Réussir vigne 14 décembre 2007 à 14h37 | Par Claudine Galbrun

Voyage dans le temps - La petite maison dans les vignes

Les petites cabanes de vigne ont leurs amoureux qui tentent d´arracher à l´usure du temps ce petit patrimoine, modeste témoin d´une période où le phylloxéra n´existait pas.

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Balade dans les vignes. Le regard se perd sur les alignements parfaits de ces petits soldats feuillus, tous bien au garde-à-vous. Et puis soudain, le regard s´accroche sur une petite maison de pierres, flanquée au coteau et qui semble perdue au milieu de cette armée verte et silencieuse Que fait-elle ici ? Qui l´a construite ? Pour quel usage ? Quand ? Ne recèlerait-t-elle pas quelques trésors cachés ou se contente-t-elle d´abriter encore et comme elle semble le faire depuis des lustres, les simples vestiges d´un passé depuis longtemps révolu, celui d´avant le phylloxéra ? L´oeil, aiguisée par cette découverte, ne tarde pas à dénicher d´autres de ces petites constructions. Comment les nommer ? Cabane, cabanon, cahute, guérite ? Ou alors vaut-il mieux parler, selon le vignoble que l´on traverse de gariote (Lot), de capitelle (Languedoc-Roussillon) ou encore d´ecoyeu (Haute-Saône), de gabinelle (Hérault), de casot (Pyrénées-Orientales), de chibotte (Haute-Loire) ?
Témoin d´un âge « préphylloxérique », cette cabane située à Daglan ©Dordogne possède trois pièces, ce qui lui vaut son inscription au Registre supplémentaire des Monuments historiques. ©DR

Un nom selon les aires géographiques
" Les noms donnés aux guérites et cabanes varient selon des aires géographiques ou linguistiques qui ne correspondent pas nécessairement aux régions actuelles ni aux provinces antérieures. En Côte-d´Or on trouve cabotte dans les Côtes de Nuits et de Beaune mais cadole à Hauteville-lès-Dijon, à Flavigny-sur-Ozerain, ou encore baraque dans le Châtillonnais ", explique Christian Lassure, fondateur du Cerav (Centre d´étude et de recherche sur l´architecture vernaculaire), une association loi 1901 dont le but est de faire connaître ces petites constructions de pierres sèches par le biais de publications et d´un site internet (wwww.pierreseche.com). " Avant de désigner ces petits édifices de pierres, ces noms avaient été utilisés pour nommer d´autres types de bâtiments. Ainsi cadole désignait autrefois la cabane en planches sur les bateaux servant au transport fluviatile sur la Saône et le canal du Charolais (aujourd´hui canal du centre) aux 18e et 19e siècles. Par métonymie, le nom en était venu à désigner l´embarcation elle-même. Il faudrait en fait parler de cadole en pierre sèche ", précise Christian Lassure.
A Daglan, petite commune du Périgord noir, qui a connu son heure de gloire viticole avec le vin de Dommes, avant que le phylloxéra ne fasse son oeuvre maudite, deux de ces cabanes de vignes ont été inscrites au registre supplémentaire des Monuments historiques et sont désormais protégées. L´une, dite du Mazut, atteint des dimensions respectables (6 m x 5,8 m) et a été aussi classée pour la diversité de ses équipements dont une citerne qui conserve encore des traces de sulfate de cuivre confirmant l´usage viticole de cette cabane ; l´autre dite de la Combe du Rat, possède trois pièces, ayant été construites séparément et reliées ensuite entre elles. Et pour tenter de préserver les autres cabanes, s´est montée à Daglan, en 1993, l´association de la maison de la pierre sèche. Plus de 180 de ces petites cabanes ont été recensées sur le territoire de la commune. Elles ont été édifiées en même temps que les murs bordant les vignes, chaque vigneron construisant sa propre cabane, de forme ronde, carrée, selon ses capacités, allant de l´abri rudimentaire à l´édifice plus sophistiqué.
A Daglan, petite commune du Périgord noir, qui a connu son heure de gloire viticole avec le vin de Dommes, avant que le phylloxéra ne fasse son oeuvre maudite, deux de ces cabanes de vignes ont été inscrites au registre supplémentaire des Monuments historiques et sont désormais protégées. L´une, dite du Mazut, atteint des dimensions respectables (6 m x 5,8 m) et a été aussi classée pour la diversité de ses équipements dont une citerne qui conserve encore des traces de sulfate de cuivre confirmant l´usage viticole de cette cabane ; l´autre dite de la Combe du Rat, possède trois pièces, ayant été construites séparément et reliées ensuite entre elles. Et pour tenter de préserver les autres cabanes, s´est montée à Daglan, en 1993, l´association de la maison de la pierre sèche. Plus de 180 de ces petites cabanes ont été recensées sur le territoire de la commune. Elles ont été édifiées en même temps que les murs bordant les vignes, chaque vigneron construisant sa propre cabane, de forme ronde, carrée, selon ses capacités, allant de l´abri rudimentaire à l´édifice plus sophistiqué.
Là où le sol est calcaire
" On observe des types architecturaux qui transcendent les frontières régionales, voire nationales. La cabane à base circulaire ou quadrangulaire et à couvrement en forme de cône à rive en saillie, s´observe dans le Lot, la Dordogne, l´Aveyron, le Tarn-et-Garonne, la Saône-et-Loire, les Alpes-de-Haute-Provence, mais aussi en Istrie, en Croatie, dans le haut Aragon en Espagne. Dans certaines communes, les cabanes ont toutes le même air de famille car bâties par la même personne ", souligne Christian Lassure. Elles servaient d´abri temporaire lors du travail dans les vignes. " On mangeait sur place, parfois même on dormait sur place lorsque la vigne était loin de la ferme ou de la maison. On y cachait aussi les outils. "
Il est difficile de dire à quelle date ces constructions ont été réalisées, nulle trace ou presque de ces cabanes n´ayant été trouvée sur l´ancien cadastre ou dans les actes notariés. Le mouvement de construction de cabanes en dur couvre les 18e et 19e siècles soit jusqu´à l´arrivée du phylloxéra, avec un pic sous le Second Empire, sachant que l´on a continué à en construire de façon sporadique jusqu´en 1920. Les plus vieilles encore debout ne devraient pas avoir plus de 200 ans, compte tenu de la nature gélive de la pierre qui les constitue. Alors que si rien n´est fait, il ne faudra pas plus de trente ans à la végétation pour prendre le dessus sur ces humbles et fragiles témoins de l´histoire viticole, symboles du lien entre l´homme et son vignoble.

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