Réussir vigne 21 novembre 2018 à 08h00 | Par Clara de Nadaillac

Testez vos connaissances sur les végétaux

Le dernier ouvrage du chercheur en neurobiologie végétale, Stefano Mancuso, vient d’être traduit en français. L’occasion de faire le point sur notre connaissance des végétaux.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Stefano Mancuso est le chercheur italien fondateur de la neurobiologie végétale. Il enseigne à l’université de Florence et dirige le laboratoire international de neurobiologie végétale.
Stefano Mancuso est le chercheur italien fondateur de la neurobiologie végétale. Il enseigne à l’université de Florence et dirige le laboratoire international de neurobiologie végétale. - © M. Sestini

Les végétaux sont moins évolués que les animaux

Faux. Selon le chercheur italien Stefano Mancuso, ils seraient même les êtres vivants les plus évolués de la planète. Leurs cellules sont plus complexes et évoluées que celles des animaux et des humains. Elles possèdent un organite de plus : le chloroplaste, qui assure la photosynthèse, ainsi qu’une paroi qui les entoure en totalité et les rend beaucoup plus robustes. Et le scientifique de comparer deux organismes unicellulaires : une paramécie, considérée comme un animal, et une euglène, assimilée aux végétaux. Toutes deux sont capables d’identifier leur nourriture et de se déplacer pour l’atteindre, la première grâce à ses cils, et la seconde grâce à des flagelles. Le corps de chacune d’entre elles est traversé de signaux électriques transmettant l’information de part en part de la cellule. La description s’arrête là pour la paramécie. En revanche, l’euglène possède une forme rudimentaire de vue, qui lui permet d’intercepter les fréquences lumineuses. Une chose dont la paramécie est totalement incapable, et qui place l’euglène à un échelon supérieur de complexité.

Les plantes ne disposent pas de sens

Faux. Non seulement elles sont dotées de nos cinq sens, mais en plus, elles en possèdent une quinzaine d’autres !

- La vue

Elles ont tout d’abord la faculté de voir, grâce à des molécules chimiques situées aussi bien sur les feuilles, que sur les apex, les vrilles ou même les racines, et qui leur servent de photorécepteurs. Elles sont ainsi à même d’évaluer la quantité d’ondes lumineuses. Mais pas seulement. « Elles sont capables de recevoir et de transmettre des informations sur la direction et la qualité des rayons lumineux, qu’elles savent distinguer de l’ombre, et dont elles peuvent en outre calculer la longueur d’onde », souligne le chercheur. Ces informations leur permettent de se diriger vers la source émettrice, à l’instar des tournesols, qui suivent le mouvement du soleil.

- L’odorat

Parallèlement à cela, les végétaux disposent de « récepteurs de substances volatiles » et emploient les odeurs pour communiquer avec leurs congénères ou même avec les animaux. Certaines plantes angiospermes sécrètent par exemple des fragrances spécifiques pour attirer les insectes pollinisateurs ; d’autres libèrent des molécules (comme le jasmonate de méthyle) en situation de stress, afin d’avertir leurs voisines.

- Le goût

De même, s’ils ne disposent pas d’organe dédié au goût à proprement parler, les végétaux ne sont pour autant pas dépourvus de facultés gustatives. Leurs racines ont ainsi « la capacité à reconnaître des quantités infinitésimales de sels minéraux dissimulés dans plusieurs mètres cubes de terre », enseigne Stefano Mancuso. Par ailleurs, certaines plantes carnivores comme la dionée, se rouvrent si elles se sont refermées sur une proie ou un objet qu’elles jugent peu savoureuse ou indigeste. Preuve s’il en est que les plantes ont un goût.

La Calathea lancifolia ouvre et abaisse son feuillage de jour, pour le remonter de nuit.
La Calathea lancifolia ouvre et abaisse son feuillage de jour, pour le remonter de nuit. - © C. de Nadaillac

- Le toucher

Mais qu’en est-il du toucher ? Pour répondre à cette question, il suffit d’observer certaines variétés, à commencer par le Mimosa pudica. Dès lors qu’un corps étranger entre en contact avec ses feuilles, elles se replient. En revanche, le comportement se modifie si le corps en question est une goutte d’eau ou un courant d’air. Les feuilles restent alors dépliées. « Les plantes sont donc douées d’une capacité tactile passive », déduit le chercheur. Et les vrilles des lianes, telles que la vigne, adoptent la même attitude. « Lorsqu’elles touchent un objet, elles se recroquevillent en quelques secondes de manière à l’envelopper », observe le neurobiologiste.

- L’ouïe

Petit dernier, mais non des moindres : l’ouïe. À l’instar des serpents, des taupes ou encore des vers de terre, les végétaux perçoivent les sons par le biais de canaux mécano-sensibles. Les fréquences sonores basses (entre 100 et 500 hertz) favorisent la germination et la croissance des plantes, tandis que les élevées l’inhibent. Une expérimentation menée par le laboratoire international de neurobiologie végétale (LINV) et la société Bose, a ainsi mis en exergue que des vignes « soumises à une cure végétale ont mieux poussé que les autres, et ont de surcroît mûri plus vite et produit un raisin plus riche en goût, en couleur et en polyphénols », rapporte Stefano Mancuso. Un traitement qui a également perturbé et éloigné les insectes, ce qui a permis de réduire l’usage des insecticides. Des études récentes ont même établi que l’exposition aux sons modifie l’expression génétique des plantes.

- Et aussi…

Outre ces étonnantes capacités, les plantes savent évaluer le taux d’humidité d’un sol, jauger les champs électromagnétiques et la pesanteur, ou encore mesurer « un nombre très élevé de gradients chimiques contenus dans l’air ou dans le sol », poursuit Stefano Mancuso. Autant de sens qui leur permettent de se développer vers les zones qui leur sont les plus favorables.

L’intelligence des plantes, de Stefano Mancuso et Alessandra Viola. Éditions Albin Michel, 242 pages, 18 €.
L’intelligence des plantes, de Stefano Mancuso et Alessandra Viola. Éditions Albin Michel, 242 pages, 18 €. - © Éditions Albin Michel

Les plantes dorment

Vrai. Tout observateur du règne végétal l’a sûrement déjà observé. Le comportement de nombreuses plantes évolue au cours de la journée. Ainsi, une Calathea lancifolia ouvrira et abaissera son feuillage de jour, pour le remonter de nuit. De même, le Lotus corniculatus modifie la position de ses fleurs et de son feuillage selon qu’il fait jour ou nuit. Un changement qui avait en son temps amené le chercheur Carl Nilsson Linnaeus, dit Linné, à établir que les plantes dormaient. De nuit, « toutes les feuilles montrent en effet une tendance à retrouver la position qu’elles avaient dans le bourgeon, complète Stefano Mancuso. L’une s’arrondit pour dessiner un creux, une autre se replie comme un éventail, une autre encore se referme en deux le long de sa nervure centrale ». Et ce n’est pas tout ! Non contentes de dormir comme nous, les plantes adaptent aussi leur comportement selon leur âge ! « Chez les végétaux, la propension au sommeil est très forte durant leur jeunesse ; en revanche, à mesure qu’ils vieillissent, leur durée de veille et leurs difficultés d’endormissement s’accroissent », illustre le neurobiologiste. Un comportement analogue au nôtre en somme !

Les plantes sont dénuées d’intelligence

Tout dépend de ce que l’on entend par intelligence. Si l’on part du principe que « l’intelligence est la faculté de résoudre des problèmes posés par la vie », alors, les végétaux sont bel et bien dotés d’intelligence, au même titre que les animaux et les êtres humains. Et pour preuve : ils représentent 99,7 % de la biomasse terrestre. Or « en biologie, on qualifie de dominante une espèce qui accapare un vaste espace vital au détriment des autres, et qui démontre ainsi sa meilleure capacité à s’adapter à son environnement et à résoudre les problèmes qui se posent, dans la nature, à tout être vivant luttant pour sa survie », pointe Stefano Mancuso. Par ailleurs, comme établi précédemment, les plantes (et notamment leurs apex racinaires) sont capables de mesurer tout un tas de paramètres (taux d’humidité, pesanteur, etc.), et de prendre des décisions en conséquence, telles que, par exemple, se diriger vers la zone ayant le meilleur équilibre entre le taux hydrique, la présence de minéraux et d’oxygène. Une décision qui nécessite un réel arbitrage et nombre de calculs savants. Il est donc indéniable que les végétaux possèdent une forme d’intelligence, qui bien souvent… dépasse notre entendement !

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,