Réussir vigne 21 février 2003 à 14h00 | Par Julien Huchette

Sols viticoles - Avant la plantation, le profil de sol donne des renseignements précieux

Le profil de sol donne des renseignements incontournables en vue d´une future plantation. Associé à des sondages, il permet de limiter des erreurs qui sont ensuite non seulement difficiles à corriger mais également coûteuses.

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«Avant une plantation, les analyses de sol ne peuvent suffire. Un profil cultural est indispensable », estime Cornelis Van Leeuwen, maître de conférence à l´Enita de Bordeaux. Pratiquement, les analyses se limitent aux premiers horizons et vont jusqu´à 30 ou 60 centimètres de profondeur. « Il n´est pas possible de faire un choix de porte-greffe en se limitant aux premiers 60 centimètres. On ne peut pas juger de la présence de calcaire en profondeur, de l´hydromorphie ou du type de sol de façon générale. » Pour le choix du porte-greffe, l´IPC (Indice de pouvoir chlorosant) est souvent le paramètre déterminant. « Il arrive que ne jugeant que sur les premiers centimètres, des techniciens conseillent un porte-greffe hyper résistant au calcaire pour se « protéger » alors que le profil met en évidence, au delà des premiers centimètres, une absence de calcaire. Et l´inverse est également vrai : il peut y avoir du calcaire en profondeur mais l´analyse ne le montre pas. »
©P. Guilbault - CA 33

Pourtant d´un intérêt indéniable, bien peu de profils sont creusés et cela, même dans le cas de nouvelles plantations. Pour prouver son importance, Isabelle Letessier du bureau d´études Sigales à Saint Martin d´Uriages (38) donne un exemple. « Lorsqu´on note des symptômes de sécheresse sur vigne, on s´attend à avoir un sol sec. Il est arrivé qu´en réalité, le sol présentait au contraire un engorgement : l´aspect de sécheresse était due à une asphyxie racinaire. » Pour preuve encore, les fosses de Cornelis Van Leeuwen dans le Médoc. « La variabilité des sols du Médoc est très importante. On a des sous-sols très variés : argileux, argilo-sableux... Avec parfois des affleurements argilo-calcaires là où ne s´y attendait pas. » Des constats qui modifient considérablement le choix du matériel végétal...

Faire un profil c´est faire des économies
Il n´est pas si facile de convaincre de l´utilité d´un profil. Ce n´est pas qu´il soit coûteux (le tractopelle fait rapidement l´affaire) mais peut être parce qu´il nécessite les compétences d´un spécialiste : le sol est complexe et pas toujours simple à analyser. « Nous manquons de techniciens compétents dans le domaine », souligne Pascal Guilbault de la Chambre d´agriculture de Gironde. Au Syndicat des Côtes du Rhône, Begoña Rodriguez-Lovelle insiste sur le fait qu´il est déjà difficile de persuader les viticulteurs de faire des analyses de terre, « alors, les convaincre de réaliser un profil de sol... Le profil est réalisé de façon très ponctuelle », explique la pédologue.

« Soit dans le cas de problème avéré sur vigne, soit dans l´objectif de mieux caractériser le terroir. » Outre le choix du matériel végétal, le profil sert également à raisonner le travail du sol. Comme répondre à la question : faut-il défoncer ou sous-soler ? « Il existe en effet des risques de remonter des horizons calcaires ou des couches argileuses qui pourraient modifier le comportement de la vigne », indique Begoña Rodriguez-Lovelle. L´aspect économique pourrait être l´argument de poids quant à l´intérêt de réaliser un profil. Pascal Guilbault de la Chambre d´agriculture de Gironde explique « qu´un audit plantation permet d´éviter beaucoup d´erreurs difficiles à corriger par la suite. » En d´autres termes: il ne faut pas voir ce que cela coûte mais ce que cela rapporte. « Une bonne adaptation porte-greffe, cépage, terroir et ce sont des économies en rognage, en éclaircissage ou en fertilisation », indique Carole Bourdin de la Chambre d´agriculture de l´Aude. Et puis le profil, c´est au delà des aspects pratiques et économiques, « une façon de réveiller les envies, d´aller plus loin dans la compréhension de la parcelle », souligne Isabelle Letessier.

Idéalement, pour caractériser au mieux une parcelle « il faudrait réaliser 6 à 7 profils mais c´est lourd », explique Eric Chantelot de l´ITV. Une des solutions est de réaliser un profil dans la zone la plus homogène (la plus représentative) et de compléter cette observation avec des sondages à la tarière (ou d´autres profils) dans les zones plus « atypiques » (zone de mouillères, bas-fonds, couleur de sol différente, symptômes de carence, vigne plus vigoureuse...). Le profil doit être creusé perpendiculairement au sens du rang de façon à mettre en évidence les différences de compaction entre le rang (où les roues ne passent pas) et l´inter-rang. « Il est préférable d´ouvrir les fosses à une époque où la vigne n´a pas encore son système foliaire, pour ne pas l´endommager, et où le sol est ressuyé, pour que le trou ne se remplisse pas d´eau », indique Pascal Guilbault de la Chambre d´agriculture de la Gironde.

Les indications les plus importantes sont la profondeur de sol exploitable, la présence ou non d´une zone d´encroûtement, la présence ou non de calcaire, la structure (porosité) et la texture (sable, limon, argile) du sol, l´épaisseur de la couche organique, la charge en cailloux, la qualité du drainage (absence ou présence d´une zone hydromorphique), la zone d´exploitation des racines, les éventuelles zones de blocage de la minéralisation (accumulation de matière organique suite à un dysfonctionnement comme une anaérobiose par exemple), la présence d´une semelle, compaction du sol, l´évaluation de la vie faunique...

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Cet article est extrait du dossier de Réussir vigne du mois de Janvier 2003 (nº83) intitulé «  Le sol, cet inconnu...  » Les méthodes existent : profils et analyses. Cependant, constate la revue, « le sol ne bénéficie pas de toutes les attentions qu´il mériterait. Sa connaissance permet pourtant de faire des économies : les erreurs à la plantation sont coûteuses et difficiles à corriger. »
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