Réussir vigne 24 avril 2017 à 08h00 | Par Xavier Delbecque

Sus aux troubles musculo-squelettiques

Une récente étude de la MSA montre l’impact négatif de la taille pour notre corps. Il existe toutefois des moyens pour se prémunir des troubles, comme la formation ou les exosquelettes.

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Lors de la taille au sécateur électrique, la main qui le tient est sollicitée dans une posture dangereuse 100 % du temps.
Lors de la taille au sécateur électrique, la main qui le tient est sollicitée dans une posture dangereuse 100 % du temps. - © B. Compagnon - archives

Le constat est alarmant. Certaines de nos articulations sont sollicitées dans des postures dangereuses pendant près de 80 % du temps lorsque l’on taille. C’est ce qui ressort d’une étude menée par la MSA des Charentes entre novembre 2015 et juillet 2016. Lors de cette étude, les spécialistes ont cherché à connaître l’impact du mode de conduite de la vigne sur la santé des travailleurs, lors de la taille et du tirage des bois. Il en ressort que tous les modes d’établissement étudiés sont traumatisants, avec des sollicitations dangereuses sur différentes parties du corps. Et risquent de provoquer des TMS, ou troubles musculo-squelettiques. Sur une conduite en guyot double, les conseillers en prévention ont noté un risque plus important au niveau du dos, à cause des sollicitations des rachis lombaire et cervical. Sur les vignes en arcure en revanche, ce sont les épaules qui sont les plus exposées. Et l’ensemble des membres supérieurs dans le cas d’un cordon haut.

Se former pour réduire la douleur et les risques

En moyenne, 42 % de nos articulations sont sollicitées sur des postures dangereuses pendant un temps important. Pour prévenir l’apparition de douleurs et de pathologies, Romain Balaguier, doctorant à l’université de Grenoble, c’est penché sur la problématique des TMS.

L'exosquelette de la société Gibio est peu encombrant et soulage le dos.
L'exosquelette de la société Gibio est peu encombrant et soulage le dos. - © Clos de Lassay

Son travail, en collaboration avec plusieurs châteaux bordelais, a abouti à une formation à destination des entreprises viticoles. 85 heures réparties sur six mois, de novembre à avril, au cours desquelles les stagiaires alternent les temps d’apprentissage, de renforcement musculaire et de mise en situation. « Le but de cette formation est avant tout de faire prendre conscience aux vignerons qu’il convient de respecter son corps, afin de limiter la perte de ses capacités physiques », explique Romain Balaguier. Cela passe par des explications sur l’anatomie humaine, mais aussi par des activités physiques. Deux heures par semaine sont consacrées à ce dernier point. Il s’agit aussi d’apprendre à se détendre, et à mettre ses muscles au repos. « Nous abordons également les gestes et postures adéquats, ajoute le thésard. Mais il est difficile de modifier une habitude prise depuis des années. De plus, il faut que cela vienne de la personne, car les contraindre est contre-productif. » Cynthia Lambert, travaillant au château Labegorce à Margaux, a participé à la formation. « On est plus à l’aise pour travailler après quelques étirements le matin, constate-t-elle. Et le soir, on a moins mal quand on rentre chez soi. » La jeune femme, satisfaite de la formation, estime que les contraintes sont faibles, pour un bénéfice réel. « Même au cours de la journée, le travail est moins pénible, assure-t-elle. Et si une douleur apparaît, on s’arrête un instant pour faire quelques petits exercices et continuer plus sereinement. » Pour les dirigeants, les effets sont également visibles assez rapidement. « Nous sommes heureux de voir que l’équipe ne part plus travailler à reculons, admet Marjolaine de Coninck, directrice du domaine. Mais c’est aussi un pari sur l’avenir. » Car un salarié en meilleure santé, c’est moins d’arrêts de travail et plus de longévité. Cela reste toutefois un investissement conséquent, puisque la formation coûte 15 euros de l’heure et qu’elle est dispensée pendant le temps de travail. Suite aux effets positifs de cette démarche, Romain Balaguier planche désormais sur d’autres formations qui seraient plus adaptées au personnel de chai ou aux administratifs. « Il y a encore beaucoup à faire sur ces postes de travail », estime-t-il.

Romain Balaguier est doctorant au pôle chimie, biologie et santé de l'université de Grenoble-Alpes.
Romain Balaguier est doctorant au pôle chimie, biologie et santé de l'université de Grenoble-Alpes. - © R. Balaguier

Des équipements pour transférer le travail sur les cuisses

D’autres ont fait le choix de s’équiper. C’est le cas de Béatrice Taillée, vigneronne à Saint-Macaire-du-Bois dans le Maine-et-Loire. Elle a acquis un exosquelette de la société Gobio en décembre dernier, et en tire entière satisfaction. « C’est un outil articulé 100 % mécanique, qui oblige à avoir une bonne posture, explique-t-elle. Il y a des appuis sur les cuisses, qui transfèrent le travail du dos dans les jambes. » Pour la vigneronne, qui estime forcer moins, finis le mal de dos et la fatigue à la fin de la journée. « Par contre, ça tire sur les cuisses et les abdos, surtout les premiers jours ! », relève-t-elle. Aussi, elle ne l’utilise que deux heures par jour. L’outil, qui coûte environ 2 000 euros, est facile à transporter et à enfiler, et ne gêne quasiment pas lors du travail. Seul inconvénient pratique, il doit être fait sur mesure, et ne peut servir qu’à une seule personne. « Je pense l’utiliser également pour attacher les baguettes, poursuit Béatrice Taillée, mais pour l’ébourgeonnage ce sera difficile, il y a trop d’angles. » De son côté, Yann Alexandre, vigneron à Courmas dans la Marne, a opté il y a deux ans pour un « Repozdos », appareil mis au point et commercialisé par Jean-Luc Brochet, viticulteur sur la commune voisine d’Écueil. Composé d’un cadre avec des tendeurs pour soutenir le dos, il renvoie lui aussi le travail sur les jambes. Si l’outil est plus lourd et plus encombrant que l’exosquelette de Gobio (mais presque deux fois moins cher), Yann Alexandre constate les mêmes bénéfices que sa consœur ligérienne. « Étant donné que je me relève sans effort, je n’ai pas plus mal le soir que quand j’embauche le matin, se réjouit-il. Avant il m’arrivait de prendre des cachets pour la douleur au dos, et aujourd’hui je vais mieux. » Le vigneron estime ne pas travailler plus vite, mais être plus efficace en fin de journée. « Il ne faut pas se leurrer, la taille reste un travail difficile, mais je préserve mon capital et espère pouvoir tailler encore dix ans de plus », ajoute-t-il. Deux solutions qui sont intéressantes selon Romain Balaguier, mais complémentaires de la sensibilisation et du renforcement musculaire. « Car il faut faire attention à ce que cela ne fasse pas que déplacer le problème sur d’autres parties du corps », prévient-il.

Pour en savoir plus, consulter l'étude sur les sollicitations articulaires par mode d’établissement de vigne : http://bit.ly/2kLpGQR

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