Réussir vigne 28 avril 2006 à 15h41 | Par Claudine Galbrun

Secteur viticole - La concentration de la filière est en marche

Selon une étude menée par le cabinet Vertumne, le vin entrerait de plain-pied dans la sphère agro-alimentaire et les mouvements de fusions-acquisitions devraient se poursuivre.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

" La filière vin, dans les pays traditionnellement producteurs, caractérisée par une forte atomisation est encore un cas particulier dans le monde agro-alimentaire contrairement à ce qui se passe dans le nouveau monde ", indique Jean-Pierre Couderc, membre du cabinet Vertumne Int(1). qui a réalisé une analyse mondiale des fusions, acquisitions et investissements financiers des principaux acteurs du secteur à l´échelle mondiale (entreprises ayant un chiffre d´affaires supérieur à 200 millions d´euros). " Mais le phénomène de financiarisation observé depuis deux ou trois ans pourrait se poursuivre et entraîner une plus grande concentration dans la filière, concentration annoncée et toujours attendue depuis 25 ans. " Un certain nombre d´éléments viennent alimenter cette hypothèse. " La crise de surproduction devrait continuer et le décalage de l´ordre de 60 à 70 millions d´hectolitres entre production et la consommation devrait se maintenir. Or, on sait qu´au-delà d´un écart de 40 millions d´hectolitres, il y a des tensions sur les prix. Les entreprises vont donc rechercher des gains de productivité, ce qui ne peut qu´inciter à la concentration du secteur ", estime J.-P. Couderc.
La concentration même du secteur de la distribution pousse également dans ce sens notamment sur les segments plus attractifs. " Si l´entreprise ne pèse que 2 % du marché, elle n´aura pas voix au chapitre face au distributeur, si elle pèse 30 %, elle peut discuter. Il s´agit là pour le vin d´un phénomène de mimétisme avec l´agro-alimentaire. " Au moins trois éléments motivent ces mouvements de fusions-acquisitions. Le premier étant la sécurisation des approvisionnements. Ainsi 75 % de ces opérations s´opèrent dans des pays producteurs. L´objectif est de contrôler une part de plus en plus grande de la production afin de limiter les variations de prix annuelles surtout si l´entreprise a une stratégie de marque au niveau international. Cette stratégie apparaît gagnante surtout dans les régions d´appellation. Pour les vins de cépage, des opérations de sous-traitance se développent afin de s´approvisionner au moins cher. Le souhait de créer des marques fortes constitue aussi un élément décisif.
L´écart entre la production et la consommation mondiale induit une tension sur les prix qui pousse les entreprises à chercher des gains de productivité et, notamment, à se concentrer. ©B. Compagnon

La filière vin est peu concentrée par rapport à d´autres secteurs
Enfin, la prise de contrôle de réseaux de distribution est devenue pour les entreprises un facteur de stabilité. " Contrôler son rayon et faire son merchandising est devenu essentiel. Ce que Nestlé a compris depuis bien longtemps et que l´on découvre dans l´univers du vin. Si on ne réalise pas 30 % de marge, on n´arrive pas à tenir son rayon, à faire de la promotion, à payer les marges arrière, le tout absorbant près de 20 % de cette marge ", souligne encore Jean-Pierre Couderc. Et d´ajouter : " la poursuite de cette financiarisation du secteur dépendra aussi de la satisfaction des actionnaires ". La filière vin demeure pour l´instant peu concentrée par rapport à d´autres secteurs. Les trois premières firmes ne pèsent que 7 % d´un marché mondial estimé à 53 milliards d´euros (contre 25 % dans le domaine des spiritueux). Mais depuis 1998, note l´étude, le nombre d´opérations financières s´est accéléré. On en comptait 70 en 1998 pour en dénombrer 250 par an en 2004 et 2005.
Les valeurs de ces opérations ont été multipliées par dix depuis 1998 pour atteindre 20 milliards d´euros. L´étude montre également que ces opérations à 60 % visent à prendre le contrôle total de l´entreprise rachetée. " C´est en France qu´il y a le plus grand nombre d´investisseurs français choisissant d´investir dans leur pays d´origine d´où ce phénomène de concentration. Il est d´ailleurs à noter qu´en période de crise, ce mouvement de concentration est plus important. Et ce qui est nouveau est que cette concentration concerne désormais les vins tranquilles. Il semble que le frein que constituait l´intensité capitalistique dans le secteur des vins à savoir qu´il faut investir 300 euros pour produire un chiffre d´affaires de 100 euros, soit levé. " En matière d´investissements transnationaux, ce sont les entreprises anglo-saxonnes qui dominent et investissent aussi bien dans l´ancien que dans le nouveau monde, y compris en la Chine.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir vigne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui