Réussir vigne 31 janvier 2003 à 13h44 | Par Claudine Galbrun

Viticulteurs/metteurs en marché - Et si la contractualisation était le nouveau filet de sécurité

La contractualisation pourrait apparaître comme le nouveau filet de sécurité de toute une partie de la production.

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«Nous sommes désormais condamnés à trouver de nouveaux systèmes de fonctionnement dans la filière viticole», estime Jean Huillet, président de la Confédération nationale des producteurs de vins de pays. Un avis partagé par le négoce. « Nous n´avons su jusqu´à présent que conduire une politique au jour le jour, sans vision stratégique. Or, aujourd´hui, l´urgence est de reconquérir des marchés », indique l´Afed (Association française des embouteilleurs-distributeurs). Production et négoce font le même constat : le monde a changé. La compétition internationale n´a jamais été aussi forte. En tous cas, les deux parties estiment qu´il faut, pour lutter avec cette nouvelle concurrence, retrouver de la compétitivité et que cette recherche passe notamment par la construction de partenariats durables. Pour le négoce, cela signifie clairement qu´il faut partir du marché et tenir compte du désir du consommateur.

En finir avec la politique d´écoulement
"Les pays qui nous bousculent aujourd´hui ont fait les efforts nécessaires pour répondre à la demande du marché. Il faut donc en finir avec la politique d´écoulement qui a prévalu en France jusqu´à ce jour." Ainsi, selon le négoce, tout le système français a été bâti avec pour seul objectif de garantir un revenu au producteur à grands renforts de mesures de distillation et de soutiens financiers en cas de crise et non pas pour adapter l´économie vitivinicole aux nouvelles exigences du marché. "Et si aujourd´hui, les producteurs sont en difficulté, c´est parce que le système auquel ils étaient habitués ne fonctionne plus." Une analyse que ne renie pas Jean Huillet. "Autrefois, le revenu du viticulteur était constitué à plus de 30 % d´aides publiques nationales. Si par trop, les cours chutaient, il suffisait de manifester un peu violemment devant une préfecture et les pouvoirs publics lâchaient du lest. Désormais, à 95 %, le revenu du producteur provient du marché et les pouvoirs publics sont assez désarmés pour influer sur ce dernier. Ce producteur n´a donc d´autre choix que de se plier aux tendances lourdes de ce marché et de discuter avec le négociant."

La contractualisation serait ainsi le nouveau filet de sécurité du producteur. "En France, chaque année, entre 2 et 4 millions d´hectolitres ne trouvent pas preneurs sur les marchés, faute d´adéquation avec la demande. Ainsi 50 à 60 000 ha doivent être restructurés et ne l´ont pas été jusqu´à présent, car le producteur avait jusqu´à présent, la garantie de son revenu", estime l´Afed. "En contractualisant, en ayant l´assurance de débouchés, il sera alors en mesure de réaliser les investissements nécessaires et de planter les cépages adéquats." Même si cela ne constituera pas une assurance à 100 %. "Il y aura toujours une part de risque à assumer", souligne l´Afed. Entre autres vertus, la contractualisation pourrait aussi être le moyen d´en finir avec les cours en dents de scie qui sont néfastes pour tout le monde, indique Denis Verdier, président de la CCVF. Sachant que des prix trop bas écrasent le producteur. A l´inverse, s´ils flambent, le risque existe de perdre des parts de marché à l´export. "Une distribution moderne du produit oblige à un raisonnement sur l´organisation du marché."

En tous cas, pour l´Afed, le développement de la contractualisation représente un véritable changement de philosophie. "De l´achat d´un vin fini, le négociant va devoir travailler avec le producteur pour obtenir un produit précis. Cela suppose une politique d´accompagnement sur les pratiques culturales, sur la définition du rendement et ce, en dehors de toute réglementation mais en respectant des règles que se fixent librement les partenaires. On sort des schémas et méthodes traditionnels : au lieu de se tourner vers l´État, on se prend en main." Attention toutefois à ne pas tomber dans l´intégration, indique Jean Huillet. "On a vu ce que cela a donné dans le secteur de l´élevage".


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Pour en savoir plus : voir Dossier de Réussir Vigne du mois de Décembre (nº82). 35 pages d´articles illustrés, de témoignages et de données chiffrées sont consacrées à ce sujet du partenariat entre l´amont et l´aval de la filière viticole.
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