Réussir vigne 07 mars 2007 à 17h17 | Par Claudine Galbrun

Vins naturels - Un marché de niche tendance et bien organisé

Dans cette période de crise, les vins naturels tirent leur épingle du jeu. Deux raisons à cette bonne santé : un effet de mode et un réseau commercial bien organisé.

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" Les vins naturels échappent à la crise. La demande est pour l´instant toujours supérieure à l´offre ", indique Thierry Puzelat, secrétaire de l´AVN (Association des vins naturels). Bien que ces vins ne représentent qu´une " goutte dans une mer de vin ", ils bénéficient de nombreux articles de presse dans des guides réputés. De quoi les mettre à la mode. " A Paris, ces vins rencontrent un vrai succès. Des cavistes et des bars à vins ne proposant que ces vins se sont montés. " Leur clientèle est plutôt jeune, urbaine et aisée et souvent le bouche à oreilles fait le reste. Mais les bons résultats engrangés par les producteurs de vins naturels sont surtout le fait d´un réseau commercial bien ficelé, notamment à l´export. " Des importateurs se sont intéressés à nos vins il y a quelques années et se sont depuis spécialisés car le transport de ces vins sous température contrôlée exige beaucoup de rigueur et de professionnalisme. Certains ont voulu tenter l´aventure mais s´y sont cassé le nez. Aujourd´hui, la plupart des vignerons travaillent avec les mêmes importateurs ", explique Thierry Puzelat.
Le Japon est un des premiers marchés d´exportation pour les vins naturels. " Les Japonais ont une éducation gastronomique très poussée et sont à la recherche de la pureté des aliments. Ce qui les rend très sensibles à nos vins. Les grands sommeliers japonais les apprécient particulièrement et exigent d´ailleurs au minimum des vins biologiques. En plus au-delà des qualités gustatives, les vins naturels sont considérés comme bons pour le corps notamment grâce à leur bonne digestibilité. La demande pour ces vins est ainsi en croissance au Japon, en dépit d´un taux de change défavorable ", indique François Dumas, de la société Le vin nature qui importe des vins naturels au Japon, vendus entre 10 et 20 ?. " Les vins naturels sont effectivement très connus au Japon. Lors de séances de dégustation, je me suis rendu compte que les consommateurs présents non seulement connaissaient bien mes vins, mais aussi les différentes cuvées, les cépages et même la nature des sols sur lesquels pousse la vigne ", explique Thierry Puzelat.
" Ce sont les vins standard qui souffrent le plus aujourd´hui "
Les États-Unis sont aussi un marché en progression. L´Italie et le Danemark sont en train de découvrir ces vins. Par contre le Royaume-Uni et l´Allemagne ne s´y intéressent pas, préférant les vins biologiques. Les vins naturels se font également connaître par la voie des salons qui se tiennent un peu partout en France (voir encadré) et même en Italie. Une des autres raisons qui permettent aux vins naturels de tirer leur épingle du jeu dans un contexte plus général de crise, tient à leur forte personnalité, expliquent leurs défenseurs. " Ce sont les vins standard qui souffrent le plus aujourd´hui car la crise n´est pas liée à un problème de volume mais de concurrence entre produits ayant des caractéristiques semblables ", estime Thierry Puzelat. " Au cours de mes voyages, j´ai pu constater que les sauvignons néo-zélandais utilisaient les mêmes levures que les sauvignons de Touraine. Seule la qualité de l´élevage ou le millésime les différencie mais au niveau aromatique, ils se ressemblent. Résultat : un bon sauvignon industriel du Chili concurrence directement le sauvignon de Touraine sauf que ce dernier est plus cher. "
Si globalement, les vins naturels se portent bien, Thierry Puzelat conseille toutefois de faire autre chose que des vins naturels pour s´enrichir. " On peut vivre de cette production et pérenniser une entreprise mais il faut être conscient des contraintes financières et professionnelles que cela représente. Il y faut la passion pour s´y retrouver. " Il y a d´abord la question des rendements pour obtenir des raisins mûrs. " Nous ne dépassons pas 35 à 40 hl/ha dans une AOC (cheverny rouge) qui en autorise 55. Et en plus, on trie. Nos coûts de production oscillent entre 3 et 4 euros par litre tandis qu´en viticulture conventionnelle, on descend à 0,7 ou 0,8 ? par litre. Nous ne pouvons pas dans ces conditions vendre au prix du marché. Aussi sommes-nous très chers : entre 5 et 10 ? par bouteille. "

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