Réussir vigne 05 juin 2002 à 13h32 | Par Claudine Galbrun

Viticulture champenoise - Halte à l´individualisme et à l´intégration

Les jeunes vignerons champenois, inquiets de l´évolution des mours interprofessionnelles, ont fait appel à Philippe Boujut, président du syndicat de Cognac, afin qu´il leur parle de son expérience en la matière.

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Le vignoble champenois, selon le président des jeunes vignerons, Eric Potié, serait happé par une logique individuelle à court terme faisant insidieusement oublier les enjeux collectifs. Une situation que Cognac a vécu et qui a abouti à une crise profonde et durable mais qui aujourd´hui, tend à se résorber, grâce en partie, à l´union retrouvée de la production.

Une situation qui peut mener à une crise profonde
Pour Eric Potié, l´organisation interprofessionnelle champenoise du marché du raisin, pourtant si enviée, il n´y a encore pas si longtemps, serait remise en cause : non respect du rythme de renouvellement des accords interprofessionnels, multiplication des primes et des surprimes individuelles, développement des prestations de service par le négoce. « Bientôt, c´est le négoce qui fera tout pour nous. A court terme, s´il est tentant de gagner de l´argent à ne rien faire, à long terme, cela s´appelle de l´intégration. » Sans oublier certaines propositions « alléchantes » : la location de parcelle avec droits de plantation contre un engagement total de la récolte. Eric Potié n´y va pas par quatre chemins : « A trop se faire courtiser, les vignerons perdront un jour leur liberté. Et de poursuivre : Que pèseront demain 15 000 petits vignerons engagés individuellement dans des contrats bien ficelés contre quelques grands acheteurs ? Alors que le vignoble de Cognac cherche à rendre aux vignerons leur pouvoir de négociation perdu, il semble que peu à peu, le vignoble champenois glisse dans l´individualisme et l´intégration. Il faut tirer le signal d´alarme ».

Cognac est sur la bonne voie
Philippe Boujut, président du syndicat de Cognac, a retracé brièvement l´histoire de Cognac. Il y a trente ans, un seul syndicat des vignerons était en place. Une scission est intervenue et encore récemment, quatre syndicats coexistaient. Face à eux, on comptait 264 négociants dont quatre faisant 80 % du marché. « La situation était devenue ingérable. » Sur les bases d´un test de représentativité des quatre syndicats, un syndicat unique a pu voir le jour en mars dernier. « Aujourd´hui, nous sommes confrontés à la surproduction. Chaque viticulteur veut vendre du cognac et taille donc en fonction. On ne peut pas continuer comme cela. Les objectifs aujourd´hui sont d´inscrire des parcelles en fonction des débouchés, d´inciter à l´arrachage et à la reconversion en vins de pays charentais. On est sur la bonne voie. L´ensemble du vignoble est derrière ce projet et le négoce a compris la nécessité pour lui d´avoir des vignerons produisant spécifiquement du cognac. »

Des financiers qui veulent d´abord rémunérer leurs actionnaires.
Refusant de se poser en donneur de leçon, Philippe Boujut a néanmoins délivré quelques conseils aux vignerons champenois : « Méfiez-vous de ceux qui prédisent un manque de produits à court ou moyen terme. Tenez compte des souhaits du négoce mais prenez du recul. Une politique de marque forte n´est pas forcément une garantie », estime-t-il encore. « Certains peuvent profiter de la notoriété d´une marque pour lancer des produits différents de ceux qui ont justement contribué à cette notoriété. » Enfin dernier élément à prendre en compte : « Les maisons de négoce ne sont plus familiales et le cognac n´est plus leur préoccupation principale. Ce sont des groupes dirigés par des financiers qui veulent d´abord rémunérer leurs actionnaires. Ces derniers représentent aujourd´hui un troisième partenaire qu´il faut prendre en compte. Et ça, c´est un changement que la viticulture n´a pas vu venir ».

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