Réussir vigne 26 août 2002 à 17h31 | Par Claudine Galbrun

Zonage viti-vinicole - Le paysage est-il une marchandise ?

Les paysages viticoles pourraient bien devenir de nouveaux outils de développement avec un objectif non pas seulement esthétique mais clairement économique.

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Le ton a été donné par Christian Paly, président du syndicat des vignerons des Côtes du Rhône, à l´occasion du IVème symposium international sur le zonage vitivinicole qui se tenait en Avignon, du 17 au 20 juin : « Le volet paysager dans l´imaginaire du consommateur de vin sera un jour un des éléments d´accès au marché ».

Ajouter de la valeur à celle contenue dans le vin
Les paysages viticoles seraient, en effet, un moyen d´ajouter de la valeur à celle contenue dans le vin. « Dans une société où les aspirations hédonistes prennent de plus en plus d´importance, au plaisir sensoriel apporté par le vin, qui reste essentiel, s´ajoute dans l´esprit du consommateur la prise en compte d´un écosystème culturel (façonné par l´homme et par le milieu naturel) qui aboutissent à construire une image source de valeur ajoutée », indique Joël Rochard, de l´ITV. « De plus, face à une concurrence internationale croissante, au risque de banalisation du produit, la dimension paysagère constituerait un élément de différenciation des vins. Ce pourrait être aussi un moyen de transmettre un message culturel sur le vin en s´affranchissant de toutes communications sur le produit alcool », ajoute M. Rochard. « Même si la viticulture d´AOC commence seulement à appréhender l´importance du sujet », souligne encore Christian Paly.

Définir le paysage viticole
Si l´on veut utiliser le paysage à des fins économiques, le protéger contre de multiples agresseurs potentiels (urbanisation, voies ferrées, autoroutes, éoliennes.), encore faut-il savoir de quoi on parle et donner par conséquent une définition du paysage viticole. Celui-ci peut être perçu « comme une entité révélée par la culture de la vigne dont la fonction première est de produire du raisin » . Mais la seule présence de vignes ne suffit pas à caractériser un paysage. Il faut prendre en compte les éléments associés à cette activité viticole (bâtiments), les évolutions même de ce paysage en fonction des saisons, des hommes et de leurs pratiques. A partir d´une approche quantitative, basée sur un travail de numérisation cartographique (prise en compte du relief, de l´occupation des sols, des réseaux hydrographiques et de communication) et d´une approche qualitative basée sur une analyse visuelle, sont définies des unités paysagères viticoles. Celles-ci, véritables outils de gestion du paysage, pourront être utilisées par les professionnels en fonction de leurs besoins ou de leurs projets afin de parvenir ou de maintenir une adéquation « bon vin/beau paysage».
©D. R.


Protéger une authenticité, un équilibre
Une fois défini ce paysage, il faudra savoir le protéger. Mais contre quoi ? « Chacun va vouloir éliminer ce qui est laid. Seulement, la laideur est impossible à définir. Il faut donc chercher à protéger une authenticité, un équilibre », estime Jacques Maby de l´Université d´Avignon. Par exemple, l´enherbement contribue à modifier le paysage. « Le spectacle ainsi change. La vigne semble moins présente. Est-ce moins beau ou est-ce plus beau ? Peu importe. Par contre, il serait important d´expliquer au visiteur pourquoi il y a du gazon entre les pieds de vigne, d´interpréter ce paysage, de lui donner du sens. Le paysage viticole serait ainsi mis en perspective. Relié au vin, serait ainsi authentifié et donc forcément beau », poursuit Jacques Maby.

Autre exemple cité par Jacques Fanet, directeur adjoint de l´Inao : le vignoble de Tokaj en Hongrie. « En 40 ans de domination communiste, celui-ci a subi une importante destruction du paysage. En effet, voulant utiliser les mêmes tracteurs en plaine et dans le vignoble de coteaux, les agriculteurs ont dû écarter les vignes de trois mètres et plus », indique Jacques Fanet, directeur adjoint de l´Inao. Et il ajoute : « Lorsqu´on discute d´un nouveau mode de taille ou d´un changement de densité, on doit prendre conscience que cela aura des conséquences sur le type de vin mais aussi sur le paysage viticole. L´Inao devrait se préoccuper de cette image que la vigne imprime sur le paysage ». Certains poussent même l´analyse plus loin, estimant que dans les décrets d´appellation, devraient être intégrés des objectifs à atteindre en matière de paysage.

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