Réussir vigne 15 avril 2002 à 13h32 | Par Claudine Galbrun

Table ronde BASF/Soufflet Vigne - Le consommateur, cet être singulier...

Pour satisfaire le consommateur, le vigneron doit lui offrir plaisir et sécurité. Une équation difficile à résoudre dont la solution passera par davantage de communication et une meilleure prise en compte des risques.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Le consommateur est un être singulier qui a le goût du paradoxe. « Il veut une chose et son contraire, acheter un produit sûr, tracé, sécurisant mais qui dans le même temps, le fasse rêver », indique Christine Pollet, sociologue, qui participait à une table ronde organisée par Soufflet Vigne et BASF, à Bordeaux, le 12 février, sur le thème : « Quels enjeux pour l´exploitation viticole face aux attentes du consommateur ». Le viticulteur entretient-il ce double langage auprès du consommateur ? La réponse pour Christine Pollet est non. Ce qui est d´autant plus grave dans une période marquée par les crises alimentaires. « Il faut pourtant s´y préparer, car il y en aura d´autres. Et aucun produit, même le vin, ne peut prétendre y échapper. » Pour elle, la clé de prévention et de gestion des crises suppose de la part du producteur une double performance de qualité : une qualité objective, expliquée simplement (composants du produit, traçabilité, information) et une qualité émotionnelle (sensorialité, étiquette, convivialité, contact direct...).
Pour ce qui est de l´émotion, le vin recèle un potentiel quasi infini. « Toutes les enquêtes auprès du consommateur le montrent : le vin est un produit à forte connotation positive et perçu comme un produit naturel. La définition de Pasteur du vin, selon laquelle le vin est « la plus saine et la plus hygiénique des boissons » fait partie de la mémoire collective, indique Thierry Coulon, de l´ITV de Bordeaux. Par contre, le consommateur ignore tout des techniques mises en ouvre. » Et lui laisser entendre que la vigne subit neuf traitements phytosanitaires et parfois plus au cours d´une année suppose de trouver les mots pour lui dire que la qualité objective qu´il veut peut être à ce prix. « Peut-être faudrait-il s´intéresser au niveau de risque que le vigneron fait encourir à ce consommateur, mais aussi au niveau de risque que lui-même est prêt à accepter, souligne Philippe Reulet, du service de la Protection des Végétaux. Quand on me parle des LMR (limite maximale de résidus) dans le vin, je rigole. Car on prend infiniment plus de risques à appliquer un produit phyto qu´à boire un vin avec ses résidus. Il serait bon de placer le curseur là où c´est le plus pertinent et de mesurer l´impact du risque pris par l´opérateur sur le comportement du consommateur. »
Faire le ménage pendant qu´il est temps
Un avis que partage Thierry Coulon : « Nous devrions mettre à profit le crédit qu´accorde encore aujourd´hui le consommateur au vin pour faire le ménage. Va-t-on attendre encore longtemps alors qu´on sait que le viticulteur est le plus exposé vis-à-vis des produits phytosanitaires et qu´on connaît les conséquences toxiques de trente ans d´exposition ? Si les pratiques n´évoluent pas, il y aura une sanction du consommateur. Ce ne sera peut-être pas une baisse de 30 % des ventes comme pour la viande de bouf après la crise de la vache folle, mais le risque est là. » Ce que confirme Christine Pollet : « Si le consommateur découvre cela, il se sentira trompé et il n´achètera plus. C´est une situation potentiellement explosive. » Ne rien faire serait prendre le risque de perdre tout un capital affectif. « Les Français à 85 % vous assignent le rôle de gardien du patrimoine. Vous devez les informer régulièrement sur l´évolution de votre travail, pour leur dire que vous allez dans le sens qu´ils souhaitent. Il faut leur apporter des éléments rationnels et la traçabilité n´est qu´un moyen. Demain, il faudra trouver autre chose. Mais le plus important est que les viticulteurs aillent à la rencontre des consommateurs. »

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui