Réussir vigne 04 janvier 2019 à 11h00 | Par Catherine Gerbod

Résistances sur le nom des cépages résistants

L'adoption des cépages résistants se joue non seulement dans les vignes mais aussi sur les étiquettes où la façon de les nommer fait débat.

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La filière vin préfèrerait que les cépages résistants adoptent des noms nouveaux comme "artaban" (photo) plutôt qu'ils se réfèrent à un cépage emblématique comme "merlot khorus" ou "sauvignon kretos".
La filière vin préfèrerait que les cépages résistants adoptent des noms nouveaux comme "artaban" (photo) plutôt qu'ils se réfèrent à un cépage emblématique comme "merlot khorus" ou "sauvignon kretos". - © INRA

Un cépage résistant peut-il s'appeler merlot kanthus, sauvignon kretos ou cabernet volos en se référant au nom d'un cépage traditionnel ou doit-il s'inventer un nom nouveau pour bien signifier sa différence ? Le conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer qui s'est tenu le 19 décembre 2018 a défendu la nécessité d'une dénomination nouvelle. Il statuait sur sept cépages résistants italiens en lice pour entrer dans le classement français des variétés de vigne à raisins de cuve pour une phase temporaire de 5 ans.

Si le cépage fleurtai a été adoubé, le conseil a suspendu son avis pour le merlot khorus au motif que son nom introduisait une confusion préjudiciable avec le merlot, cépage emblématique du patrimoine viticole français.
Pour les merlot kanthus, sauvignon kretos et cabernet volos, la décision a été reportée car le conseil spécialisé s'est rangé à l'avis du CTPS (comité technique permanent pour la sélection). Ce dernier a jugé qu'il n'avait pas encore assez d'éléments scientifiques pour statuer sur ces cépages. 
Quant aux cabernet eidos et sauvignon rytos, ils ont été retoqués. Le CTPS n'avait pas préconisé leur adoption du fait de contournements observés à la résistance à l'oïdium et au mildiou.
Un problème complexe
Mais rien n'empêche que ces cépages non inscrits en France se retrouvent sur l'étiquette de vins produits dans d'autres pays de l'Union et vendus en France puisqu'ils sont inscrits au catalogue européen. Ils peuvent aussi être multipliés par des pépiniéristes français et exportés.
Le conseil spécialisé a donc demandé à l'administration d'analyser la réglementation existante au niveau national et européen pour pouvoir empêcher que les variétés déjà créées et celles qui seront créés à l'avenir portent des noms de cépages français emblématiques.
La question s'est déjà posée pour le cabernet cortis et le cabernet blanc. Un arrêté ministériel du 19 avril 2017 avait interdit leur mention sur les étiquettes. Mais il a été annulé par le conseil d'Etat par un avis rendu le 7 décembre 2018. Cet avis faisait suite à une requête de Piwi France, l'association qui promeut les cépages résistants. Le conseil d'Etat a estimé que le ministère de l'Agriculture n'était pas fondé à statuer sur l'étiquetage. Un avis qui a ragaillardi ceux estimant qu'il est normal que les cépages résistants affichent leur parent génétique, même lointain. A noter que l'Inra a prudemment fait le choix de noms nouveaux en nommant ses cépages résistants artaban, floreal, vidoc et voltis.
« Il va falloir faire évoluer les règles qui régissent les arrêtés de classement des cépages », a conclu Didier Josso, délégué de la filière viticole à FranceAgriMer au lendemain du conseil spécialisé vin. Le débat est loin d'être clos.

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