Réussir vigne 02 juillet 2004 à 15h30 | Par Steven Le Quellenec

Viticulture - L´élicitation, une alternative à la lutte chimique ?

Seuls certains stimulateurs de défenses naturelles de la vigne, encore appelés éliciteurs, sont, pour l´instant, jugés opérationnels. Car le manque de connaissances persiste sur leur mode d´action, leur efficacité et leur toxicité.

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« Dans la nature, la résistance est de mise et la maladie n´est qu´exceptionnelle, explique Alain Pugin, chercheur à l´Inra/CNRS de Dijon. Les plantes, confrontées à une multitude de pathogènes potentiels ne sont finalement sensibles qu´à certains d´entre eux. » La compréhension de ces mécanismes de résistance ouvrent alors en ce sens de nouvelles perspectives de lutte contre les pathogènes et l´usage important des produits phytosanitaires. La stratégie de l´élicitation des réactions de défense chez la vigne est ainsi basée sur l´utilisation de produits d´origine naturelle qui miment l´attaque par un pathogène et placent ainsi la vigne en état de défense de manière préventive. « La stratégie est valide mais compliquée car l´action des éliciteurs dépend de l´état physiologique de la plante et donc de son environnement direct, continue Alain Pugin. Pour l´instant, nous avons un manque d´expérimentations et des résultats aléatoires. »

Pourtant, des études récentes réalisées par une équipe de l´université de Reims ont montré que des oligogalacturonates extraits de parois végétales et la laminarine extraite d´une algue marine, étaient capables d´induire toute une batterie de réactions de défense chez la vigne et de la protéger contre la pourriture grise et le mildiou dans des conditions de laboratoire. « Des travaux similaires sont en cours pour évaluer l´activité élicitrice des différents chitosaccharides contre les champignons pathogènes, explique Aziz Aziz, membre de l´équipe. Au vignoble, le chitosan s´est révélé très efficace en traitement préventif et curatif contre Botrytis cinerea et Plasmopra viticola. Ce produit est capable de réduire l´intensité et la fréquence de l´attaque du parasite sur les feuilles et les baies et son efficacité est proche de celle obtenue par les fongicides de synthèse. »
©Y. Bugaret

Des éliciteurs jugés efficaces contre le botrytis et le mildiou
La recherche génétique n´est pas en reste. L´université de Colmar s´intéresse ainsi aux différents gènes codant les protéines impliquées dans les mécanismes de résistance. Avec comme perspectives de trouver de nouveaux éliciteurs ou alors d´effectuer des transferts de gènes afin d´améliorer la résistance de la vigne. Options qui peuvent inquiéter mais que Fabienne Baillieul de l´université de Reims minimise : « A priori, il n´y a pas de risque de voir apparaître des pathogènes résistants car au contraire des OGM qui ciblent spécifiquement une attaque et qui peuvent provoquer effectivement une résistance, les défenses naturelles sont multiples. »
Quoi qu´il en soit, les questions fleurissent. Et, outre l´efficacité et la pérennité de l´action des éliciteurs, une des grandes inconnues reste leur toxicité vis-à-vis de la vigne elle-même mais également vis-à-vis du sol et de l´eau, facteurs non évoqués lors de certaines recherches.

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