Réussir vigne 18 novembre 2002 à 17h14 | Par Claudine Galbrun

Viticulture - Les rapports stratégiques sur l´avenir de la filière se multiplient

La situation que traverse la filière viticole suscite des réflexions tous azimuts. Après Cap 2010, le rapport du Sénat, voici les rapports du Cniv et de l´Inra.

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L´heure serait-elle donc si grave ? En tous cas, la filière viticole doit sûrement être en train de vivre un tournant de son histoire pour que tant de personnalités éminentes se penchent sur son avenir. Pas moins de quatre notes, contribution, rapport, propositions ont été publiés au cours de ces dernières semaines. On peut se demander pourquoi une telle inflation ?
La réponse s´appelle sans aucun doute mondialisation. Celle-ci ayant entraîné une libéralisation des échanges et suscité des vocations de vigneron chez des pays non traditionnellement producteurs. La question est donc posée : y aura-t-il de la place pour tout le monde ? On pourra toujours se remonter le moral en jetant un oil sur les résultats du commerce extérieur des vins et spiritueux au cours du premier semestre 2002. L´excédent est ainsi de plus de trois milliards d´euros et progresse de 9,6 % par rapport au premier semestre 2001, selon le CFCE (+ 7,7 % pour les vins, + 6,7 % pour les spiritueux). Mais si les prix se tiennent, les volumes exportés par contre subissent un recul « préoccupant », estime néanmoins le CFCE.

Pour l´Inra et Cniv, il faut conforter le système des AOC
La situation est donc grave mais pas encore désespérée. Il fallait donc en débattre. Ce qui fut fait. Les différents experts ont donc présenté le fruit de leurs cogitations, autant de pistes à suivre pour sortir la France viticole de l´ornière. Mais les chemins empruntent des routes divergentes. La « note d´orientation stratégique » du groupe Cap 2010, basée sur les propositions du rapport Berthomeau, partage avec le rapport du Sénat une même analyse de la situation de l´ensemble de l´offre française et considère qu´il faut entièrement revoir sa segmentation. Tandis que la contribution du Cniv (Comité national des interprofessions viticoles) et les propositions de l´Inra estiment que le système des AOC a fait la gloire de la viticulture française et qu´il faut absolument le conforter. Les seconds, et en particulier l´Inra, considérant que les premiers ont « fait l´impasse sur la logique économique qui régit l´organisation des filières AOC ». D´un côté, on « révolutionne » la viticulture, de l´autre, on assoit un système qui a fait ses preuves.
©S. Randé

Nouvelle catégorie de vins contre typicité
Pour Cap 2010 et les sénateurs, tous les vins à indication géographique doivent être placés dans un même réceptacle qui contiendrait les AOC et les VPRD (vins produits dans une région déterminée), ces derniers étant régis par un corps de règles plus souples et accueilleraient les vins de pays qui le souhaitent. A côté, se créeraient les vins de cépage des pays de France, produits selon les normes internationales, soit « un nouvel espace de compétitivité, vecteur de marque, moteur d´un véritable repositionnement des vins d´entrée de gamme ».
La création d´une nouvelle catégorie de vins à côté des AOC ne peut recevoir l´assentiment du Cniv pour lequel l´AOC doit « garantir un différentiel de spécificité permanent avec ses challengers » et qui fait de la typicité, un enjeu majeur. Même chose pour l´Inra qui estime que la viticulture française devrait être avant tout d´AOC. La note Cap 2010 se prononce en faveur d´une « gestion moderne de la ressource vin » comprenant une affectation parcellaire et une gestion de cette ressource par grand bassin de production. Deux points que partage le Cniv.

Avis divergeants sur la notion de pilotage de la filière par l´aval
Par contre, là où ils ne se retrouvent plus, c´est sur la nécessité d´un pilotage de la filière par l´aval, comme le propose Cap 2010, soutenu par le Sénat. Pour le Cniv, l´AOC a permis à toute une population agricole de bien vivre de son métier. « Si un rééquilibrage vers l´aval doit intervenir, il faut conserver cette spécificité. »
Pour l´Inra, les choses sont encore plus définitives : soit vignoble et négoce trouvent un terrain d´entente pour améliorer la qualité et développer la commercialisation, soit une partie du vignoble se devra de créer sa propre clientèle tandis que l´autre partie produira du raisin pour une distribution maître d´ouvre de la définition des produits et des quantités, le négoce dans ce cas étant condamné à disparaître. Enfin, autre point de désaccord : faut-il une politique de promotion collective du vin de France ? Pour Cap 2010 et le Sénat, la réponse est oui. Pour le Cniv, à chaque région de valoriser ses spécificités. Reste maintenant à savoir quel avenir sera réservé à ces différentes propositions.

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