Réussir vigne 20 août 2003 à 16h53 | Par Julien Huchette

Traitements cupriques sur vigne - Des doses de cuivre toujours plus faibles

Les produits à base de cuivre ont connu de très grands progrès. Grâce à de meilleures formulations et, bien qu´ils conservent la même efficacité, les produits sont homologués à des doses de plus en plus réduites.

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Le cuivre peut se présenter sous différentes formes chimiques : hydroxyde de cuivre, oxychlorure de cuivre, oxyde cuivreux, sulfate de cuivre (aussi appelée bouillie bordelaise), etc. Jusqu´à aujourd´hui, l´hydroxyde de cuivre était considéré comme la forme la plus efficace (à une même dose de cuivre métal par hectare) pour lutter contre le mildiou. La récente homologation à 1500 g/ha de cuivre métal de la bouillie bordelaise RSR Disperss de Cerexagri vient bouleverser cet état de fait. « Les produits à base d´hydroxyde de cuivre, très en pointe, ont ouvert la voie à la réduction des doses », souligne Yvon Bugaret, consultant à Phyto-Vigne. Un produit cuprique pour s´avérer efficace et non phytotoxique doit être capable de relarguer progressivement le cuivre. Comme l´indique Bernard Molot de l´ITV de Nîmes, « le bon compromis est d´obtenir un cuivre à la fois résistant au lessivage et facilement mis en solution pour être actif ». C´est le cas de l´hydroxyde de cuivre et maintenant de certaines bouillies bordelaises.

« Aujourd´hui rapporte Yvon Bugaret, nous avons des doses très intéressantes de produits avec de très bonnes formulations. Aux doses homologuées, il est difficile de différencier les hydroxydes de cuivre et les bouilles bordelaises. »
Une autre forme de cuivre, « un peu oubliée » est l´oxyde cuivreux. « C´est un produit intéressant qui a l´avantage d´être concentré en matière active (50 % de cuivre métal). Son inconvénient est de marquer le feuillage d´une couleur rouge. » De façon générale, souligne Yvon Bugaret « les nouveaux produits ont connu des progrès considérables. Ils sont plus performants avec des doses de matière active de plus en plus réduites. On peut même considérer que les progrès avec les produits cupriques sont plus importants que les nouvelles molécules ». Grâce à ces évolutions, le cuivre retrouve un regain d´intérêt qu´il n´a d´ailleurs jamais véritablement perdu. Dans le cadre de la réévaluation des matières actives il pourrait pourtant disparaître ce qui aurait de très graves conséquences pour la viticulture en générale et la viticulture biologique en particulier. Car, prévient Yvon Bugaret, « ce n´est pas avec le purin d´ortie que l´on protégera la vigne ».

La disparition du cuivre aurait également d´importantes répercussions sur certaines régions viticoles comme les Charentes, le Roussillon et le Diois où la nécrose bactérienne est particulièrement présente. Car l´application de produits cupriques s´avère en effet un moyen curatif efficace pour lutter contre cette maladie.
©D. R.


Pas de résistance avec le cuivre
Une étude(1) a en effet montré l´intérêt d´une association entre le cuivre et les dithicarbamates (essai avec Cuprofix M)(2) qui, appliquée successivement entre les stades 4 à 6 feuilles et fin nouaison, apporte « une efficacité remarquable et permet de restaurer rapidement un vignoble atteint par la nécrose bactérienne ». Une stratégie de lutte qui reste à envisager en complémentarité des moyens prophylactiques et chimiques déjà préconisés. D´après certaines recherches scientifiques(3), le cuivre serait même susceptible d´avoir des effets éliciteurs. Il a en effet été montré qu´appliqué tardivement (21 jours avant la récolte), le cuivre d´une part entraînait une modification de la pellicule des baies la rendant plus « dure » et donc plus résistante à une attaque du champignon Botrytis cinerea et d´autre part favorisait la synthèse de certains composés (resvératrol, péroxydases, phénols totaux, anthocyanes) connus pour être des marqueurs de réaction de défense de la vigne.

En plus de tous ces avantages, le cuivre bénéficie d´un autre argument en sa faveur : « c´est un fongicide qui n´est pas concerné par les problèmes de résistance », rappelle Olivier Agulhon de Viti R et D. Le cuivre, matière active essentielle pour la viticulture, a donc des intérêts considérables et divers mais son avenir reste incertain. Son importance devrait cependant le voir se maintenir, peut être sous certaines conditions, et à des doses encore plus faibles que celles actuellement employées...




©D. R.

1) L´étude a été menée de 1996 à 2001 par Yvon Bugaret de Phyto-Vigne, Bernard Tombu de Nufarm SA et Claude Vergnet de Cerexagri.
2) Le Cuprofix M est un produit commercial à base de cuivre + manèbe. Initialement homologué sur le mildiou, il vient récemment d´obtenir une extension d´homologation sur la nécrose bactérienne.
3) Étude réalisée conjointement par la Faculté des Sciences d´Avignon et Viti Recherche et Développement à Villetelle.

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