Réussir vigne 15 mai 2007 à 11h55 | Par Marion Ivaldi

Traitements phytosanitaires - Adapter les doses à la surface foliaire

De plus en plus de vignerons s´intéressent à l´adaptation des doses d´anti-mildiou et d´anti-oïdium en fonction de la surface foliaire. Le programme Optidose de l´ITV donne des résultats.

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Deux traitements en moins par an. C´est ce que réalise Pascal Philip sur le vignoble du Château Clarke à Listrac. Cela depuis 1999. " Grâce à l´adaptation de la quantité de produit à la surface foliaire et pour les même résultats qu´à dose standard, nous obtenons une meilleure gestion du poste des intrants et, surtout, nous diminuons les pertes de produit dans l´environnement ", explique Pascal Philip. En pratique, les deux mains supérieures de la rampe de pulvérisation face par face sont fermées lors de deux traitements en début de végétation, tout en conservant la même concentration de bouillie (c´est-à-dire la dose homologuée). " Ainsi on applique la moitié du produit par traitement, ce qui fait gagner au total un traitement. Et l´on cible uniquement la partie de la vigne en végétation ", explique Pascal Philip. En pleine végétation, juste avant la véraison, les deux traitements se font uniquement avec les deux mains supérieures.
" L´objectif est d´éviter de déposer du cuivre sur les baies ", explique Pascal Philip. Des études de l´Institut d´oenologie de Bordeaux ont en effet démontré que le cuivre pouvait nuire à la fabrication de précurseurs d´arômes du sauvignon blanc. Si rien n´a été démontré concernant l´effet du cuivre sur les arômes des vins rouges, le même raisonnement d´application est fait selon le vieil adage : " il vaut mieux prévenir que guérir ". " Par ailleurs, à la véraison, seules les feuilles sont sensibles au mildiou et à l´oïdium, pas les baies ", poursuit Pascal Philip.
De son côté Philippe Andreotti, viticulteur à Saint-Vallerin en Saône-et-Loire que Réussir Vigne avait déjà rencontré en 2004, continue d´appliquer la formule " magique " suisse qui permet de calculer la dose à appliquer en fonction du volume de végétation. " J´ai de très bon résultat en terme de protection du vignoble et j´applique moins de produit ", explique-t-il. En début de végétation, il applique 20 % de la dose de matière active pour augmenter jusqu´à 100 % en fin de végétation.

Premières expérimentations en France
De son côté, l´ITV France a mis en place un programme de recherche, Optidose. Des résultats ont été présentés par Marion Claverie pour la région Rhône-Méditerranée lors des 11e Rencontres Rhodaniennes le 27 mars près de Valence. " Nous avons plus particulièrement étudié les quantités de bouillie reçues par la vigne selon le niveau de surface foliaire ", indique-t-elle. Le dépôt de bouillie par cm2 de feuilles dans la zone des grappes diminue au fur et à mesure que l´on avance dans le cycle de végétation : entre floraison et véraison, il peut chuter de moitié voire du tiers dans cette zone la moins bien couverte du cep. Ce dépôt dépend également de la vigueur de végétation : plus la vigueur est importante, moins la quantité de produit dans le coeur de souche est importante. " Il reste maintenant à voir si l´on peut en déduire un raisonnement d´adaptation des doses, un travail que nous lancerons l´an prochain ", indique Marion Claverie. Ce travail de recherche est déjà mené à l´ITV de Bordeaux depuis 2001. Il a permis de créer un tableau de détermination des doses en fonction de la surface foliaire, mais aussi de la pression parasitaire et de la période de sensibilité de la plante à la maladie.
La mise en oeuvre de ce tableau donne des résultats satisfaisants sur mildiou, avec toutefois quelques décrochages sur oïdium.
L´adaptation de la dose à la surface foliaire est une idée qui vient de Suisse. " Avec cette méthode, nous sommes parvenus à diminuer jusqu´à 30 % la dose de produit par rapport à la dose homologuée pour des efficacités comparables ", a expliqué Bernard Bloesch, de l´Agroscope de Changins.
Les chercheurs de l´Agroscope sont partis d´un constat de départ très simple : les viticulteurs appliquent la dose homologuée à tous les stades végétatifs en tenant compte de la phénologie de la vigne mais pas de sa surface foliaire. Or, en début de végétation, la surface foliaire est faible. Une surface moindre qu´en pleine végétation réceptionne donc le produit. " Ce constat a conduit à créer un modèle de dosage adapté à la végétation. Par ailleurs, de nombreux pays n´avaient pas de système de dosage précis et il n´y avait aucun standard en la matière. Nous souhaitions également créer un modèle pour faciliter la comparaison entre produit lors de leur homologation ", poursuit Bernard Bloesch.
Ne serait-il pas possible d´adapter la dose à la surface de végétation ? ©B. Compagnon

Le volume foliaire comme élément de calcul
La surface foliaire est une variable qui dépend non seulement du stade de végétation mais également de la densité de plantation et du système de taille. " Nous avons cherché à trouver un indice facilement exploitable par le vigneron qui exprime précisément la surface foliaire ", ajoute Bernard Bloesch. La surface de végétation est en effet incalculable au vignoble. Les chercheurs suisses ont prouvé que le volume foliaire, calculé à partir de la hauteur du feuillage, son épaisseur maximale et la distance inter-rang, relate assez bien la surface foliaire (bonne corrélation). Il est alors aisé de d´estimer la surface foliaire d´un vignoble.
Les chercheurs suisses ont ensuite testé leur hypothèse au champ et sont parvenus à diminuer les doses. Un essai en 2006 sur chasselas avec huit traitements anti-mildiou de 150 à 400 l/ha ont permis de diminuer les doses utilisées de 26,8 kg/ha (dose standard) à 21,46 kg/ha, soit une baisse de 19,7 %. " L´efficacité des traitements standard et adaptés ont donné des résultats identiques, quand le témoin était infesté à 100 % avec une intensité de 40 % ", précise Bernard Bloesch. Des résultats comparables ont été obtenus sur gamay avec une réduction des doses de 15 %. " Et nous avons pu remarquer que les économies de produit se réalisent surtout en début de saison ", poursuit Bernard Bloesch. L´objectif est de maintenir une quantité de matière active par cm2 de feuillage constante tout au long de la saison en adaptant pour cela la concentration de bouillie au volume reçu par la plante. La concentration de bouillie du " dosage adapté " est généralement plus faible que pour le " dosage standard ".
Un modèle de calcul en ligne
Pour calculer une réduction de dose en fonction de la surface foliaire, il suffit de se rendre sur le site de l´Agroscope de Changins. Le modèle de calcul est en ligne, il ne reste plus qu´à entrer les données. Il est conseillé de faire une dizaine de relevés sur la parcelle pour plus de précision. www.racchangins.ch

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