrir largement. « Cela facilite les entrées et sorties de rang, mais aussi les marches arrière », note Alexis Schoepfer. Cela s’avère utile dans les vignes plantées dans le sens de la pente, où la récolte s’effectue en effet en descente. Une fois le rang parcouru, il est remonté avec la tête de récolte écartée et désactivée, avant de procéder à la vidange de la benne et/ou au changement de rang. 

Selon les conditions, la machine évolue à une vitesse entre 2 et 3 km/h en récoltant, jusqu’à 7 km/h lors des phases de remontée sans vendanger. Une vitesse qui n’est pas extrêmement élevée comparativement à une machine à vendanger de plaine, mais qui suffit largement pour l’exploitation. « En commençant tôt le matin et en terminant vers 15 heures, en prenant même le temps d’une pause déjeuner, je récolte autour de 2 hectares dans la journée, ce qui demandait 3 à 4 jours auparavant avec une équipe de 15 coupeurs », relativise Alexis Schoepfer.

Ne travaillant pas dans l’urgence, le chauffeur prend bien le temps d’affiner ses réglages pour avoir la vendange la plus propre possible. « J’ai même moins de feuilles qu’avant, en récolte manuelle, s’amuse le vigneron. La vendange se fait toujours à l’optimum de la maturité, même dans les années pluvieuses comme l’année dernière. » Concernant la qualité de la récolte, le respect de l’intégrité des baies dépend bien entendu du cépage, le pinot gris étant plus sensible, comme pour toute machine à vendanger. « On va avoir tendance à faire des débourbages plus serrés à la vinification. Mais on gagne sur les temps de pressurage et sur la fraîcheur de la vendange que l’on rentre. » Quant au lavage de la machine, il se fait en moins d’une heure en étant très minutieux, aidé par la tête de récolte qui s’ouvre complètement.

L’économie de main-d’œuvre paie les annuités

 

 
<em class="placeholder">Machine à vendanger CH 500 de CH engineering.</em>
Le domaine Schoepfer-Müller dispose de 80 % de son parcellaire en très fortes pentes. © Domaine Schoepfer-Müller

Achetée 180 000 euros HT il y a dix ans, la machine, qui affiche aujourd’hui 600 heures au compteur, a été amortie sur neuf ans. « Les économies de main-d’œuvre ont remboursé le prêt », résume Alexis Schoepfer. Si le chantier compte beaucoup moins de coupeurs, il nécessite désormais un peu plus de chauffeurs. Deux d’entre eux sont dédiés au transport de la vendange avec deux ensembles tracteurs-bennes, tandis qu’un troisième, confirmé, assure le transfert de la récolte de la machine à vendanger aux bennes en bord de champ, à l’aide d’un conquêt monté sur un tracteur Antonio Carraro.

Il faut ajouter un coupeur qui ramasse les grappes en haut des rangs. « Je ne peux pas activer les secoueurs tant que la machine n’est pas complètement basculée dans la pente, justifie Alexis Schoepfer. Ce qui fait qu’avec la tête de récolte avancée, il y a quelques pieds qui ne sont pas ramassés par la machine. » L’autre limite de la machine concerne les grappes les plus basses. « On ne ramasse que celles qui sont au-dessus de 20-25 cm de haut. Sur les nouvelles plantations, nous avons adapté les vignes pour éviter cet écueil. »

 

 
<em class="placeholder">Machine à vendanger CH 500 de CH engineering sur son plateau de transport attelé à un tracteur Mercedes MB Trac</em>
Le domaine a fait construire un plateau basculant pour le transport routier de la machine à vendanger. © Domaine Schoepfer-Müller

repères

Domaine Schoepfer-Müller

Superficie : 15 ha

Encépagement : auxerrois, chasselas, gewurztraminer, muscat, pinot blanc, pinot gris, pinot noir, riesling et sylvaner

Dénomination : AOP alsace, crémant d’alsace et grand cru

Certification : HVE 3

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