Réussir vigne 06 février 2019 à 08h00 | Par Xavier Delbecque

Une taille toute en douceur

Marceau Bourdarias a développé une façon de tailler la vigne qui minimise les impacts négatifs. Il s’appuie sur une meilleure compréhension du fonctionnement global des végétaux. Voici les nouveaux principes de taille qu’il met en œuvre.

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Pour Marceau Bourdarias, il faut replacer la taille comme action prépondérante.
Pour Marceau Bourdarias, il faut replacer la taille comme action prépondérante. - © X. Delbecque

L’architecture des plantes, la physiologie végétale ou encore la dynamique de l’eau sont autant de disciplines scientifiques dont s’est inspiré Marceau Bourdarias pour développer une façon de tailler la vigne qui soit la plus respectueuse possible de la plante. Une méthode qui passe par le respect des flux de sève, mais pas seulement. Il est aussi question d’équilibre de la plante et de la capitalisation de ses réserves. Une formation avec Marceau Bourdarias permet d’acquérir les notions essentielles de la physiologie du végétal pour comprendre les impacts d’un coup de sécateur et appréhender les fonctionnements passé et futur de la plante. Elle se déroule sur deux jours complets. « Tailler n’est pas un acte isolé. Il faut replacer cet acte comme action prépondérante », considère le formateur, qui déborde souvent sur des questions d’ébourgeonnage, d’agronomie ou itinéraire technique. Avec à la clé, selon lui, une augmentation de la résilience et une diminution du dépérissement, notamment causé par les maladies du bois. « Car en théorie, une plante qui a des flux de sève continus et fonctionnels ne meurt pas », assure-t-il.

Lorsqu'on laisse un courson de rappel, il faut également anticiper le flux de sève sur la baguette de l'an prochain. Ainsi parfois il vaut mieux laisser le courson après la baguette.
Lorsqu'on laisse un courson de rappel, il faut également anticiper le flux de sève sur la baguette de l'an prochain. Ainsi parfois il vaut mieux laisser le courson après la baguette. - © X. Delbecque

Laisser un maximum de vaisseaux fonctionnels

En pratique, cela se traduit principalement par une consigne claire : pas de réduction en longueur car la plante a besoin de s’allonger, ne serait-ce qu’un peu. Par conséquent, cela implique de garder le courson ou la baguette lorsqu’ils sont sur du bois d’un an. Pour lui, l’allongement doit être à minima égal au diamètre du nouveau bois. Et cela pour deux raisons. D’une part parce que ce dernier bois, celui qui porte les bourgeons, est alimenté par les vaisseaux périphériques. « Et laisser un départ sur du vieux bois revient à faire bifurquer la sève d’une autoroute à une route nationale », illustre Marceau Bourdarias. D’autre part, les vaisseaux existants stockent l’énergie dans les rayons médullaires. Une énergie qui sera importante pour redémarrer au printemps. Une réduction trop importante en longueur entraînerait donc une perte de capacité de réserves. Le formateur préconise d’autres gestes comme celui de toujours couper un sarment à éliminer au-dessus de la couronne pour ne pas abîmer les vaisseaux de la base et garder un stock de bourgeons potentiels. Il conseille aussi de couper les coursons au niveau du nœud succédant le dernier œil franc, le diaphragme assurant une barrière naturelle.

Autre astuce, si les plaies de taille sont groupées à un endroit, il est opportun de continuer à les regrouper à ce même endroit. « Mais il est impossible de conseiller des actions systématiques, dans ce domaine on ne peut pas être dogmatique », avertit le formateur. Plus qu’un mode de taille, il s’agit d’une approche nouvelle, une méthode de réflexion. Sur des vignes conduites en guyot, cela s’apparente peu ou prou à une taille Poussard. À la grande différence que Marceau Bourdarias ne s’interdit pas de laisser le courson de rappel après la baguette (voir photo). Mais le gros avantage de cette méthode est de s’adapter à tous les modes de conduites. Notamment le cordon, pour lequel il n’existe pas vraiment de mode de taille qui prenne en compte les flux de sève. Or, sur un cordon ayant des coursons à deux yeux, le fait de choisir continuellement le sarment du bas entraîne dans le temps une diminution du flux. C’est pourtant ce qui est majoritairement pratiqué.

Prendre en compte l’allongement du bois nécessite de s’adapter

Le principal inconvénient de cette pratique en revanche est un problème de place, dû à l’allongement. Il faut donc repenser légèrement l’utilisation de l’espace, et ranger la végétation différemment. Sur un guyot par exemple, il s’agit de changer le sens de la baguette lorsque c’est nécessaire. "Une solution pour ne pas créer de chandelles sur un cordon consiste à tailler à un œil franc, poursuit Marceau Bourdarias. Cela fait peur aux viticulteurs concernant le rendement, mais une vigne produit si elle a assez d’énergie. On peut faire confiance au bourillon pour faire du fruit si la plante en est capable ! " Il est possible par ailleurs d’augmenter le nombre de coursons pour équilibrer le nombre total d’yeux et ne pas risquer la chute de rendement. Une autre solution pour le formateur est de laisser monter la vigne au fil des années, et d’adapter le palissage lorsque cela devient nécessaire. " Qui a dit que c’était la plante qui devait s’adapter au palissage et pas l’inverse ? ", s’interroge-t-il, ouvrant ainsi la voie vers de nouveaux itinéraires.

En coupant le sarment de droite, qui est plus haut, on crée un dommage en profondeur dans les vaisseaux qui alimentent en partie le courson de gauche. Mieux vaut donc ne pas couper une nouvelle fois le bois d'un an toujours fonctionnel.
En coupant le sarment de droite, qui est plus haut, on crée un dommage en profondeur dans les vaisseaux qui alimentent en partie le courson de gauche. Mieux vaut donc ne pas couper une nouvelle fois le bois d'un an toujours fonctionnel. - © X. Delbecque
- © X. Delbecque

S'appuyer sur des concepts transversaux

Marceau Bourdarias a commencé son parcours par des études de paysagisme. Passionné par les arbres, il s’est ensuite formé au fonctionnement des plantes ligneuses avec l’Atelier de l’arbre. Souhaitant aller plus loin dans la compréhension de l’écosystème arboricole, il a poursuivi en stage avec des chercheurs de l’Inra sur la thématique des champignons lignivores, puis a étudié l’architecture des plantes à l’université de Montpellier et la dynamique de l’eau dans le végétal à celle de Clermont-Ferrand. Enfin, il a réalisé diverses formations en agronomie aux côtés d’Yves Hérody, Claude et Lydia Bourguignon, ou encore Konrad Schreiber.

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