Réussir vigne 28 novembre 2018 à 08h00 | Par Isabelle Montigaud

Comment bien accueillir les chauves-souris au vignoble ?

Certaines chauves-souris sont de redoutables prédateurs de vers de la grappe. Voici comment favoriser l’installation des espèces utiles dans le vignoble.

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Un tel nichoir permet d'accueillir les chiroptères arboricoles tels que les oreillards, prédateurs d'Eudémis.
Un tel nichoir permet d'accueillir les chiroptères arboricoles tels que les oreillards, prédateurs d'Eudémis. - © Vignerons de Buzet

Une chauve-souris est capable de manger en une seule nuit entre 1 500 et 3 000 insectes, soit un tiers de son poids. Une aubaine pour les vignerons qui, avec l’appui des professionnels ont constaté que ces mammifères s’alimentent notamment d’eudémis et cochylis. Mais toutes les espèces n’ont pas le même bol alimentaire et ne s’attaquent pas aux mêmes insectes. « Dans le cadre du projet Bat Viti, l’analyse ADN des déjections de chauves-souris nous a permis d’identifier deux espèces qui consommaient de l’eudémis : la pipistrelle commune et le petit rhinolophe », illustre Nolwenn Quero, du conservatoire des espaces naturels d’Aquitaine. De son côté, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), avec l’appui du Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), a recensé trois espèces prédatrices d’eudémis : la pipistrelle commune, la pipistrelle de Kuhl et l’oreillard gris.

Décrypter le mode de vie des chauves-souris pour faciliter leur implantation

Pour installer au plus près des vignes ces précieux prédateurs de vers de grappe, « la connaissance de leur mode de vie est essentielle », souligne Rodolphe Majurel, du service biodiversité et espaces naturels du département de l’Hérault. « Ces chiroptères peuvent être répartis en trois classes : les arboricoles, comme les oreillards, les fissuricoles, comme les pipistrelles, et les cavernicoles. Pour s’installer, les chauves-souris ont besoin de se loger, de se nourrir, de boire et de se déplacer, d’où l’importance des composantes paysagères comme les cours d’eau ou les bois à proximité des parcelles de vigne », explique le spécialiste. Les chauves-souris sont actives de mi-mars à mi-novembre et chassent dans un rayon maximal de 2 km pour les pipistrelles, espèces cibles pour les abris car crépusculaires, tout comme les papillons d’eudémis. Elles n’aiment pas être perturbées et craignent le bruit ou la lumière. De fait, il faut souvent au minimum deux à trois ans avant qu’elles ne s’installent dans un abri.

Certaines chauves-souris sont friandes d'eudémis et de cochylis. Elles sont capables d'en manger en une nuit entre 1500 et 3000, soit un tiers de leur poids.
Certaines chauves-souris sont friandes d'eudémis et de cochylis. Elles sont capables d'en manger en une nuit entre 1500 et 3000, soit un tiers de leur poids. - © CreativeNature.NL/Fotolia.com

Poser des nichoirs et aménager des espaces dans les bâtiments d’exploitation

Compte tenu des exigences des chauves-souris, la pose de nichoirs à proximité des parcelles pour qu’elles s’installent durablement apparaît comme un élément favorable. C’est donc le choix qui a été fait dans le département de l’Hérault, où plus de 600 nichoirs ont été posés depuis 2014 ; mais aussi en Dordogne et dans le Lot et Garonne, avec 5 nichoirs installés sur 40 exploitations. « Les nichoirs sont positionnés aux abords des parcelles, entre 2 et 3 m de hauteur, sur des troncs d’arbre, indique François Ballouey, de la chambre d’agriculture de la Dordogne. Ce sont des abris en bois simples à réaliser avec quelques planches en bois brut. » La cave des Vignerons de Buzet, avec le concours du Sepanlog, a quant à elle fait le choix de nichoirs plus grands (pour abriter plus de chauves-souris) en béton de bois (pour une durée de vie de vingt-cinq ans), ronds et rectangulaires et mène une expérimentation sur un domaine de 80 ha. « Les nichoirs ronds semblent plus adaptés aux barbastelles, espèces arboricoles, alors que les nichoirs rectangulaires conviennent mieux aux pipistrelles », observe Carine Magot, responsable vignoble à la cave de Buzet. Ces nichoirs ont été achetés auprès d’un fournisseur allemand (Schweiger) pour 60 à 150 €.

Au-delà des abris à proximité des vignes, la LPO Aquitaine encourage les viticulteurs à intégrer dans leurs bâtiments des espaces dédiés aux chauves-souris, que ce soit dans des bouts de hangar, sous des volets ou dans des cabanes de vigne. Il est également possible, si vous disposez de combles ou d’un grenier, d’aménager une petite ouverture protégée dans le toit, qui permettra aux chauves-souris de venir s’installer et d’aller et venir comme elles le veulent.

Le nichoir doit être réalisé à l'aide de bois non traité.
Le nichoir doit être réalisé à l'aide de bois non traité. - © G. Barou

Comment construire un nichoir ?

Ce guide de construction d’un nichoir simple a été réalisé dans le cadre du projet Bat Viti en Dordogne. La taille de la fente d’entrée s’adapte aux différentes espèces de chauves-souris : 15 à 20 mm pour les pipistrelles, 25 à 45 mm pour les oreillards et barbastelles.

Matériel

5 planches de bois non traité (épaisseur 2 cm)
Une vingtaine de clous
Un canif

Préparation

Découper des planches de 25 cm x 40 cm pour le fond, de 25 cm x 31 cm pour la façade, de 7,5 cm x 25 cm pour le toit et de 40 cm x 7,5 cm pour les côtés.
Faire des rainures horizontales sur la planche de fond, pour que les chauves-souris puissent s’accrocher.
Clouer sur le fond les 2 planches de côté.
Pour finir, clouer le toit.

Guillaume Barou installe des nichoirs dans le cadre du projet Bat Viti.
Guillaume Barou installe des nichoirs dans le cadre du projet Bat Viti. - © G. Barou

« Chaque nichoir peut abriter 20 à 30 pipistrelles »

Guillaume Barou est vigneron à Monbazillac en Dordogne.

« Je fais partie des 20 vignerons qui, dans le cadre du projet Bat Viti, ont installé des nichoirs afin de favoriser la prédation des vers de la grappe par les chauves-souris. L’expérimentation a commencé en 2015 et sur mon exploitation, 3 nichoirs ont été positionnés en bordure de bois et sur les façades. Ils ont été fabriqués et installés par des collégiens qui font partie du projet. Chaque nichoir peut abriter 20 à 30 pipistrelles mais il faut du temps pour qu’elles s’approprient le lieu, environ deux à trois ans. J’espère qu’à terme ces nichoirs seront de véritables « relais de chasse » pour les chauves-souris afin qu’elles participent à la régulation des populations d’eudémis en complément de la confusion sexuelle qui est mise en œuvre sur mon exploitation. »

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