Réussir vigne 24 avril 2002 à 13h41 | Par C. G.

Réforme à l´INAO - La chasse aux rendements aberrants est ouverte

Rendement maximum à la parcelle, rendement maximum à l´exploitation : l´Inao créé deux notions nouvelles. Plus de complexité pour plus d´efficacité ?
Avec la fixation d´un rendement agronomique maximum à la parcelle et à l´exploitation, l´objectif est clair : en finir avec les rendements aberrants.

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Le système de maîtrise des rendements des AOC gagne ainsi quelque peu en complexité. Au rendement de base inscrit dans le décret, au rendement annuel appelé encore plafond limite de classement (PLC) qui correspond à un pourcentage du rendement de base destiné à tenir compte de l´effet millésime, au rendement butoir qui est la limite maximale de variation du rendement annuel en moyenne d´exploitation, s´ajoutent désormais un rendement agronomique maximum à la parcelle (RAM). Chaque syndicat devra obligatoirement fixer un RAM pour chaque AOC et l´inscrire dans son décret. Le comité national des vins étudiera les propositions de chaque AOC et se chargera de "lisser les aberrations". Une chose est sûre : « au-delà de cette limite, aucun argument climatique ou de toute autre nature ne sera recevable », affirme René Renou. Il tempère toutefois ses propos en ajoutant : « ce chiffre ne sera pas une valeur absolue mais un indicateur sur lequel s´appuyeront les agents de l´Inao pour apprécier le potentiel de production.
L´idée est bien de sanctionner ce qui est aberrant et non pas de faire du pied à coulisse ». Et les aberrations à la hausse ou à la baisse seront sanctionnées. « Il ne sera plus question d´avoir 10 ou 20 hl/ha sur une parcelle, si c´est pour en caser 100 ou 150 sur une autre. On peut être clair en déclaratif et faire n´importe quoi sur le terrain ». Les syndicats d´AOC « qui voudraient porter bretelles et ceinture », auront la possibilité de fixer un rendement maximum de production (RMP) correspondant au rendement moyen d´une exploitation dans une AOC donnée et au-delà duquel toute l´exploitation sera déclassée. Celui-ci sera déclaratif et facultatif mais son enjeu est important car il correspond à la limite maximale de dépassement du plafond limite de classement (DPLC). Alors que dans le système actuel, ce dernier était infini. « Nous avons ainsi voulu limiter la quantité de raisins produite. » Selon des mauvaises langues, il semblerait que certains viticulteurs valorisaient une partie de ces raisins hors PLC mais que le revenu qu´ils en tiraient ne faisait pas toujours l´objet d´une déclaration en bonne et due forme aux services fiscaux...
Prestations viniques : Lies et maîtrise des rendements
Le projet de décret de l´Inao ne fait plus mention de l´obligation de livrer à la distillerie les lies et les bourbes, issues de la vinification, qui auparavant faisaient partie intégrante du volume revendiqué en AOC et qui devaient représenter au minimum 2 % de ce volume. Ce minimum tendant à devenir un maximum puisque le vigneron, par un rapide calcul, s´était vite aperçu que son volume agréé et par voie de conséquence sa recette commerciale, se retrouveraient diminués s´il livrait un pourcentage de lies supérieur à 2 %. Depuis 1993, date de fixation de ce pourcentage minimal de 2 %, les distilleries avaient constaté une baisse des livraisons des lies. Dans certaines zones AOC, la baisse a même atteint près de 20 %. S´il n´y a plus obligation de livrer ces 2 % de lies, faut-il s´attendre à une baisse des livraisons de lies en distilleries ? Et faut-il s´attendre à une augmentation des volumes agréés commercialisables de ces mêmes 2 % ? Vous avez dit maîtrise des rendements ?

Etienne Montaigne, professeur d´économie à l´Ensam : Logique industrielle contre logique collective
Avis d´expert : « La réforme qui se met en place à l´Inao vise, à mon avis, à passer d´un contrôle de type administratif à un contrôle basé sur la technique et la traçabilité, même s´il peut paraître plus lourd. L´Inao tient également à pouvoir répondre aux critiques et pour ce faire, il faut être sans faille. On ne défend un système que s´il fonctionne bien. Une chose est sûre : on aurait tout à perdre à dévaloriser les vins d´appellation. Mais il est vrai que chaque fois que les vins AOC sont mis sur la sellette, l´Inao resserre les boulons. Il s´agit aussi sans doute de répondre à un autre enjeu : le système français des AOC confronté au système anglo-saxon basé sur les marques. Actuellement, l´institut labellise 95 à 98 % des vins. Certains n´hésitent pas à dire qu´il y a trop de mauvais produits et que le contrôle aval est insuffisant tandis que les vins du Nouveau Monde, produits de façon industrielle, seraient sans défaut. C´est toute l´opposition entre la logique d´une gestion collective d´un bien et celle, économique d´une entreprise. Si l´AOC n´est plus qu´un minimum, cela pose le problème du positionnement. Une entreprise ne casserait pas les prix comme la marque collective Bordeaux peut le faire. Cela mériterait de s´interroger sur la place d´un vin de pays de Gironde, par exemple. »

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