Réussir vigne 16 novembre 2018 à 08h00 | Par Justine Gravé

Trois vignerons analysent leurs résidus de pesticides

De la recherche précise au plan de surveillance global, les laboratoires ont su s’adapter en développant des techniques de pointe à prix accessibles. Voici ce qu’en disent leurs utilisateurs.

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Magali Grimbaum, responsable des analyses de résidus à l’IFV : " Les courbes des molécules que l’on arrivait déjà à tracer sont en chute libre et presque systématiquement inférieures à 1 % des LMR autorisées".
Magali Grimbaum, responsable des analyses de résidus à l’IFV : " Les courbes des molécules que l’on arrivait déjà à tracer sont en chute libre et presque systématiquement inférieures à 1 % des LMR autorisées". - © IFV

Tracer une molécule dans le vin est possible depuis des décennies. Mais depuis une dizaine d’années, on peut rechercher non pas une, mais des dizaines voire des centaines de matières actives en une seule analyse. « Les nouveaux matériels de laboratoire ont permis de démocratiser les analyses multirésidus en les rendant abordables », explique Magali Grimbaum, responsable des analyses de résidus à l’IFV. Selon la chercheuse, de nombreux cas de figure existent pour expliquer le succès de ces analyses. Il y a d’un côté, les producteurs travaillant avec la grande distribution, qui sont souvent obligés de fournir un bulletin d’analyse de molécules avant retiraison des lots. Et d’un autre côté, ceux en projet de conversion bio, qui souhaitent avoir un point de départ pour bien mesurer l’impact du changement de pratiques.

Il y a aussi les vignerons qui l’utilisent pour piloter leur programme phytosanitaire ou pour booster leur image auprès de leurs clients, comme preuve des efforts engagés pour répondre à la demande du « moins c’est mieux ». Car c’est effectivement ce qui se passe. « Depuis le début des années 2000, on trouve davantage de molécules car les technologies sont plus performantes, poursuit Magali Grimbaum. En revanche, les courbes de celles que l’on arrivait déjà à tracer sont en chute libre. Elles sont quasiment systématiquement inférieures à 1 % des LMR (Limites maximales de résidus) autorisées. »

Une offre sous forme de packs basée sur la technique d’analyse

Difficile lorsque l’on est vigneron de choisir entre les différents packs de molécules proposés par les laboratoires. « Ils sont scindés en fonction de la technique d’analyse utilisée : chromatographie en phase liquide, en phase gazeuse ou spectrométrie de masse », commente la chercheuse. Certaines matières actives nécessitent cependant une méthode de recherche propre. Pour savoir vers quel pack s’orienter, il faut donc définir si l’on cherche une ou plusieurs molécules en particulier ou s’il s’agit d’un plan de surveillance global. Dans le premier cas, les packs de quelques dizaines de molécules peuvent convenir sans générer un budget colossal. Dans le deuxième cas, les packs complets regroupant l’ensemble des techniques d’analyses sont à privilégier. La principale catégorie de molécules tracées dans les vins est celle des antifongiques ; les insecticides et herbicides sont quant à eux quasiment inexistants. « La vinification contribue à éliminer les résidus de pesticides, qui se fixent sur les parties solides. Il faut cependant être très vigilant sur les délais avant récolte, afin de ne pas flirter avec des LMR au-delà de ses objectifs », pointe Magali Grimbaum.

Christophe Jacquel, vigneron au Clos de Vènes, dans l'Aude
Christophe Jacquel, vigneron au Clos de Vènes, dans l'Aude - © Clos des Vènes

« De la transparence pour crédibiliser une démarche environnementale »

Christophe Jacquel est vigneron au Clos de Vènes dans l’Aude.

« En 2013, « De la transparence pour crédibiliser une démarche environnementale » nous sommes sortis des labels bio-biodynamie, devenus trop marketing à mon sens. Pour autant, je continuais à expliquer que je conduisais mon vignoble en biodynamie. Mais sans certification, cela m’a été reproché de façon assez violente par un confrère. Je me suis dit qu’il n’était sûrement pas le seul à penser cela, et j’ai réfléchi à une solution. J’ai alors cherché un laboratoire qui pouvait effectuer des analyses précises de mes vins. Des collègues m’avaient parlé du laboratoire Dubernet, l’un des seuls aux alentours à proposer ce genre de prestation. Le phytobilan se décline en trois formules : recherche et quantification de 90, 97 ou 134 molécules entrant dans la composition des produits phytosanitaires. Nous avons choisi la formule 97 molécules, car elle englobe la plupart des résidus que l’on pourrait trouver dans nos vins, vu les produits que nous utilisons. En 2016, nous avons réalisé ces analyses pour la première fois sur l’ensemble de nos cuvées. Seule une molécule a été détectée à l’état de trace. Nous comptons réitérer ces analyses tous les deux ans. Cela nous coûte environ 120 €/analyse que l’on ne répercute pas sur le prix des bouteilles, car pour le moment les consommateurs ne sont pas vraiment sensibles à ce genre d’informations. Mais finalement cette transparence est pour nous une vraie valeur ajoutée car elle permet de fidéliser et de crédibiliser une démarche environnementale. »

Jean-Jacques Dubourdieu, gérant des domaines Denis Dubourdieu, en Gironde.
Jean-Jacques Dubourdieu, gérant des domaines Denis Dubourdieu, en Gironde. - © Denis Dubourdieu domaines

« Une aide pour passer en HVE niveau 3 "

Jean-Jacques Dubourdieu est gérant des domaines Denis Dubourdieu en Gironde.

« En 2010, nous avons fait le choix d’arrêter totalement les antibotrytis, principales molécules retrouvées dans les vins. Deux ans après, nous avons réalisé nos premières analyses de résidus pour voir ce qu’il en était. Cette démarche a amené une réflexion de fond. Les résultats nous ont notamment poussés à arrêter les insecticides. Aujourd’hui, nous avons plusieurs acheteurs qui ont une liste de 60 à 80 molécules avec des seuils qui sont réévalués tous les ans à la baisse. Donc à long terme, c’est une précaution que j’estime nécessaire. Cela nous a d’ailleurs aidé à obtenir le niveau 3 de la certification HVE (Haute valeur environnementale) en 2015. Nous nous sommes à l’époque tournés vers le laboratoire Excell avec qui nous travaillions et qui proposait un ensemble de formules allant du pack 20 molécules au pack 141 molécules. Nous avons opté pour la formule la plus complète, soit 141 molécules. Depuis 2012, la courbe d’analyse de nos résidus a énormément baissé, et lorsque nous sommes tombés en dessous des seuils, nous avons pu bénéficier du logo Excell phytocheck que l’on peut apposer sur la contre-étiquette. Dans le cas où la question se pose, on peut témoigner des efforts engagés. Et cela me plaît d’être transparent. L’ensemble de nos cuvées est sondé tous les ans, soit une quinzaine d’analyses, pour un budget d’environ 3 500 €. Le changement de pratiques a aussi provoqué une perte de rendement de près de 15 %. »

Lucie Lauilhe, directrice technique du château Patache d’Aux, en Gironde.
Lucie Lauilhe, directrice technique du château Patache d’Aux, en Gironde. - © Moueix

« Un outil de gestion pour ajuster le programme phytosanitaire "

Lucie Lauilhe est  directrice technique du château Patache d’Aux en Gironde.

« Pour le moment, nous ne sommes pas capables techniquement de passer en agriculture biologique. En revanche, il est très important pour nous de fixer un cadre et des objectifs. L’analyse de résidus de produits phytosanitaires, que l’on réalise depuis trois ans, est un outil de gestion en viticulture qui nous sert à ajuster le programme phytosanitaire pour la campagne suivante. Nous regardons ce qu’il y a dans nos vins, ce que nous avons mis comme produits, à quel moment, et nous ajustons. Grâce aux analyses, nous avons rapidement pris la décision de ne plus utiliser de produits CMR (cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction) et nous tendons un peu plus vers le zéro résidu. Cette année, j’ai décidé de ne plus employer d’antibrotytis, car malgré une utilisation raisonnée, on en retrouve presque systématiquement à l’état de trace. C’est avant tout une stratégie interne car nous sommes dans les vignes, et donc les premiers exposés. J’explique à nos clients la démarche sans trop rentrer dans le détail car il n’y a pas d’objectif commercial derrière tout cela. Nous avons choisi le laboratoire Sarco pour réaliser nos analyses pour deux raisons. D’une part, car nous avons confiance dans ses méthodes et ses outils, et d’autre part pour une question de praticité : il est sur notre route. Nous avons opté pour le pack de 250 molécules, que l’on paye 260 €, et que nous réalisons sur une seule cuvée, toutes nos vignes étant traitées de la même manière. »

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